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LETTRE OUVERTE AUX INCREDULES


LETTRE OUVERTE AUX INCREDULES
par Claude Müller





Introduction

Nul n’est prophète en son pays, ni dans sa famille, ni pour ses amis…
Cependant, ce travail constitue surtout une tentative de faire comprendre précisément à ma famille et à mes amis mon positionnement et mon comportement dans la vie.
En outre, de la même manière qu’on couche des chiffres sur un papier pour faciliter une opération mathématique, j’écris ces aperçus, en quelque sorte, pour faire le point, pour essayer de mettre un peu d’ordre dans mes idées.
Par égard pour un texte qui est le fruit de 45 ans de lectures et de réflexion, je vous demande d’avoir un peu de patience pour le lire lentement, sans intervenir mentalement en pensant “mais ce n’est pas comme ça!” avant de l’avoir lu en entier. Alors, naturellement, vous devrez réfléchir, soupeser la validité de cette exposition et me soumettre ensuite vos doutes, vos objections et ce qui n’est pas clair pour vous. Et si vos objections peuvent changer quelques-unes de mes idées ou modifier ma position, je devrai m’estimer chanceux, parce que si une personne peut contester les idées de quelqu’un et lui prouver qu’il est dans l’erreur, cette personne ne devrait pas se sentir frustrée, mais au contraire se réjouir de se trouver maintenant plus proche de la vérité (ou si on préfère, moins éloignée de l’erreur) qu’avant.
De la même manière que je ne construis pas la moindre des cellules qui composent mon corps, ni ne fais la digestion de “mon” estomac, ni pousser – ou ne pas pousser – mes cheveux, je ne fais pas davantage une seule de mes idées. Cependant, tout comme je ne peux pas me bronzer moi-même mais peux aller au soleil pour que ma peau brunisse, je peux orienter mon mental de telle manière qu’il ait plus de chances de penser à une chose plutôt qu’à une autre. Je ne peux néanmoins jamais savoir ce qui va “me passer par la tête”. En effet, si j’observe attentivement mes pensées, je dois constater que ce ne sont pas réellement les miennes, parce que je ne les produis pas intentionnellement. Il importe peu, par conséquent, que les idées que j’ai en tête proviennent de mes lectures ou qu’elles me soient “venues à l’esprit”.
Sur ce point, il faudrait nuancer et dire que, d’un côté, ces pensées ne sont pas les miennes (dans le sens que je ne les ai pas créées moi-même) mais que d’un autre côté, maintenant ce sont bien les miennes, parce que je les ai assimilées. 

Il conviendrait d’ajouter que ce qui devrait importer véritablement à un lecteur, ce n’est pas d’où proviennent les idées, mais si elles lui “disent quelque chose”, si elles “sonnent juste”, si elles peuvent lui être utiles dans sa vie.   




Détermination de ce qui est important dans la vie

Commençons donc avec quelques questions:

¿Qu’est-ce qui est le plus important dans la vie?

-         Il me semble que le plus important dans la vie est de savoir ce qui est le plus important dans la vie, c’est-à-dire que le sens de la vie humaine est de trouver le sens de la vie. Dans les deux sens du terme : en premier lieu, dans le sens de signification et en deuxième lieu dans celui de direction, c’est-à-dire de savoir dans quelle direction orienter notre vie.

¿Normalement, comment peut-on savoir quelque chose? 
-         On peut savoir en apprenant. 

¿Et comment est-ce qu’on apprend?
-         Pour apprendre, il faut s’informer et faire des recherches sur le sujet que l’on veut étudier.

¿Mais comment et où s’informer?
-         En lisant et en écoutant ce que d’autres ont découvert en expérimentant sur la question tout au long de l’histoire.

¿Où donc peut-on trouver cette information ?

-         Dans les anciennes Écritures des différents peuples, mais aussi dans les livres, conférences et vidéos de ceux qui, à l’époque actuelle, ont fait l’expérience de ce que l’on recherche.



Doutes sur les enseignements

¿Très bien, mais comment savoir si cette information est valable, vraie, et non pas tergiversée ou même inventée?

Généralement, on pense qu’il faut avoir la foi et croire sans raisonner et sans remettre en question ce qui est affirmé. Pourtant, plus d’une religion soulignent la nécessité d’analyser les enseignements et de ne rien accepter béatement. Cette attitude est particulièrement claire dans le bouddhisme.
Nous verrons plus loin que, finalement, la seule foi qui nous est demandée est celle de « Cherchez et vous trouverez ».

Notons par ailleurs que le fait de s’interroger sur le sens de la vie est déjà un indice de ce qu’on cherche, comme l’indique la phrase que Pascal aurait reprise de Saint Augustin :
« Console-toi, tu ne me chercherais pas si tu ne m'avais trouvé ».

 On dit souvent qu’on ne peut pas s’en remettre aux Écritures parce qu’elles ont été écrites il y a longtemps et qu’elles ne sont donc pas fiables.

- Il est vrai que des erreurs, des déformations, des déviations et même quelquefois des contresens ont pu surgir. Il peut même sembler que les religions se contredisent sur certains points. Cependant le sens général, l’essence de leur message est parvenu jusqu’à nous. Ces contradictions apparentes sont dues à une approche trop superficielle, ainsi qu’à un manque de connaissances, de réflexion, d’analyse et d’expérimentation. Si on veut bien se donner la peine, et le temps, de les étudier d’une manière un peu profonde, on se rendra compte que toutes disent à peu près la même chose.

Les Écritures sont le fruit d’une révélation, c’est-à-dire de la perception de la Réalité que nous serions bien incapables de percevoir par nous-mêmes. S’il existe l’inconscient, pourquoi est-ce qu’il ne pourrait pas exister chez des êtres d’exception une superconscience ? Entre les animaux, il y a différents niveaux de conscience : celle d’une amibe n’est pas celle d’un grand singe. Pourquoi alors le niveau de conscience d’un être humain déterminé ne pourrait-il pas être supérieur à celui de la grande majorité ? Dans les arts et les sciences, quelques génies ont découvert ce que le commun des mortels serait bien incapable de découvrir par soi-même. Pouvons-nous nous comparer à  Newton, Einstein, Beethoven, Bach, Miguel Ange, Vélasquez, etc.?  Si nous profitons des découvertes et des inventions de ces êtres exceptionnels dans le domaine de la science, de la musique, de la peinture, etc., pourquoi ne pourrions-nous pas tirer profit des enseignements des génies spirituels ? Est-il intelligent de mettre en doute les révélations d’êtres qui sont encore bien supérieurs aux savants et artistes universels et dont les découvertes se sont vues confirmées au cours des siècles par  les sages et les saints ? (Bien que la liste officielle de ces derniers ne soit probablement pas exhaustive et que, par contre, tous ceux qui y figurent ne le mériteraient peut-être pas).

Le fait que les enseignements originaux aient été souvent tergiversés ne doit pas être une raison pour jeter le bébé avec l’eau du bain, en rejetant tout en bloc sans essayer de comprendre ce qui est dit, d’y réfléchir, de méditer sur l’essence de ces Enseignements et de tenter de les mettre en pratique dans la mesure de nos possibilités. D’autre part, il faut bien voir que si tout le monde connaît les grandes figures religieuses fondamentales de l’humanité, beaucoup ignorent toutefois que nombreuses sont les personnes qui, au cours de l’histoire, ont expérimenté la même chose. Si quelqu’un ne les connaît pas, c’est son problème, et dans la recherche de la vérité, l’ignorance ne saurait avoir le dernier mot. Par conséquent, pour savoir si ce que disent les différentes traditions spirituelles est correct et vrai, et sans jamais admettre une chose pour le simple fait qu’on nous l’ait dite, il faudra investiguer en cherchant des informations fiables, en les analysant par la réflexion et, dans la mesure du possible, en les vérifiant par l’expérience personnelle. 



Concordance entre les religions

Plus on considère profondément les enseignements spirituels et plus leur unité et leur concordance nous apparaissent. Ceci peut être illustré par un schéma: dessinons un cercle et distribuons quelques points sur sa circonférence. Ces points représenteront les fidèles de différentes croyances. Maintenant, traçons les rayons qui partent de ces points pour aboutir au centre du cercle. Ensuite, inscrivons d’autres cercles concentriques à l’intérieur du cercle initial. A mesure que les personnes approfondissent leur expérience spirituelle, elles se rapprochent du centre et se retrouvent donc sur les cercles plus intérieurs. Nous constatons que la distance entre les personnes de différents credo diminue à mesure qu’elles progressent vers le centre. Quand elles atteignent le centre, il n’existe plus aucune différence entre elles. Remarquons que nous pouvons reprendre cette illustration et élever ce cercle de deux dimensions à une figure de trois dimensions; nous obtenons ainsi un cône, symbole d’une montagne qu’il faut gravir. Nous comprenons alors que ceux qui sont arrivés au sommet jouissent d’une perspective générale et peuvent guider tout ceux qui sont en train de monter, quelle que soit la voie que ceux-ci suivent.


De la même manière qu’on s’exprime en français, en espagnol ou en chinois selon les lieux et les circonstances, on peut exprimer les mêmes vérités, entre autre, en « bouddhiste », en « chrétien » ou en « musulman ». Et de la même manière qu’il est possible de trouver le centre d’un cercle en connaissant trois points sur sa circonférence, le fait d’étudier différentes manières d’exprimer les mêmes enseignements peut nous aider à trouver où est leur centre, c’est-à-dire leur noyau ou leur cœur, et de nous en approcher.

Nous reviendrons sur ce point mais, pour le moment, continuons avec quelques questions peut-être un peu moins pédantes, mais tout aussi pertinentes (à moins qu’elles ne soient au contraire quelque peu impertinentes…) :

- Si nous savons qu’il y a 5,7 milliards de personnes dans le monde et si nous pensons au nombre de personnes qui sont passées par notre planète dans le cours de l’humanité, pourquoi nous comportons-nous comme si nous étions le centre du monde  (même si ce centre, par notre tendance à l’identification et aux projections peut embrasser notre famille et nous donner ainsi l’illusion d’être altruiste). 

- Pourquoi le résultat obtenu par notre équipe de football favori, ou pour le moins la maladie de notre enfant, nous importe-t-il plus que l’annonce de milliers de morts dans une catastrophe?

Peut-être parce que tout est si incertain et sujet à caution. En réalité, de quoi peut-on être absolument sûrs dans la vie ?



La question de la mort

- Nous pouvons être absolument certains que nous allons mourir. Alors pourquoi ne pas profiter de cette certitude ? Pourquoi, étant complètement sûrs que nous allons mourir, nous comportons-nous comme si nous étions éternels ? En voyant s’approcher un danger, est-il raisonnable de fermer les yeux et de ne pas essayer de faire quelque chose? Cette attitude serait à…mourir de rire si ce sujet n’était pas aussi préoccupant et si tabou dans notre société.

Face à l’angoisse de la mort, les êtres humains réagissent en suivant des lignes de conduite différentes, mais qui peuvent se regrouper en trois attitudes principales:
·            L’oublier, ou plutôt essayer de l’oublier. En appliquant le proverbe: “Loin des yeux, loin du coeur”, nous suivons la politique de l’autruche. Nous ne mettons pas la tête dans le sable mais dans le téléviseur et tous types d’écrans. Nous errons d’écran en écran: celui de l’ordinateur du lieu de travail, celui du smart phone, du GPS (en voiture et même à la montagne). Remarquons que ces écrans font écran à la perception du monde qui nous entoure.
·            Nous essayons d’oublier le problème de la mort au travers de toutes sortes de distractions, de divertissements, (dans le sens où Pascal employait ce mot): la télévision, le football, les films, les sports, les vacances, les voyages, ou bien aller au restaurant ou dans un établissement public pour (essayer de) partager ma vision du monde. Nous pouvons constater que cette attitude est très répandue dans la société actuelle, dans laquelle on va toujours plus vite à nulle part.
·            Se réfugier dans une croyance qui nous assurera notre futur dans un Au-delà où nous survivrons en tant que ce petit personnage actuel qui s’identifie à son nom, à sa famille, à son pays, à sa profession, à son sexe, à sa langue, à son statut social, etc.
·            Nous observerons par ailleurs que, souvent, ces deux types d’échappatoire mentionnés se conjuguent: on se laisse distraire par le monde (et par tout le monde), mais on conserve un vague sentiment de religiosité que l’on sort de temps en temps comme une roue de secours quand notre train de vie s’est abîmé en passant dans un creux sur le chemin de la vie.

D’une certaine manière, on joue double-jeu et on conserve des enseignements religieux seulement ce qui nous convient. On croit, mais sans aucun engagement. On croit tous les jours … de Noël, un petit peu durant toute sa vie et beaucoup juste avant sa mort.

Ce qui nous manque, habituellement, c’est l’enthousiasme, dont l’étymologie nous suscite qu’il s’agit d’une possession divine, du dieu qui entre en l’homme pour l’inspirer, qui « rapte » le petit moi : qui l’enlève, et l’élève, pour le faire sortir de lui-même, ou plutôt de l’idée qu’il se fait de lui-même. Cette sortie est apparentée à l’ex-stase (être dehors).

Pour illustrer le manque d’enthousiasme des « fidèles », voici la traduction d’un prospectus trouvé à l’entrée d’une église en Espagne:

« Comme c’est étrange ! »
N’est-ce pas un peu étrange  qu’un billet de 20 € nous semble si grand quand nous le donnons à l’église mais si petit quand on l’emporte au magasin?
N’est-ce pas un peu étrange  qu’il nous soit si difficile d’apprendre une simple vérité de l’Évangile pour la partager avec les autres, mais si facile pour nous de répandre des médisances?
N’est-ce pas un peu étrange que nous croyions si facilement ce que disent les journaux, mais que nous remettions en question ce que la Bible dit?
N’est-ce pas un peu étrange que tous désirent aller au Ciel, mais seulement dans la mesure où ils ne se voient pas obligés de croire, penser, dire ou faire quelque chose qui suppose un certain sacrifice?
Comme c’est étrange, ne pensez-vous pas? »


Différents types de croyants

En effet, nombreux sont ceux qui s’autoproclament “croyants” mais qui, en fait, ne font pratiquement rien d’autre que de croire qu’ils croient. Ceux qui disent : « Je suis croyant mais non pratiquant », démontrent qu’en réalité ils ne croient pas, parce que celui qui est convaincu qu’il va pleuvoir emporte normalement son parapluie…Citons San Gregorio Magno : « Seul croit vraiment celui qui pratique ce qu’il croit. »
D’autre part, le fait qu’une personne dise : « je crois » dénonce un certain doute, car cela signifie qu’elle n’est pas sûre de sa croyance. Donc, nous pourrions dire : il ne faut pas croire, il faut être sûr, il faut savoir. Il ne faut pas parler (ou écrire…), il faut agir!
Tandis qu’une religion devrait nous rapprocher de la Vérité, nous aider à nous éveiller à la Réalité, trop souvent, malheureusement, c’est tout le contraire qui se produit: elle nous aide à dormir bien tranquilles, en nous reposant confortablement sur nos croyances.

Qui va tous les dimanches à l’église en répétant toujours « je crois », « je crois », « je crois », peut-être pour essayer de s’auto convaincre, ressemble souvent plus à un corbeau qu’à autre chose…
Toutefois, pour nuancer  ces propos, il faut bien dire aussi que l’homme étant ce qu’il est, c’est-à-dire un animal d’habitudes, il est nécessaire qu’on nous répète la messe aux ânes. En outre, dans l’impossibilité où nous nous trouvons de nous représenter la Divinité, nous avons besoin de représentations mentales suscitées par des supports physiques, matériels, en forme d’images, de statues, de vitraux, etc. comme symboles et évocations des vérités immatérielles.

D’autres croyants, peut-être un peu plus conséquents avec eux-mêmes, mais radicaux jusqu’à la racine, font preuve d’une intolérance qui montre leur absence d’ouverture envers les autres. Or, qu’est-ce qu’une religion si ce n’est, comme l’indique l’étymologie du mot, (religare : re-lier, = ré-unir)  une aspiration à l’union avec Dieu et sa manifestation, c’est-à-dire avec tout ce qui existe. (Observons que l’un des sens du mot yoga signifie également jonction, unification, union).

En revanche, une personne qui a une foi déjà plus profonde, et si elle est conséquente avec ses croyances, aura des obligations et des engagements qu’elle doit s’efforcer de respecter. Mais il résulte plus agréable de continuer à dormir dans un confort insouciant et une paresse ignorante. Ceci explique pourquoi souvent, ou bien on ne fait pas attention aux prophètes, (nul n’est prophète dans son pays) ou bien on les tue parce qu’ils dérangent notre “bonne” conscience (qui en fait n’est pas si bonne…). À notre époque, on ne tue plus les prophètes. En effet, de la même manière qu’on noie le poisson en combattant les idées écologiques avec une profusion d’informations contradictoires, -  provenant toutes d’excellents experts naturellement! -, on dilue les messages spirituels dans une foule d’informations tergiversées, venant quelquefois de personnes de bonne foi, si on peut dire!

Parfois, la Conscience Universelle réussit à prendre pleine conscience d’elle-même et reconnaît tous les organismes de l’Univers  comme étant sa propre expression (ou ne se reconnaît dans aucun en particulier, ce qui revient au même car il ne s’agit alors que de l’autre côté de la même médaille). C’est ainsi qu’elle s’exprime au travers de certains organismes psychosomatiques comme par exemple, pour ne citer que les plus connus, Bouddha, Jésus ou Mahomet. 
Ces êtres éveillés essaient de transmettre leur découverte à tous et ainsi naissent les religions, dont le rôle consiste à unir “notre” conscience apparemment personnelle avec la Conscience-en-soi: l’enfant prodige doit revenir dans sa famille, le Fils doit rejoindre son Père au travers du Saint-Esprit.
Par conséquent, la raison d’être des religions est d’essayer de nous réveiller du sommeil existentiel. Mais nous sommes tellement endormis que nous ne croyons pas en elles, ou tout au moins, nous sommes sceptiques. Nous nous identifions à notre corps et avec cette perspective, la joie et la douleur alterneront inévitablement. Parce que si nous sommes nés, nous mourrons et nous aurons peur de la mort. Cela même qui cause notre joie sera la source de notre tristesse (comme par exemple les résultats de notre chère équipe de football…).



L’indifférence vis-à-vis du spirituel dans le monde moderne

Pourquoi ne faisons-nous pas attention à ce que disent les Éveillés?
Dans la société occidentale moderne, aussi bien les incrédules que les personnes qui disent qu’elles croient, sont immergées dans une ambiance antireligieuse (ou pour le moins a-religieuse). Les « miracles » réalisés aujourd’hui par la science et la technologie détournent notre attention des problèmes fondamentaux. Nous ne pouvons nier que, dans le domaine technologique, l’humanité ait avancé d’une manière spectaculaire, mais ce progrès technologique ne signifie nullement un progrès parallèle dans la connaissance de soi.

Notons que beaucoup de découvertes se doivent à de nouveaux appareils qui ne sont que des prolongements des sens. Or si la recherche spirituelle consiste en grande partie à  faire abstraction des sens, par la réflexion ou la méditation par exemple, de quelle utilité ces instruments peuvent-ils être pour notre quête ? Ils sont à même de nous fournir de nombreuses données mais encore faut-il savoir les interpréter. Les ordinateurs peuvent nous aider mais, pour le moment du moins, ils ne nous donnent que ce qu’on y met. Il n’y a pas encore de logicielles pour la métaphysique…

Personnellement, je pense que si on a progressé de cette façon dans le monde matériel et « extérieur » à nous, cela est dû au fait que les connaissances techniques et scientifiques se transmettent facilement. Il suffit de répéter et d’améliorer ce qui a été découvert ou inventé par quelques génies ou même quelquefois par hasard. Mais comment vivrions-nous si nous avions dû découvrir par nous-mêmes toutes les applications de la technologie actuelle ? Combien d’appareils et d’instruments aurions-nous à la maison? En revanche, dans le domaine “intérieur”, c’est-à-dire en nous-mêmes, il est beaucoup plus difficile d’arriver à la connaissance, même si on nous l’enseigne. Par exemple, on peut acheter un ordinateur et quelqu’un peut nous enseigner à l’utiliser. Mais de la même manière que personne ne peut manger pour nous, nul ne peut nous transmettre la connaissance avec une injection ; ni apprendre et réfléchir pour nous. Selon une image bien connue, on peut nous montrer la lune mais on ne doit pas confondre le doigt pointé vers elle avec l’astre lui-même. Il nous faut faire un saut mental, ce qui requiert effort et application.  On doit donc également situer les choses dans leur contexte et leur perspective. Pour l’illustrer, imaginons un groupe de personnes formant un cercle assis autour d’une table. Si on leur demande de montrer du doigt où est la lampe qui se trouve juste au centre du cercle, chaque doigt sera orienté dans une direction différente. Si on compare la direction indiquée de manière intrinsèque, sans tenir compte du contexte, il semblera que les opinions quant à l’emplacement de la lampe divergent. Les personnes se trouvant l’une en face de l’autre sembleront même signaler des positions radicalement différentes. Pourtant, c’est précisément parce que l’orientation des doigts varie qu’elle est juste pour tous les assistants. Il faut donc tenir compte non seulement de la direction signalée par le doigt mais encore de l’emplacement du propriétaire du doigt. C’est toute la question du point de vue. (Remarquons au passage que peu importe que le doigt soit propre ou sale…).

Dès lors, si on recherche honnêtement la vérité, on peut se demander s’il est bien judicieux de douter des affirmations de Bouddha ou du Christ, ainsi que des découvertes effectuées par des personnes qui ont consacré toute leur vie, jour et nuit, à la recherche spirituelle (c’est-à-dire à la quête de la Vérité) et, se soumettant à de rudes austérités et une sévère discipline, ont appliqué et vérifié les techniques particulières qui leur furent transmises. Ce refus  ne signifie-t-il pas présumer de savoir plus qu’eux, et ceci en outre sans s’être suffisamment informé et sans avoir longuement réfléchi sur ces questions?

Il a été dit également que celui qui croit tout le monde est un idiot, mais que celui qui ne croit  personne est un fou.
Celui qui doute des enseignements des Maîtres, est comme un aveugle qui nierait l’existence des couleurs.
En outre, qu’une manière de voir les choses soit partagée par une majorité ne constitue nullement une preuve de son bien-fondé. En effet, par exemple, dans une société composée uniquement de daltoniens, on se moquerait de celui qui n’est pas affligé de cette anomalie.

Allez à contre courant du milieu qui nous entraîne résulte moins commode que de se laisser mener et de se laisser vivre. Dans la civilisation provisoirement moderne actuelle, tout nous distrait et dévie notre attention des questions fondamentales. Plongés dans l’ignorance, nos dirigeants, aveugles conduisant des aveugles, tendent à perpétuer le système. Les médias diffusent le message « on ne vit qu’une fois » et la publicité, pour flatter et justifier notre avidité, nous susurre : « fais-toi plaisir », « pense un peu à toi », « tu mérites notre produit », etc.

Cependant, si on réfléchit un peu profondément, « bien vivre », « mener la belle vie » est en réalité une erreur et signifie en fait vivre faux et donc vivre mal. Car s’attacher aux plaisirs du monde, c’est vendre son droit d’aînesse (la filiation de la Conscience dans l’homme) pour un plat de lentilles.

Lorsqu’on est jeune, sans problèmes de santé, tout va relativement bien. Mais quand surgit une difficulté majeure, lorsque les maladies arrivent, quand la vieillesse nous envahit et que la mort nous guette, quand le bal de la vie nous surprend à contre-pied et qu’on a déjà l’un d’entre eux dans la tombe, c’est le moment où on se souvient de Dieu.
Alors quand, à cause d’une maladie ou d’un accident, nous serons prostrés de douleur dans un lit d’hôpital ou déjà dans notre lit de mort, ce serait terrible si, en ce moment-là, nous sentions que nous avons raté notre vie en la dilapidant en des choses superficielles et éphémères.

D’un autre côté, les moments de grandes douleurs et de crise sont des occasions, des opportunités où une porte peut s’ouvrir sur le derrière des choses et de leurs apparences.
En effet, si nous consultons l’étymologie du mot crise, nous constatons que ce mot issu du grec “Κρίσις”, associe le sens de “jugement et celui de décider, séparer, distinguer, discerner, trancher, faire un choix. Nous voyons par là que ce peut être une occasion pour rectifier notre jugement et pour décider de nous orienter dans une nouvelle direction.
Car il serait triste d’arriver à la fin de notre vie sans en avoir trouvé la finalité et de nous rendre compte que nous nous sommes trompés (dans les deux sens du terme: celui d’avoir fait une erreur et celui de s’être dupé soi-même).

Mais au contraire, ne serait-ce pas terrible si on se rendait compte qu’on a perdu tous les plaisirs de cette vie!
- En admettant pour un instant qu’il n’existe rien après la mort, alors qu’est-ce qui peut nous importer? Rien n’importe vraiment et par conséquent on peut croire une chose ou ne pas y croire, faire une chose ou son contraire, qu’importe. Par conséquent, croire à quelque chose ne sera ni mieux ni pire que ne croire à rien. Parce que s’il est vrai que je ne gagnerai rien en croyant, je n’y perdrai rien non plus. En réalité pourtant, comme on dit souvent qu’on cultive ses croyances pour se tranquilliser, je serai donc plus tranquille et un peu plus heureux.  
En revanche, s’il existe quelque chose après la mort, alors notre manière de vivre, de penser et d’agir sera d’une immense importance. Et entre le peu que je perdrai en croyant (parce que la vie est terriblement courte) et tout ce que gagnerai si je crois, il sera plus sage de tabler sur la croyance. En effet, s’il n’y a rien après la mort, je n’aurai aucun problème, ma paix est assurée. Je ne verrai jamais mon erreur et ne souffrirai jamais ses conséquences. Par contre, s’il y a quelque chose, j’aurai essayer de faire (si je m’efforce) ce que je devais.
Je dois souligner que, si je crois, ce n’est pas pour miser sur ce qui vient d’être dit. Cela est dû aux nombreuses années d’étude, de réflexion et de quelques expériences éparses qu’il m’a été donné d’avoir et qui vont dans le même sens que les affirmations des Écritures.

De toute façon, même si Dieu n’existait pas, qu’il serait grand d’essayer de faire ce qu’Il ferait s’il existait!

D’autre part, il est d’autant plus grand de se comporter noblement qu’on croit moins en Dieu. Les athées altruistes sont les plus méritants.

Pour ma part, je peux comprendre les doutes des incroyants, parce qu’il est évident qu’il est plus facile pour un ex-sceptique de comprendre un incrédule que pour celui-là de comprendre un croyant.

Le doute sur l’existence de Dieu provient sans doute de la confusion engendrée par la manière de l’appréhender dans le monde occidental, où Il est présenté comme un père avec un fils unique. Cette façon de le définir peut être valable, mais à condition de comprendre qu’il s’agit seulement d’une manière de parler. Elle a servi, et peut encore servir, pour bon nombre mais elle en a aussi détourné beaucoup du christianisme, spécialement dans le monde actuel.

On a l’habitude de dire que les gens croient en Dieu, à la résurrection, à la réincarnation, ou à quoi que ce soit par commodité, par la crainte de disparaître à jamais, pour donner un sens à leur vie, etc. Sans aucun doute, tout cela existe, mais cette explication n’est pas profonde. Pour y arriver, il n’est nul besoin de beaucoup d’années d’études et de réflexion. Cette “conclusion”, en plus du fait qu’elle a déjà été exprimée très souvent, est à la portée de tout esprit qui se ferme et ne pense pas…  




Les concepts au sujet de Dieu

Il n’a pas de sottes religions, il n’y a que de sottes gens… Aucune religion ne détient le monopole de la Vérité, il n’y a pas de religion plus juste qu’une autre, il y a simplement, à l’intérieur de chacune d’entre elles, des adeptes qui ont une compréhension et une foi plus, ou moins, profondes que celles de leurs coreligionnaires. Je dirais, en plaisantant un peu, que la vraie religion, c’est celle qui ne se distingue pas des autres…
Nous pourrions presque dire qu’il y a autant de Dieux que de personnes, c’est-à-dire que chacun à son propre concept de Dieu.
Mon concept de Dieu n’est pas le vôtre, ni le vôtre n’est le mien. Par conséquent, on ne devrait pas juger quelqu’un sur ses croyances, parce que nous ne savons pas ce qu’elles sont vraiment, ni la manière dont une personne croit. Nous jugeons les autres à partir de ce que nous-mêmes croyons qu’ils croient.
D’un autre côté, d’une certaine façon, un athée “crée” Dieu, avant de ne pas croire en lui. C’est-à-dire: premièrement il se construit une idée grossière de Dieu et ensuite il décrète que ¨ça » n’existe pas. Et il a raison de ne pas croire à cette image infantile qu’il projette. Il devrait cependant mieux s’informer et réfléchir avant de s’exprimer sur ce sujet.

Mais alors, finalement, à quoi pouvons-nous croire? En Dieu? Mais qu’est-ce que c’est que ce Dieu?

- Aucune définition de Dieu ne saurait être correcte, parce que, étant in-fini, Dieu ne peut être dé-fini. Ni la Vérité, ni Dieu ne peuvent se laisser enfermer dans un concept, parce que l’Infini ne peut-être défini, c’est-à-dire limité. Le Tout ne pourrait être limité que par quelque chose qui serait hors de lui. Mais rien ne peut exister hors de lui puisque par définition le tout embrasse tout. Par conséquent, la meilleure définition de Dieu – ou la moins mauvaise si l’on préfère – sera la moins précise, la moins déterminée. Cette définition, nous la trouvons dans la Bible: “Yahvé” = “Je suis celui qui est”. Et si Dieu est CE QUI EST, est-il raisonnable de demander si ce qui est existe ?  D’autre part, si Dieu est Tout, n’est-il pas ridicule de demander où est le Tout ? Quand nous demandons où est Dieu, nous ressemblons à un poisson nageant dans l’océan qui demanderait de l’eau.
Deux choses découlent de tout ce qui vient d’être dit: on ne peut ni prétendre avoir un concept correct de Dieu, ni douter de Son existence (si ce concept s’entend comme nous l’avons vu et que nous développerons plus loin). 
Naturellement, tout ceci ne nous avance guère dans notre quête de compréhension. Essayons donc de préciser et d’analyser les concepts précédents: Quand on dit que Dieu est l’Être, on ne doit pas le comprendre comme étant un être, mais comme L’ÊTRE, le seul et unique Être, dont nous ne pouvons ni devons nous faire une représentation (c’est un point sur lequel insiste particulièrement le Judaïsme, l’Islam et le protestantisme). C’est cet Être qui se manifeste sous une multitude d’aspects (depuis une particule subatomique jusqu’à l’Univers (ou le Multivers?), en passant par les minéraux, les plantes et les êtres humains.  






L’intelligence

Pour nous rapprocher de la cosmovision de l’Inde, continuons avec quelques questions-réponses.
¿Qui a fait le hardware d’un ordinateur?
- L’intelligence humaine.
Et qui a fait le software d’un ordinateur ?
- L’intelligence humaine.
De la même manière, qui a fait le corps humain?
 - L’intelligence divine.
Et qui a fait l’intelligence humaine, si ce n’est l’Intelligence divine, la seule intelligence qui soit, l’intelligence de l’unique ÊTRE-CONSCIENCE. En effet, bien qu’il existe de nombreux types d’intelligence, au fond, il n’existe qu’une seule et unique intelligence. Nous disons par exemple qu’un animal est intelligent. Mais en réalité, cet animal ne possède pas cette intelligence. C’est notre perspective, notre manière de voir les choses qui lui attribue cette intelligence. En fait, cet animal, comme nous-mêmes et tout ce qui existe, n’est rien d’autre qu’une expression de l’unique intelligence, qui s’exprime aussi bien dans un ver de terre que dans un génie. Si l’on disait que ce qui permet à l’animal d’agir de manière adéquate c’est l’instinct, ce dernier ne serait également qu’une manifestation de l’Intelligence.
De la même manière que l’eau, sans changer de nature, se manifeste sous forme de liquide, de glace ou de gaz, c’est la même intelligence qui, sans jamais changer de nature, s’exprime en mille formes et degrés de manifestation distincts. 
Chez l’homme même, on trouve plusieurs types d’intelligence ; celle-ci s’exprime de différentes manières : elle peut être manuelle, émotionnelle, intellectuelle, etc. On pourrait dire cependant que la plus haute intelligence est celle que personne ne revendique…

Nous pouvons nous demander, parmi de nombreuses autres questions:
Qu’est-ce qui me fait respirer? Qu’est-ce qui fait circuler mon sang? Qu’est-ce qui coordonne mes mouvements? Qu’est-ce qui me fait sentir que je suis ? Qui sait que je comprends ou ne comprends pas ?
Pour que tout cela soit possible, il faut qu’il y ait une conscience et une énergie…
Nous pourrions dire que Dieu est précisément cette Conscience et cette Énergie qui permet à quelqu’un de dire que Dieu n’existe pas…
Ce qui n’existe pas en réalité, c’est nous-mêmes en tant qu’entités séparées. Mais ceci n’est pas très agréable à entendre pour nous qui nous identifions à notre petit “Moi”.

Nier l’intelligence est absurde, parce que cette négation fait appel à la faculté de discerner entre le juste et le faux. Or cette faculté de discernement présuppose l’intelligence. Celle-ci n’est du reste rien de personnel, ce n’est jamais notre intelligence même si, à cause de notre ignorance, nous nous l’attribuons. C’est l’intelligence de l’Être unique qui se manifeste en tout, depuis les plantes qui “savent” boire, se nourrir et chercher la lumière, jusqu’à l’incarnation sur la Terre de ce pur ÊTRE infini et incognoscible sous la forme d’un Bouddha ou d’un Jésus (« Le Père et moi sommes un »). 
Si on dit, avec les matérialistes, que tout est le fruit du hasard, alors cette affirmation l’est aussi. Dans ce cas, quelle valeur peut-elle avoir? Et si l’on disait que le hasard peut être intelligent, ce ne serait qu’une autre manière de dénommer Dieu. (On dit que Dieu est le pseudonyme qu’Il prend quand Il ne veut pas signer son œuvre…)
Par ailleurs, si c’est le hasard qui a fait, par exemple, la nature avec toutes sa beauté, alors : oh ! Divin Hasard ! Adorons-le ! Adorons ce qui a fait toutes les merveilles du monde et surtout, la capacité de s’émerveiller !

Quant à l’affirmation “tout n’est que chimie” elle est, elle aussi, une pensée. Par conséquent, ou bien cette pensée n’a aucune valeur, ou bien elle est l’expression de l’intelligence immatérielle qui s’exprime au travers de phénomènes matériels, à la manière des ondes de radio qui ont besoin d’un appareil pour être entendues, de l’électricité qui nécessite une lampe ou un autre appareil pour pouvoir se manifester, ou d’un artiste qui a besoin d’un moyen matériel pour exprimer ses idées.
Quand quelqu’un dit que la vie n’a pas de sens, cette personne ne se rend pas compte que, en le disant, elle fait inconsciemment appel à un ordre implicite. De la même manière, un cerveau a besoin de quelque chose de plus que d’éléments matériels ou, pour le moins, de particules beaucoup plus subtiles que celles qui le composent. Ces particules doivent être intelligentes ou être l’instrument d’une intelligence qui les gouverne.
Dans un de ses textes, Éric Tolone nous dit :
« L’intelligence provient de l’intellect. L’intellect personnel est une fraction de l’Intellectuel universel qui est lui-même la réflexion dans le Cosmos de l’Intellect divin transcendant.
La conscience est la simple faculté de percevoir. Par conséquent, c’est elle qui perçoit aussi les connaissances de l’intellect. 
Quant à la conscience individuelle, c’est une focalisation de la Conscience en un point de l’espace et du temps ».

Le corps ne fabrique pas d’intelligence. Le mental non plus mais, avec le corps, il permet son expression. Le mental pur est comme un miroir, et il est nécessaire parce que l’œil ne peut se voir lui-même. Le corps et le mental sont donc importants mais en réalité la chose vue n’est pas dans le miroir et celui-ci n’est pas la chose vue en lui. Ce qui est fondamental, c’est la faculté de voir, de savoir. Cette faculté, c’est la Conscience (latin: conscientia, de scire, savoir).

Mais savoir quoi ? 

- Savoir que l’on est.
En effet, en général, les Écritures hindoues ne parlent pas d’intelligence mais de Conscience. Pour elles, Dieu n’est pas un personnage dans le ciel, sino l’unique ÊTRE, la seule Conscience et l’unique Béatitude à la fois. Ces trois aspects sont inséparables, de la même manière que la luminosité, la chaleur et le pouvoir de combustion, ou l’énergie, ne peuvent être séparés du feu. C’est: l’Être-Conscience-Béatitude. C’est l’Être conscient d’être. Et ce sentir être, c’est la Félicité.






Être – Conscience – Béatitude

Détaillons ces trois aspects, qui sont indéniables:

1.     L’Être
Pourquoi ne peut-on pas nier l’Être?
-         Parce que ce que personne ne peut nier, c’est sa propre existence. (Car pour pouvoir nier ou affirmer quelque chose, il faut déjà exister).

2.     La Conscience
Si nous demandons à quelqu’un: « Tu existes ? », il ne pourra répondre que : « Naturellement ! » Mais si nous lui demandons comment il sait qu’il existe, il se retrouvera probablement quelque peu embarrassé pour répondre. Et s’il nous demande alors si nous avons une réponse, nous lui proposerons la suivante :
-         Nous savons que nous existons grâce à “Cela” intangible qui voit le mental. Grâce à cette Lumière (remarquons que l’étymologie du mot Dieu est étroitement liée à la notion de lumière, de même que le mot día, jour en espagnol. (Pensons d’ailleurs à lundi, mardi, etc.), qui se reflète dans tous les êtres, qui n’appartient à personne, qui est totalement impersonnelle et nous permet de voir que nous voyons, savoir que nous savons, et savoir que nous sommes. En effet, on sait qu’on existe par « notre » conscience. 

Mais la Conscience, qu’est-ce que c’est ?
-         La conscience est ce qui permet de savoir (répétons-le : du latin conscientia, de scire, savoir) qu’une chose est en train de se passer, d’être au courant  de quelque chose, de nous rendre compte des phénomènes aussi bien extérieurs qu’intérieurs tels que les sentiments, les pensées, les sensations, etc. C’est l’être conscient d’être et d’être conscient.

Et pourquoi ne peut-on pas nier la conscience non plus?
-          Parce qu’on ne peut pas ne pas la trouver si on la cherche. Il en est de même que pour l’Être: pour nier - ou affirmer - la Conscience, il faut être conscient. On peut ne pas être conscient, mais on ne peut jamais être conscient de ne pas être conscient. Répétons-le encore une fois: la Conscience ne peut pas ne pas être trouvée si on la cherche (même si elle ne peut pas être appréhendée de la même manière que les autres choses car elle n’a pas de forme, étant donné qu’elle est antérieure au mental qui est ce qui crée les formes et les noms). En effet, de la même manière que nous ne pouvons pas nier notre existence sans entrer en contradiction, nous ne pouvons pas davantage nier “notre” conscience, parce qu’elle entre automatiquement en jeu pour nier ou affirmer. Par exemple, pour qu’un croyant puisse affirmer que Dieu existe, il faut que lui-même existe et soit conscient. De la même manière, pour pouvoir dire que Dieu n’existe pas, un athée doit exister et être conscient. 
-         Tout comme une goutte d’eau ne peut se noyer, et que le feu ne peut se brûler, je ne peux jamais, dans un moment donné, être conscient de ne pas être conscient. Nous voyons tous des “choses” différentes, mais la faculté de voir est commune à tous. Y si nous observons bien, nous voyons toujours, même si nous voyons seulement que nous ne voyons rien.

Mais alors, ce qu’on appelle inconscient, qu’est-ce que c’est?

- Nous appelons inconscient ce qui, pour nous - c’est-à-dire pour chacun d’entre nous, pour “moi” - est inconscient. Mais ce que nous appelons inconscient est en réalité Conscience. Nous ne contrôlons pas le métabolisme de notre corps: la circulation du sang, les sécrétions des diverses glandes, la rénovation des cellules, etc. Cependant, pour coordonner toutes ces fonctions de l’organisme, il faut bien une conscience. La source de la conscience est la même pour chaque organisme, que ce soit une plante, un animal, ou un être humain. Sans cette conscience, « moi » (un tel ou une telle), je ne pourrais ni dire, ni penser, ni sentir “je”. En réalité, il n’existe que cette Conscience qui, comme nous l’avons vu, est synonyme d’Être et de Béatitude (Sat-Chit-Ananda), et qui illumine tout. 
Cette Conscience est en elle-même atemporelle. Elle est hors du temps et de l’espace, ou plutôt, ceux-ci sont en elle parce qu’elle les crée par l’intermédiaire du mental. Il est très important de se rendre compte que la Conscience, qui est pourtant notre véritable nature, ne peut se voir elle-même. Étant sans forme, nous ne pouvons la voir comme quelque chose de défini, comme nous voyons les choses extérieures ou intérieures (les pensées et les sentiments par exemple). Étant sans particularités, nous ne pouvons l’appréhender. Qui pourrait saisir ce qui, comme l’espace, est à la fois à l’intérieur et à l’extérieur de toutes choses et de tous les êtres (et par conséquent de nous-mêmes aussi) ?

Si on réfléchit, on peut se rendre compte que quand une personne se regarde dans un miroir, elle voit seulement un corps, elle ne voit pas ce qui réellement voit ce corps. Le problème, c’est que, comme nous nous identifions à notre corps, nous suivons le raisonnement inconscient suivant : « je vois un corps dans le miroir et comme c’est moi qui suis ce corps, c’est donc moi qui le voit ». Mais est-ce vraiment “mon” corps? Avons-nous fait notre corps? Et si ce n’est pas le cas, où l’avons-nous acheté? Dans une grande surface, dans un Grand Magasin, dans un bazar, dans une boutique? J’ai donné mon accord pour qu’il soit créé? Ou pour changer continuellement, pour tomber malade et finalement mourir? D’autre part, lequel est mon corps: celui du bébé, de l’adolescent, de l’adulte ou le corps décadent du vieillard?

Nous pouvons illustrer le mécanisme de l’identification au corps de la manière suivante:
Tout comme si la lune, en se voyant éclairée, croyait qu’elle brille par elle-même tandis qu’en fait c’est le soleil qui l’éclaire, l’appareil psychosomatique, qui en réalité est illuminé par la lumière de la conscience, se prend pour ce corps-mental humain. Pour le dire autrement : la conscience, la source unique de lumière, est projetée au moyen du miroir constitué par le mental humain sur l’organisme psychosomatique qui se prend ensuite pour l’auteur de cette lumière alors qu’en réalité il ne fait que permettre à la lumière de se manifester. 

En faisant une petite digression au sujet de la lumière et de la Conscience, nous pouvons réfléchir et nous rendre compte que ce qui voit le soleil est supérieur au soleil et que par conséquent la lumière de la Conscience est supérieure à celle du soleil. En effet, si nous voyons que le soleil brille, c’est grâce à la lumière de “notre” conscience. De la même manière que la lumière du soleil éclaire le monde, la lumière de la conscience illumine aussi bien le monde dans lequel se trouve le soleil, que notre corps et les pensées du mental (qui croit de manière erronée qu’il est celui qui voit).  

Nous pouvons ajouter également que la lumière de la conscience est éternelle, tandis que celle du soleil disparaîtra un jour.
Il est à noter encore que si nous n’avions pas de conscience, rien n’existerait pour nous.

3.     La Béatitude (synonyme de: félicité)

L’Être embrasse tout, inclut tout, aime tout comme lui-même parce que tout est Lui-même. Et comme l’amour authentique est intimement lié au bonheur, l’être est aussi Béatitude; l’Être est heureux d’être conscient d’être.

Comment la Béatitude surgit-elle en l’être humain?
- Le simple fait d’être conscient d’être conscient est, en soi, béatitude. C’est-à-dire: se sentir exister est béatitude. Nous sommes heureux quand nous sommes parce qu’être est notre véritable nature. Mais il ne s’agit pas de se sentir être ceci ou cela. Il s’agit de se sentir être “tout court”, avant de se sentir être quelque chose de déterminé.  
C’est pour cette raison que la question fondamentale est : “To be or not to be”. Tout le monde (tous les gens) et tout le monde (le monde entier) veut être et se sentir être, et par conséquent lutte pour continuer à vivre.
Pour nous prouver que nous sommes, pour dissiper le doute sur notre être, il semble qu’il faille que nous ayons toujours un objectif. Quand nous l’atteignons, nous sentons une certaine satisfaction mais elle ne dure pas et bientôt nous nous fixons un nouvel objectif. C’est comme si nous étions accros au tir au pigeon, le pigeon étant dans ce cas un objectif. Nous ne vivons pas dans le présent, qui est le point d’intersection entre l’Éternel et le temps, et qui est l’unique moment réellement réel, étant donné qu’aussi bien les souvenirs que les imaginations concernant le futur ont lieu dans le moment présent. 
Tandis que le bonheur, c’est précisément la bonne heure, celle du moment présent, celle qui est toujours la bonne heure pour être conscient d’être présent à la fois dans le temps et dans l’espace.
Et à propos du mot « présent » il est curieux de voir que ce concept a justement un sens à la fois spatial et temporel. Le temporel est évident, et le spatial s’appréhende quand, par exemple, un soldat répond « présent! » pour prouver qu’il est là, lors de l’appel.
Le présent est toujours présent et c’est le présent (le cadeau) de la vie intemporelle.




La recherche de la plénitude

Puisque l’unique Réalité est Être-Conscience-Béatitude, on doit la retrouver dans tous les êtres. Par conséquent, elle doit se trouver en nous-mêmes, comme il est affirmé aussi bien dans l’hindouisme, que dans le bouddhisme ou le christianisme (« Le Royaume de Dieu est en vous ». Mais même si l’être humain croit être seulement un corps avec ses idées et sentiments, il a néanmoins l’intuition, plus ou moins confuse et inconsciente, que sa véritable nature, son identité réelle, est cette totalité, cette plénitude dont il a la même nostalgie que celle du Paradis perdu. Se croyant séparé d’elle, il souffre et essaie alors de la réaliser par tous les moyens, licites ou moins licites… À partir de cette idée-sensation-sentiment d’être un « ego » séparé, il s’efforce pour acquérir cette totalité. Et dans notre société, dans laquelle on confond l’être et l’avoir, il tend à embrasser le plus possible en acquérant toujours plus, parce qu’il croit qu’en ayant davantage, il sera  plus. C’est comme s’il voulait s’emparer des choses pour se les ajouter pour – selon ce qu’il croit – amplifier ou étendre son Moi. C’est une recherche interminable, une tentative désespérée pour arriver à sentir sa plénitude, c'est-à-dire sa « complétude».
Cette tendance compulsive à se gonfler pour combler le doute sur son existence, sur son être, ne se manifeste pas uniquement dans le désir de possession. Bien qu’il s’agisse d’une aspiration amplement répandue, il ne s’agit pas toujours d’avoir plus d’argent ou de biens. Elle peut s’exprimer également sous la forme de la recherche de la célébrité, du pouvoir, de facultés, de connaissances, etc. Chacun cherchera naturellement sa pseudo extension dans le domaine qui lui paraît le plus propice, c’est-à-dire celui où il se voit le mieux armé grâce à ses dons et ses aptitudes.
Quand quelqu’un a une certaine capacité dans un domaine particulier, il cultive ce terrain qui, étant cultivé, produit ses fruits qui réjouissent alors leur apparent propriétaire. Celui-ci, se sentant affirmé, continue donc avec la même tendance et ainsi se ferme ce cercle vertueux qui peut consister en une activité gratifiante, un hobby, une passion, etc. qui lui donne l’impression, comme on dit dans cette expression affreuse, de « se construire soi-même ». (Seul Dieu pourrait prétendre se créer lui-même, de lui-même, par lui-même).
Par exemple, on peut désirer le pouvoir. Il n’est que de voir comment les gouvernants de tous bords s’attachent à lui ; il semble que leur devise soit : « je commande, donc j’existe ». On peut également désirer la notoriété pour se sentir affirmé, pour voir son existence confirmée par les autres, pour que ce qui est « extérieur » à moi soit allié à ce que je crois être intérieurement. C’est ainsi que le sportif voudra être le premier, le meilleur, l’unique. Le Don Juan voudra conquérir toutes les femmes (en réalité, il n’en aime aucune, parce que s’il en aimait une, il ne l’abandonnerait pas), l’homme d’affaires tendra à gagner le maximum, l’intellectuel collectionnera les connaissances pour apprendre, c’est-à-dire ap-préhender le plus possible, etc.
Comme nous pouvons le constater dans ces exemples, ce besoin de collectionner est très commun. L’un accumulera les voyages, pour sortir de la routine, pour vivre le moment présent, un autre (ou plutôt beaucoup d’autres) accumuleront l’argent ou les possessions, un autre les femmes, etc. Remarquons au passage que celles-ci essaient souvent de conquérir le monde au travers de leurs enfants ou en conquérant le conquérant…
Dans toutes ces aspirations, il s’agit de conquérir le monde, en accumulant toujours. « Tener » en espagnol, signifie “avoir”. Ce mot “tenir” illustre bien cette soif de possession personnelle. Il s’agit de tenir les choses extérieures (ou du moins que nous croyons telles), et souvent aussi d’assujettir les personnes. Si nous n’y réussissons pas, nous nous sentons frustrés.  Mais un autre problème, c’est que ce qu’on acquiert peut se perdre et c’est pour cette raison que nous vivons dans la crainte de perdre ce que nous avons. D’une certaine manière, nous sommes possédés par nos possessions. Et le comble, c’est que toutes ces possessions ne nous comblent pas, parce que, dans ce processus d’acquisition, plus on a et plus on veut ; c’est comme boire de l’eau salée : plus on en boit, plus on a soif. C’est comme une drogue, de laquelle on ne peut plus s’abstenir. Et en effet, on observe souvent que les plus riches veulent être encore plus riches, même s’il leur est pratiquement impossible de dépenser tout leur argent. 

Mais naturellement cette tentative d’arriver à la plénitude au moyen des choses extérieures est vouée à l’échec. C’est comme si une vague, sachant de manière plus ou moins… vague et inconsciente qu’elle est l’océan, s’identifiait à cette forme particulière de vague et prétendrait avaler tout l’océan. Mais évidemment la partie ne peut, par définition, arriver à être le tout. Par conséquent pour être l’océan, la solution pour la vague, c’est de se rendre compte qu’elle l’est déjà, à condition de ne plus s’autolimiter dans la forme d’une vague particulière, privée, privative, et de cesser de se sentir séparée des autres.




La relativité des apparences 

Au lieu de nous appliquer à chercher ce que nous sommes vraiment, nous nous évadons de la réalité en entrant dans la prison des apparences sans nous rendre compte que notre énergie n’est pas infinie, que notre temps est limité. Nous ne discriminons pas entre ce qui est important et ce qui ne l’est pas. Et nous ne regardons pas les choses d’une manière détachée en voyant la relativité du monde manifesté, c’est-à-dire en observant que tout ce qui ap-paraît dis-paraît et n’est pas ce qu’il paraît, et n’a par conséquent qu’une réalité relative. Cette relativité se laisse très bien illustrer par l’exemple de l’arc-en-ciel qui peut être considéré à la fois comme réel et comme irréel. Ou comme celui d’un mirage. Nous observerons aussi que voir un mirage ne constitue pas un problème si nous savons ce qu’il est et n’allons pas y chercher de l’eau. 
A propos de l’arc-en-ciel, nous pouvons constater que pour  qu’un  arc-en-ciel apparaisse, il faut qu’il y ait  toujours trois éléments: le soleil et sa lumière, la pluie, et l’observateur. Si l’un de ces éléments vient à manquer, le phénomène ne se produit pas. Par ailleurs, il est significatif que l’observateur se situe toujours entre le soleil et l’arc-en-ciel.
On pourrait peut-être faire la comparaison suivante : la lumière de la Conscience (le soleil), passe, comme si elle était interceptée par un prisme, au travers de la pluie constante des pensées de l’ego, projetant ainsi le monde avec ses formes et ses couleurs.

Nous pouvons ici citer la comparaison que Ramana Maharshi fait avec le fonctionnement du cinéma:
·        La lampe intérieure (de l’appareil) est le Soi 
·        La lentille qui est face à la lampe est le pur mental proche du Soi 
·        Le film, qui est une longue succession de photos séparées, est le courant des tendances latentes consistant en pensées subtiles 
·        La lentille, la lumière qui la traverse et la lampe qui, ensemble forment la lumière concentrée, représentent le mental, l’illumination du mental et le Soi qui, ensemble, forment l’observateur
·        La lumière qui traverse la lentille et tombe sur l’écran, c’est la lumière du Soi qui émerge du mental à partir des sens et tombe sur le monde 
·        Les divers types d’images qui apparaissent dans la lumière de l’écran sont les diverses formes y noms qui apparaissent comme les objets perçus à la lumière du monde
·        Et finalement le mécanisme qui met en mouvement le film est la loi divine qui manifeste les tendances latentes du mental.

La question que nous pouvons donc nous poser est la suivante:
Pouvons-nous nous fier de nos sens ? Les choses sont-elles vraiment comme on les voit ?
Nous ferons simplement quelques observations :
Si nous voulons représenter les choses telles qu’elles sont (selon notre perspective quotidienne et humaine) nous devons souvent les déformer pour qu’on puisse les reconnaître. Par exemple, une tasse ou un verre sont circulaires. Mais quand nous voulons les représenter, nous devons les dessiner comme ce qu’elles ne sont pas, c’est-à-dire comme elliptiques
Il en va de même pour représenter la perspective.
Si nous voyions toujours le bâton dans l’eau, pour nous il serait toujours rompu.
L’eau prend la couleur du récipient qui la contient ou du milieu qui l’entoure.
Sur les écrans de télévision ou d’ordinateurs n’apparaissent que des points lumineux. Pourtant, ils font sens pour nous qui y voyons des choses qui nous émeuvent, et qui nous captivent durant des heures.
Et à propos d’écran, on pourrait dire que le monde nous apparaît comme les images, sélectionnées au hasard, de centaines de films qu’on aurait rassemblées dans un ordre aléatoire pour un faire un nouveau film.

Les choses nous apparaissent comme très denses mais nous savons par la science qu’en réalité il y a beaucoup de vide à leur intérieur. Nous voyons le monde en fonction de nos organes des sens et du mental. Par conséquent les animaux voient le monde d’une manière assez différente de la nôtre. Essayons pour un instant de nous imaginer comment une mouche, par exemple, voit le monde. De la même manière, comment verrions-nous les choses si on nous les présentait sous la forme d’un film projeté en accéléré ? Comment vivrions-nous si on nous collait, sans que nous puissions l’enlever,  un télescope ou un microscope sur les yeux ? En outre, quel degré de réalité peuvent avoir des choses qui ne durent pas ? Or nous savons très bien que rien ne dure éternellement.
Le monde semble très réel mais ce n’est qu’un tissu de perceptions dont la trame et les motifs sont constitués par les impressions sensorielles interprétées par le mental au fil de la conscience qui relie les événements comme les perles d’un collier. 


Au lieu d’essayer d’approfondir la question et de nous attaquer aux racines du problème - qui est le sens de l’ego -, nous nous perdons dans les distractions et les divertissements, au sens pascalien du terme. Toujours, nous regardons vers l’extérieur, et au lieu de respecter le commandement “Tu n'adoreras pas d'autres dieux que Moi”, nous nous laissons hypnotiser par la propagande et adorons le Veau d’or de cette société de consommation (ou de consolation, comme on l’a dit). Cette attitude est finalement source de conflits et de guerres. Et une partie de la population du monde meure de trop manger tandis qu’une autre meurt de sous-nutrition…
Nous devrions au contraire essayer de simplifier un peu notre vie et fomenter l’introspection pour qu’un regard purifié, et donc éclairci, nous permette un certain détachement, c’est-à-dire, nous permette de décoller toutes ces étiquettes qui adhèrent aussi bien à nous-mêmes qu’aux autres, nous empêchant ainsi de voir ce qu’il y a au-dessous.
Quand nous nous retournons vers la source qui émane toujours de l’Incognoscible avant d’être contaminée par tous les concepts, nous pouvons nous interroger:
Quel âge a “ce” qui sait: “j’ai quarante ans”? De quel sexe est ce qui sait: « je suis une femme », ou: « je suis un homme » ? Ce qui dit: “je suis malade” ou: “je suis bien portant” est-il malade? Ce qui dit en nous: “je suis riche” ou: “je suis pauvre” est-il riche ou pauvre ? Le corps peut être jeune ou vieux, mais est-ce lui qui dit « je suis jeune » ou : « je suis âgé » ? Ce qui voit : « je suis assis » ou « je suis debout » est-il assis ou debout ?
Le corps peut-il voir ou savoir quelque chose par lui-même? Peut-il savoir, par lui-même, qu’il existe? Réellement, cela a-t-il du sens de dire: “je suis français” ou : “je suis corse, ou suisse, ou chinois” ? Ou encore : « « je suis grand, petit, gros, maigre, cultivé, ignorant, etc. » ?

D’autre part, existe-t-il vraiment un mental comme tel ? Ce que nous appelons “mental” est une entité réelle ou bien une collection d’idées en forme de craintes et d’espoirs fondés sur les expériences du passé et les projections dans le futur ? Sommes-nous le mental ou bien ce qui voit le mental ?
Une pensée ne peut être le témoin de rien et dix millions de pensées pas d’avantage.

Nous nous identifions au contenu de notre mémoire, mais celle-ci peut-elle appréhender quoi que ce soit ?

Comme nous regardons dans la mauvaise direction, nous sommes rarement satisfaits et il semble toujours qu’il nous manque quelque chose (c’est peut-être dans ce sens qu’il faut entendre l’affirmation de Bouddha : « Tout est souffrance »). Espérant toujours arriver à être quelque chose, ou plutôt quelqu’un, ou au contraire craignant de ne plus être ce qu’on croit être maintenant, nous ne vivons jamais le moment présent,
Nous espérons toujours gagner. Non seulement de l’argent. Non seulement à la loterie ou avec « notre »  équipe de football. Nous espérons toujours avoir de la chance, dans les questions de travail, d’amour, etc. Mais l’espérance, d’une certaine manière, est une création de l’ego pour pouvoir survivre. Et c’est pour cela que cette espérance est létale et que nous passons notre vie en train d’espérer au lieu de vivre le moment présent et d’agir. Nous sommes endormis, et donc toujours en train de rêver. Nous rêvons à propos des hommes ou des femmes, des vacances, du travail que nous allons avoir ou au contraire nous rêvons de ne plus devoir travailler, etc.

Quant aux chercheurs spirituels, ils rêvent au Réveil…

Comme l’âne qui essaie d’attraper la carotte qu’on lui a attaché devant la tête, ou comme un homme qui a trébuché et doit courir pour retrouver son équilibre, nous pratiquons constamment la fuite en avant en essayant d’attraper l’ombre fantasmagorique de nous-mêmes que nous projetons sous forme de projets et d’attentes.
Mais tout comme le pot que la laitière de la fable portait sur la tête, tous les schémas que nous avons dans la tête peuvent se rompre en un instant…



La recherche du bonheur

Étant donné que notre nature authentique est être, nous sentons du bonheur quand après avoir  évité un malheur ou après avoir obtenu ce que nous désirions intensément, ou encore quand nous récupérons ce que nous croyions avoir perdu, nous nous sentons bien. Ouf ! Nous nous détendons dans un soupir de soulagement, nous nous vidons de notre faux moi (le “je” particulier, fictif) et en ce moment-là, nous nous sentons vivre, nous nous sentons être, simplement. Alors, durant un laps de temps proportionnel à l’intensité du danger ou de notre aspiration, nous sommes heureux, parce que nous demeurons tranquilles dans le pur Être, c’est-à-dire, dans cette sensation-sentiment d’être, sans plus, sans qualifications. Mais bientôt le doute nous reprend et nous recommençons à nous pré-occuper. Et nous voilà de nouveau en train de penser à acquérir ou conserver quelque chose. 

Normalement, on essaie de se mettre en contact avec la situation, l’objet, la personne, etc. qui nous affirme, qui fait qu’on se sente exister et qui confirme ainsi notre existence. Alors nous disons que nous aimons ce lieu, cette situation ou cette personne. L’élément extérieur à nous est utilisé pour satisfaire notre narcissisme comme le montre d’un manière très symptomatique la tournure: « je me plais à Paris ». Il y identification et attachement. 
C’est pour cette raison que chacun d’entre nous avons souvent tendance à nous mettre dans les mêmes situations, à réaliser les mêmes actions, à fréquenter les mêmes lieux, les mêmes personnes, etc., dans une tentative de nous retrouver dans les mêmes situations externes dans lesquelles nous avons été heureux, espérant ainsi revivre ce bonheur que nous attribuons aux éléments extérieurs. 
Et naturellement, le même processus se déroule dans la situation inverse, c’est-à-dire lorsque nous somme niés par quelque chose ou par quelqu’un. Dans ce cas, nous avons tendance à fuir cette situation ou cette personne.

Nous recherchons les stimuli, externes ou internes, susceptibles d’ « activer » ce bonheur intérieur. Mais si ces stimuli viennent à manquer, ou à l’inverse, quand ils cessent de présenter un aspect positif, le bonheur se transforme en malheur. Par exemple si notre petit ami, ou notre petite amie, nous quitte, le même “objet” qui nous apportait la félicité est maintenant source d’amertume, de frustration et de désespoir.

Nous réussissons souvent à renouveler ce bonheur passé, mais fréquemment aussi nous nous retrouvons contrariés et déçus, parce qu’il n’y a plus adéquation entre la situation extérieure et l’état interne. 

On essaie de combler le vide intérieur engendré par l’oubli de l’être profond par l’avoir d’un nombre sans fin (y si on y pense un peu, sans finalité réelle) d’objets extérieurs. Notre « civilisation », avec son capitalisme et son consumérisme débridés, se fonde sur l’avidité et la cupidité humaines, qui riment avec stupidité. En dernière analyse, tous les problèmes et tous les maux, aussi bien personnels que collectifs, plongent leurs racines dans l’ignorance. C’est pourquoi leur solution se trouve dans la connaissance. Malheureusement, celle-ci ne doit pas être uniquement intellectuelle, mais vécue de manière effective.

Nos joies et nos chagrins nous paraissent bien réels, mais pourquoi s’évanouissent-ils avec le temps?

En réalité, comme nous l’avons vu, cette félicité est toujours en nous, au-dessous des pensées, comme la profondeur de l’océan est au-dessous des vagues. Tout comme le soleil brille toujours derrière les nuages ou la Terre, la félicité demeure toujours comme Conscience d’Être derrière, ou au-dessous, de toutes nos pensées et sentiments. Car tous les plaisirs ne sont finalement rien d’autre qu’un reflet de l’immuable béatitude du coeur.

 Mais pourquoi est-ce que Dieu ne nous a pas donné pleine Conscience depuis le commencement ?

- Une réponse allégorique pourrait être: parce que son jeu (Lila en sanscrit) consiste à jouer à cache-cache avec lui-même… Il se cache pour avoir le plaisir de se redécouvrir ; il s’éloigne de lui-même pour avoir la joie de se retrouver.
Ou bien nous pourrions dire également que l’Être crée une infinité d’instruments pour pouvoir s’appréhender Lui-même sous une multiplicité de formes distinctes. En effet par la création de l’Univers, l’Être, tout en restant identique à Lui-même, engendre une multitude de foyers de conscience individualisés susceptibles d’arriver à participer à son état de Conscience Absolue.
La pensée de l’Être, sous la forme particularisée qu’est l’être humain, contient potentiellement la réalisation de l’aspiration secrète qui a motivé le déploiement cosmique de la Création: arriver à être capable de percevoir Sa propre conscience. 



Le problème du mal

Comment peut-on expliquer qu’il y ait autant de malheur et de méchanceté dans le monde?

Comme il nous manque une vision d’ensemble il nous semble, de prime abord et à partir de notre point de vue relatif et limité, que le monde est plein de désordres. Nous ne devons pas nier ces derniers, ni les ignorer, mais au contraire essayer d’y remédier dans la mesure de nos possibilités. Mais si nous réfléchissons, nous pouvons comprendre que l’harmonie universelle, l’Ordre cosmique, résulte de la somme de tous les désordres partiels. Nous pouvons citer ici l’étymologie du mot cosmos: « il vient du latin cosmos qui signifie univers, et provient lui-même du terme grec κόσμος (kósmos), qui signifie ordre ou ornement, étant l’anti-thèse de caos ». Utilisant une image, on a dit que le Cosmos était comme un tapis: nous, nous en voyons le revers et par conséquent nous percevons un ensemble de fils désordonnés, tandis que Dieu, qui le saisit « du bon côté », à savoir à l’endroit, le voit comme parfait. (C’est-à-dire, selon l’étymologie de ce mot: achevé, complètement ou totalement fait).
On pourrait dire aussi que le monde est comme un puzzle dont nous ne voyons que des pièces éparses. Tandis que celui qui voit toutes les pièces à leur place et en relation avec  les autres perçoit l’harmonie du tout.
Où un analphabète ne voit que des traits d’encre sans aucun sens pour lui, nous pouvons lire un poème merveilleux.

Tout est relatif (bien que cette affirmation le soit aussi). Prenons un exemple pour l’illustrer:
Imaginons une famille en train de voir un documentaire sur les animaux de la savane africaine :
Un troupeau de gazelles est en train de paître tranquillement quand, tout à coup, un lion surgit, saute sur une jeune gazelle et l’emporte. Toute la famille s’émeut et les enfants se fâchent contre le vilain lion. Maintenant, imaginons la même famille en train de regarder la même scène mais après avoir vu la scène suivante : dans la savane africaine règne une terrible sécheresse. Un groupe de lions est en train de mourir de soif et de faim par manque de nourriture. Un lionceau est sur le point de mourir. Sa mère a essayé de chasser mais n’a rien réussi à rapporter. Tout à coup, elle détecte un groupe de gazelles. Elle se rapproche à pas de loup - on plutôt de lion -  et…vous connaissez la suite de l’histoire. Toute la famille se réjouit et les enfants battent des mains… Exactement la même scène, avec les mêmes personnages, le même décor, la même situation et les mêmes images provoque deux réactions diamétralement opposées…

En réalité, nous ne pouvons jamais savoir ce qui est bien et ce qui ne l’est pas. Si une personne meurt dans un accident, nous pensons que c’est terrible, mais si nous savions que cette personne ignorait elle-même qu’elle avait un cancer incurable et qu’elle allait mourir bientôt dans d’horribles souffrances, notre perspective changerait. 
De la même manière, un chemin très mauvais peut déboucher sur une piste agréable, tandis qu’une piste magnifique peut nous emmener dans un cul-de-sac ou terminer en un sentier plein de boue et de ronces.

La destruction est nécessaire pour créer du nouveau et éviter de cette façon la sclérose. Ainsi, tout comme le chaud et le froid ne sont que température, la vie est faite d’autant de destructions que de création, d’autant de morts que de naissances. Cependant, nous désignons la synthèse de ces deux tendances par le mot vie et non pas avec le mot mort. De manière similaire, nous disons que la semaine est faite de sept jours et non de sept nuits, bien qu’il y ait autant d’obscurité que de clarté.

Mais la bonne nouvelle (et on peut observer que l’étymologie de Évangile, c’est précisément Bonne Nouvelle) la bonne nouvelle, c’est que nous ne sommes pas ce que nous croyons. Nous n’avons pas besoin de tout accumuler. « Considérez comment croissent les lis: ils ne travaillent ni ne filent; cependant je vous dis que Salomon même, dans toute sa gloire, n'a pas été vêtu comme l'un d'eux »  (Luc 12 : 27), parce qu’en réalité nous ne sommes pas le corps mais la Conscience-en-Soi. Par conséquent, l’idée d’être ce corps doit diminuer et la conscience d’être la Conscience doit croître.
Ce qui importe, c’est d’être conscient d’être conscient.

Alors, si en réalité nous sommes Être-Conscience-Béatitude, pourquoi ne nous en rendons-nous pas compte?   

- L’être humain voit, mais le problème, c’est qu’il voit dans la pénombre. S’il ne voyait rien, c’est-à-dire s’il n’avait conscience de rien, il n’aurait pas de problèmes. S’il voyait tout clairement, c’est-à-dire s’il avait une conscience parfaitement claire, il n’aurait pas de problèmes non plus. C’est seulement dans la pénombre que les fantasmes paraissent surgir.



La nature double de l’être humain

L’émergence du sentiment de l’ego est illustrée dans la Genèse par l’Arbre de la science du Bien et du Mal.
Rappelons-nous l’allégorie du Paradis terrestre d’où l’homme fut expulsé. L’homme vivait alors en harmonie avec les animaux puis il  commença à se distinguer d’eux en devenant auto-conscient et en discernant entre el Bien et le Mal, perdant ainsi son innocence et son absence de problèmes existentiels, ou métaphysiques.
Dans le royaume animal, il n’existe pas de dualité morale Bien-Mal. Les animaux sont nus mais ils n’en ont pas honte. Ils ont ce sentiment de « je », mais ils ne savent pas qu’ils l’ont, alors que l’espèce humaine, elle, l’a. (Indépendamment du fait que les recherches modernes suggèrent que les animaux les plus évolués pourraient l’avoir également).
Actuellement, c’est comme si la Conscience unique, omniprésente et éternelle, au lieu de se rendre compte de ce qu’elle est réellement, s’autolimitait dans l’être humain sous la forme d’un corps animal et d’un mental humain avec tous ses contenus.

Personnellement, je pense que l’explication du sens de l’ego et de cette autolimitation pourrait s’expliquer, peut-être, de la manière suivante: à la différence des végétaux, les animaux doivent être autoconscients pour pouvoir distinguer entre eux-mêmes et les autres êtres, afin de pouvoir fuir pour ne pas être mangé, ou au contraire, pour attaquer et se nourrir. La structure psychique de l’animal est donc programmée pour distinguer de forme automatique entre son corps et tout le reste de son environnement.
L’animal doit pouvoir protéger son organisme en sachant différencier quel animal est une proie possible et quel autre est un prédateur potentiel pour lui. Il doit également pouvoir distinguer entre son corps et celui des autres. Sinon, il pourrait en arriver à se manger sa propre patte! 
Dans l’être humain qui, physiquement, est un animal, ce sens d’un « je » distinct demeure, mais comme il possède un intellect qui lui permet de pressentir qu’il est quelque chose de plus qu’un corps animal, il se retrouve déchiré entre, d’une part, ses tendances animales, ou matérielles, et d’autre part, son aspiration au subtil, ou spirituel.    
Cette partie double de la nature humaine a été représentée dans la mythologie grecque par le centaure. Selon la mythologie chinoise, l’homme est l’intermédiaire entre le Ciel et la Terre, entre l’esprit et la matière. Dans le symbolisme hébraïque, le sceau de Salomon, ou étoile de David, comporte deux triangles inversés ; celui qui pointe vers le bas symbolise, entre autre, l’esprit qui descend et s’incarne dans la matière, tandis que celui qui pointe vers le haut représente la matière qui sert de base pour s’élever vers le spirituel. 

Cette distinction entre moi et non-moi ne se réfère pas seulement au corps. Par projection, elle s’étend à tous les domaines de la vie. Et de la même manière qu’un animal, s’il le peut, lutte bec et ongles pour protéger son corps et celui de sa progéniture, l’être humain défend à tout prix son fameux moi et tout ce qui, par les mécanismes de projection et d’identification, lui paraît être lié à lui. Ce processus est semblable à une pyramide à l’envers qui repose sur sa pointe: enfant, il commence par s’identifier peu à peu à son corps, puis à ses parents, ensuite à son milieu, à « son » pays, aux enfants de ses enfants, à ses idées, à ses opinions qu’il aime décorer du nom d’idéaux, et surtout à l’idée qu’il se fait de lui-même, c’est-à-dire d’être un ego séparé. 

Mais comme l’être humain a la possibilité de reconnaître ce qu’il est vraiment, c’est-à-dire la Conscience-en-soi, sa tâche consiste à s’efforcer de se libérer de l’idée d’être seulement un organisme psychosomatique et, au travers de l’étude, la réflexion, l’activité désintéressée, la méditation, etc. mettre en pratique la connaissance théorique qu’il a pu obtenir.

Il convient d’observer qu’en réalité, si on l’analyse avec la profondeur suffisante, qui entreprend ce voyage et qui le mène à son terme, c’est la propre Conscience ou, si on préfère, Dieu lui-même.



Remise en question du chercheur

Le problème est que normalement, ou plutôt habituellement, l’homme commence à réfléchir sur la vie à partir de ce qu’il croit être, c’est-à-dire uniquement un être humain avec un corps, un nom, un âge déterminé, etc. Pour lui, c’est une évidence qu’il est cela et il part de ce principe sans le remettre en question. Il commence donc à se poser des questions - s’il se les pose - à partir de ce point d’observation qui, en fait, est fictif. Il ne se pose pas la question de savoir s’il est vraiment le point de départ de sa faculté de connaître. Il ne remet pas en cause la réalité de celui qui initie la recherche. Il ne sonde pas la nature du chercheur. Cependant, c’est un point capital parce que si le chercheur est faux, ses conclusions le seront aussi. 

La tâche de l’être humain dans ce monde consiste donc à chercher “sa” divinité, son authentique nature cachée au plus profond de lui-même comme le trésor que selon une allégorie, les dieux, jaloux de leurs prérogatives, cachèrent dans le seul lieu où il ne penserait jamais le chercher : à l’intérieur de lui-même. L’homme étant, comme il a été dit, mi-ange mi-bête, il doit vaincre sa nature animale pour que l’esprit triomphe en lui. Il doit cesser de se comporter comme un animal, parce que ce n’est pas sa vraie nature, et purifier son mental pour que puisse se refléter en lui la lumière de l’esprit, sa nature divine.

Pour nous, cette conscience ordinaire, cette idée-sensation-sentiment du “je » personnel, est la chose la plus précieuse que nous paraissons avoir. Mais il faut être disposé à sacrifier l’idée d’être ce corps, comme le fit Jésus-Christ qui s’incarna pour nous enseigner, par l’exemple de sa crucifixion, le chemin qui conduit à la vie éternelle de la Conscience omniprésente. En d’autres termes, le fils de l’homme, c’est-à-dire l’idée « je suis un tel » doit être sacrifié pour que, l’idée d’être seulement un organisme psychosomatique disparaissant, la conscience individuel se rende compte de sa véritable nature, qui est la même que celle du Père, et puisse ainsi accéder à la vie éternelle. 
Cette affirmation se reflète aussi dans le bouddhisme, avec l’idée de l’extinction pour accéder au nirvana. Elle se retrouve aussi dans le soufisme sous le terme de “Fana”, qui signifie précisément extinction (de l’idée d’un moi personnel).

Ainsi on peut comprendre pourquoi :

·        “Il est plus facile à un chameau de passer par le trou d'une aiguille qu'à un riche d'entrer dans le royaume de Dieu”. (Au sujet de cette curieuse image, certains experts disent qu’il y eut une confusion dans la traduction des mots grecs kamelon qui signifie “chameau”, et kamilon qui désigne une “grosse corde avec laquelle on amarre les bateaux au quai”. En outre, en araméen, gamla peut signifie aussi bien chameau que corde (faite de poils de chameau).  
Notons que cette richesse ne doit pas forcément être matérielle. Il s’agit de ne pas s’attacher à ce que nous croyons être nos possessions, que celles-ci se présentent sous forme de biens, d’enfants, de succès, de connaissance, d’idées, etc. 
·        Si quelqu'un veut venir après moi, qu'il renonce à lui-même, qu'il se charge de sa croix, et qu'il me suive. Car celui qui voudra sauver sa vie la perdra, mais celui qui la perdra à cause de moi la trouvera” (Matthieu 16: 24, 25).
·        “Je te loue, Père, Seigneur du ciel et de la terre, de ce que tu as caché ces choses aux sages et aux intelligents, et de ce que tu les as révélées aux enfants” (Matthieu 11: 25, 26).
·        Je vous le dis en vérité, si vous ne vous convertissez et si vous ne devenez comme les petits enfants, vous n'entrerez pas dans le royaume des cieux” (Matthieu 18: 3). (Parce que les petits enfants vivent dans le présent, et le présent est un cadeau, le cadeau divin qui est le pont entre l’être humain éphémère et L’Éternel. Nous pouvons observer également que L’Éternel est l’un des noms qui désignent Dieu dans la Bible). Le Dieu vivant est dans le présent.

L’être humain ordinaire (nous-mêmes) se situe entre deux extrêmes. D’un côté, il y a le “Moi et le Père nous sommes un”  (Jean 10: 30) et par conséquent nous aussi, parce que si Dieu est notre Père, nous sommes ses enfants) et d’un autre côté le : “Tu es poussière, et tu redeviendras poussière” (Genèse 2:19).
Ce Père qui est dans les Cieux, qu’est-ce que c’est? Ne serait-ce pas ce qui nous fait dire « je » à chacun d’entre nous ? Ce « je » commun à tous? En effet, nous n’avons pas un “petit je” et un “grand je”. Il n’y a qu’un “Je”: le seul et unique “Je”. C’est le “Je”, de toujours, de tous et de tout. “Dieu dit à Moïse: Je suis celui qui suis” (Exode 3:14) et : “Jésus leur dit : en vérité, en vérité, je vous le dis, avant qu'Abraham fût, je suis” (Jean 8: 57).
Tout se passe comme si Cela, Ce qui est, Dieu, s’identifiait au corps et au mental. Mais c’est ce corps qui est poussière et qui ne perdurera pas, ni non plus les contenus du mental. C’est pour ça que : « Il faut qu'il croisse, et que je diminue » (Jean 3: 30), c’est-à-dire que la conscience de ce “Je” unique doit substituer la conscience de se croire un tel ou une telle. 

Pour trouver sa véritable nature, et par conséquent la félicité, l’être humain doit lutter contre la force d’inertie qui le fait tomber et retomber dans le rêve de l’état de veille.

La lutte entre la lumière de l’esprit et les ténèbres de la fausse identification à l’homme, à un “je” privé, est illustrée par de nombreux contes et mythes. Ainsi, Aladin doit récupérer la lampe magique (la lumière de la conscience) sans regarder les pierres précieuses le long du couloir (les richesses et les plaisirs de ce monde) pour la remettre au magicien pervers et avide de pouvoir (le moi). C’est Hercules luttant contre l’Hydre aux têtes qui se renouvellent sans cesse (le moi aux mille visages), Saint Michel luttant contre le dragon qui garde l’entrée du trésor caché (tout au fond de lui), le Prince noble et courageux qui, après avoir traversé un bois épais et obscur, doit réveiller La Belle au bois dormant pour l’épouser (s’unir à la Conscience). Nous pouvons dire en passant que, dans l’Islam, la grande guerre sainte, la Yihad (qui peut aussi se traduire par “effort” pour suivre les précepte de l’Islam) est dirigée contre soi-même, contre nos propres passions, tandis que la petite guerre est contre les ennemis extérieurs.
Dans la même perspective, rappelons-nous aussi le verset: “Je ne suis pas venu apporter la paix, mais l'épée(Matthieu 10: 34).

Dans les contes, le thème du sommeil est récurrent. Mais qu’est-ce donc qui dort si ce n’est notre intelligence qui crée ses propres songes et mensonges?
Nous avons Blanche-Neige, l’intelligence de l’esprit, pure et immaculée comme la neige vierge, c’est-à-dire non conditionnée, vide de contenus, de complexes, de traumas, etc., qui a été endormie avec le cadeau empoisonné par la jalousie de la sorcière (le moi qui veut posséder égoïstement les attributs de la Conscience) et qui doit être réveillée par l’amour du Prince, du Principe Unique, de l’Esprit. Notre véritable nature obscurcie est aussi représentée par le vilain petit canard qui ne sait pas qu’il est un cygne jusqu’à ce qu’il se mire dans le miroir de l’intellect purifié dans lequel se reflète la blancheur immaculée et la pureté de la Conscience.
Nous pourrions continuer avec d’autres histoires, par exemple celle du petit lion qui ne sait ni qu’il est un lion, ni qu’il est le roi d’un royaume usurpé par son oncle avide (le sentiment de l’ego). Ou bien encore avec le conte de la Belle et la Bête : par amour pour son père (son origine), la Belle fera retrouver à la Bête (le moi illusoire, fictif) son aspect antérieur authentique, c’est-à-dire, sa véritable nature originale (le vrai Moi unique). Ainsi est illustrée la mission de l’homme sur la Terre qui est donc de transformer sa nature animale en nature divine et, par son effort dû à la grâce de Dieu, se hisser au sommet des profondeurs qui sont en lui.

Entre parenthèses, nous pouvons observer que les contes de fées, les contes pour enfants qui, vus à partir d’un rationalisme étriqué ne comptent pas, contiennent en réalité plus de vérité que ce qu’on nous ra-conte dans les moyens d’in-formation et dans les livres scientifiques (qu’il est d’autre part très bien de lire quand ils sont écrits par des scientifiques honnêtes et sérieux) qui nous fournissent des “vérités provisoires”. Mais une vérité provisoire est-elle encore une vérité?
Ajoutons en passant que nous devrions nous intéresser davantage et avoir une plus grande confiance dans les contes pour enfants que pour les contes (et les comptes) des politiciens.
Les paraboles remplissent la même fonction que les contes, comme le montre celle du bon marchand: comme lui, nous devons vendre tous les bijoux de moindre valeur (les biens de ce monde) pour pouvoir acquérir le joyau suprême de notre authentique nature.

Toutes les religions et traditions spirituelles pointent dans la même direction et nous encouragent à trouver cette véritable nature :

·        « Connais-toi toi-même et tu connaîtras l’univers et les Dieux » (Inscription au seuil du Temple de Delphes).
·        « Et que servirait-il à un homme de gagner tout le monde, s'il perdait son âme? Ou que donnerait un homme en échange de son âme ?» (Matthieu 16:26). En effet, de quoi sert-il de connaître le monde entier si on ne se connaît pas soi-même ; de posséder la terre entière si on ne sait pas qui en est son propriétaire ?
·        « Cherchez et vous trouverez » (Matthieu 7: 7).
·        « Cherchez plutôt le royaume de Dieu; et toutes ces choses vous seront données par-dessus » (Luc 12: 31).
·        « On ne dira point: Il est ici, ou: Il est là. Car voici, le royaume de Dieu est au milieu de vous » (Luc 17: 21).


Le sens du moi illusoire et fictif, pourrait être représenté par Satan, l’adversaire, celui qui ne se soumet pas à la volonté de Dieu, celui qui veut être Son égal; c’est l’usurpateur, la partie qui se prend pour la totalité.



La vie après la mort

Les religions nous parlent toujours de la vie après la mort, mais personne n’en est revenu pour nous dire s’il y a quelque chose après la vie sur terre.

- Si on admet l’existence de la télépathie, par exemple, cela signifie  qu’il y a des moyens de connaissance que nous ignorons et que ceux-ci peuvent, au moins dans une certaine mesure, s’affranchir des obstacles du temps et de l’espace. Alors, est-ce qu’il est totalement absurde de penser que des personnes qui éprouvaient une grande sympathie et une forte connivence entre elles durant leur vie puissent établir un contact quand l’une d’elles passe à un état post-mortem ?
D’un autre côté, celui qui a atteint le sommet d’une montagne jouit d’une meilleure vue que celui que est resté à son bas. Dès lors, pourquoi ne pas admettre qu’il existe des niveaux de conscience supérieurs qui permettent une vision plus profonde et plus ample de la réalité ?

La réincarnation existe-t-elle ?

- Nous n’avons pas pu naître du Néant. Il n’y a pas d’effet sans cause. Évoquer les gènes équivaut à attribuer la responsabilité d’une bonne ou d’une mauvaise nouvelle à la lettre qui l’apporte. Ma naissance doit être la conséquence de quelque chose. De la même manière qu’un poirier est né de la semence d’une poire, un être humain doit, d’une certaine manière, avoir existé potentiellement avant de naître.

Mais si la réincarnation existe, qu’est-ce qui se réincarne ?

- De la même manière que le concept de Dieu varie d’un individu à l’autre, il existe aussi des concepts plus spécifiques qui sont également des projections personnelles. Ainsi par exemple, le concept de réincarnation a suscité de nombreuses croyances, certaines plus fantaisistes que d’autres, étant donné que l’idée de la réincarnation nous a été présentée en Occident sous un aspect déformé qui la rend plaisante pour l’ego et par là même dangereuse (car si on évolue automatiquement, pourquoi nous presser et nous efforcer intensément ?)

Habituellement on s’identifie à son nom, son sexe, son métier, sa nationalité, son statut social, ses possessions, ses vertus et ses défauts; on s’identifie comme étant fils ou fille, père ou mère, etc.… Mais si on observe bien, on peut voir que tous ces attributs proviennent de l’identification-racine qui est celle de l’identification au corps. Elle se fonde sur la croyance que nous sommes ce corps. 

Mais si nous renaissons, comme nous n’aurons pas le même corps, nous n’aurons pas le même cerveau et par conséquent les contenus cérébraux du corps antérieur auront disparu. De cette façon, nous ne nous souviendrons plus des événements vécus alors. C’est comme si, dans notre situation actuelle, nous perdions la mémoire. Qu’en serait-il de nous? Vu à partir de notre propre perspective, nous n’aurions plus ni nom, ni parents, ni pays, ni statut social, ni profession, ni possessions, etc.
Ce qui perdure, selon les Enseignements, ce n’est pas la même personnalité mais les tendances profondes, les empreintes ou les traces laissées dans la psyché par les expériences passées. Il est dit que c’est semblable à l’odeur qui reste dans un récipient après que son contenu a disparu. Il faut souligner en effet que s’il est bien vrai que la mémoire physique du cerveau disparaît, la mémoire extra-cérébrale de l’âme et de l’esprit, elle, demeure.  

Si nous faisons une comparaison avec des bougies qu’on allume les unes avec les autres, on peut dire que ce qui subsiste, c’est la flamme ; les bougies fondent mais la flamme demeure. C’est la même flamme qui subsiste en des corps différents. Les corps successifs sont les bougies mais ce qui se manifeste dans la matière sont les caractéristiques non matérielles. De la même manière qu’une bougie constitue la possibilité de manifestation de la flamme, le corps constitue la possibilité de manifestation de l’âme. La bougie est la sub-stance (sub, dessous, stare, être), c’est-à-dire ce qui est au-dessous, le support. Remarquons en passant que la tendance de la cire est d’aller toujours vers le bas, et celle de la flamme de se diriger vers le haut. Serait-ce dû au hasard? Ou est-ce très symbolique? 

         Comment la psyché peut-elle exister sans un corps ?

- Dans la vie incarnée, la psyché se manifeste en utilisant le corps physique et le cerveau.
Une détérioration du cerveau peut priver la psyché, de manière plus ou moins complète, de ses moyens d’expression. De la même manière que lorsqu’une radio s’abîme, ni la station émettrice, ni les ondes ne disparaissent, l’impossibilité de s’exprimer où se trouve la psyché ne signifie pas qu’elle n’existe plus.
Le cerveau ne fabrique pas la pensée, mais il permet l’expression de la psyché dans le monde physique.

Si on entend jouer un morceau de piano, un enfant pourrait croire que la musique est due au mouvement des touches du piano. Mais tout le monde sait que la touche ne fait qu’activer une espèce de petit marteau qui frappe une corde pour la faire vibrer. La musique est-elle expliquée pour cela ? Il faut trouver sa source plus haut dans son déterminisme en remontant par les doigts du pianiste, puis par ses bras, pour en arriver finalement à son cerveau dans lequel se déroulent des processus chimiques qui déclenchent les mouvements des doigts. A-t-on pour alors expliqué la musique et surtout son harmonie ? (Si l’on disait qu’il n’y a pas d’harmonie, que c’est une cacophonie nous ferions appel à l’idée, à l’archétype, de l’Harmonie). Ne faut-il pas évoquer une Intelligence et une sensibilité supérieure ?

Par conséquent, la question fondamentale qui devrait nous préoccuper est la suivante : mon comportement dans la vie, c’est-à-dire l’ensemble de mes actes, sentiments et pensées auront-ils des conséquences, pour moi et pour le(s) monde(s) ?



Observation à propos du mot Seigneur

Quand on parle du Seigneur, on « personnifie » Dieu, on parle de Lui comme d’une personne, parce que pour pouvoir communiquer avec des personnes, Il doit se manifester en tant que personne. En effet, avec notre mental limité, il nous est difficile, même impossible, de nous Le représenter comme Il est réellement, a savoir : sans commencement ni fin, Illimité, Omniprésent, Omniscient, Tout-puissant et Éternel.
D’autre part, c’est aussi le Seigneur dans le sens de propriétaire parce que nous devons tout à Cela. Rien n’est à nous excepté la bêtise. Tout le Bien que je fais est de Dieu, tout le mal est de moi.
Rien n’est à nous parce que nous, nous n’avons rien fait. Ni le corps, comme nous l’avons vu, ni les éléments qui nous permettent de vivre : l’eau, la terre, le soleil, etc. Nous ne faisons pas circuler notre sang. Nos cellules changent sans nous demander notre opinion. Nous dépendons du boulanger et du docteur, du chef et du client. Nous sommes conditionnés. Conditionnés par nos gènes, notre caractère, le contenu de notre mémoire, la famille et le milieu socioculturel. Les structures du mental sont le produit de l’espèce et de l’époque. À l’intérieur de ces structures, les idées viennent et se succèdent indépendamment de notre volonté.
D’autre part, à qui devons-nous  l’intelligence humaine? Est-ce nous qui faisons notre intelligence et notre volonté ? Si c’est le cas, pourquoi en avons-nous si peu, alors que tout monde veut en avoir plus ?



Le libre arbitre

Alors, nous n’avons pas de libre arbitre?

- On ne pourra pas résoudre la question du libre arbitre si on ne fait pas attention à distinguer deux plans: celui de l’Absolu et celui du relatif.

1)    Le plan de l’Absolu, de l’Intemporel.

Dans l’Absolu règne un ordre total, parfait, résultant de la somme de tous les déséquilibres partiels qui se créent dans la manifestation. Il n’y a aucune dualité en lui, parce qu’étant tout, rien ne peut lui être opposé.
En outre, comme Dieu est tout-puissant, rien ne peut s’opposer à Sa volonté.
Si on dit que les choses arrivent au gré du hasard, nous dirons que prétendre que le hasard existe revient à dire qu’une chose peut exister sans une cause. En dernière analyse, cette affirmation est cependant exacte parce qu’une chose n’existe pas grâce à une chose mais grâce à toutes les choses. En effet, une chose est comme elle est, parce que toutes les autres choses sont comme elles sont.

Nous sommes comme des marionnettes qui paraissent agir par elles-mêmes dans le théâtre qu’est le monde, tandis qu’en réalité nous sommes activés par les fils du Destin entre les mains de « Dieu ».

2)    Le plan du relatif, du temporel.

Toute manifestation est faite d’opposés; une qualité existe parce qu’elle a son opposé. S’il faisait toujours une bonne température, il n’y aurait pas de bonne température…
Le chaud et le froid n’ont pas de définition absolue et ils existent seulement l’un par rapport à l’autre. Ce sont des termes comparatifs comme grand et petit, fort et faible, beau et laid, bon ou mauvais, etc.

Alors, si tout est relatif dan le plan où nous nous trouvons, il n’est pas nécessaire de suivre une morale!

- Bien au contraire, c’est absolument nécessaire. Car étant donné que nous nous attribuons le mérite de nos bonnes actions, nous devons aussi accepter la responsabilité des mauvaises. Si nous revendiquons nos qualités, nous devons aussi admettre nos défauts. Nous ne pouvons pas faire tout ce qui nous passe par la tête et suivre tous nos caprices en disant : « je ne suis responsable de rien » ; au contraire, nous devons essayer d’agir à la lumière de ce que nous dit « notre » conscience morale qui est un dérivé de la Conscience-en-Soi.
Dans le plan relatif où nous nous trouvons, et à partir de notre perspective égocentrée actuelle, nous avons à chaque moment l’obligation de choisir entre au moins deux options (même si on peut choisir de ne pas choisir, c’est encore un choix). Nous devons décider par exemple entre: j’y vais ou je n’y vais pas, je le fais ou je ne le fais pas, je continue ou j’arrête, je le dis ou non, etc.

D’autre part, même si nous vivons dans un monde où presque tout est relatif, tous les êtres humains aspirent au Tout, à la Totalité. Il est vrai que ce qui est beau pour l’un, est laid pour un autre. De même l’un trouvera bien ce que son voisin trouvera mal. Tout dépend des points de vue. Cependant en nous tous existent les archétypes qui sont les attributs de Dieu : la Bonté, la Beauté, l’Amour, le Beau, le Vrai, etc. Si quelqu’un s’avisait de dire que ce n’est pas ainsi, ne ferait-il pas alors, au moment même de sa négation, appel à l’archétype de la Vérité ?

Pour résumer : dans la perspective de la totalité, le petit homme est absolument conditionné ; mais au niveau relatif où il se croit être, il peut et doit toujours faire un choix et assumer sa responsabilité et les conséquences de ses actes.



Le comportement altruiste

Pourquoi les religions insistent-elles tellement sur les bonnes  actions et le comportement altruiste?

- Si un athlète obtient une meilleure condition physique, ce n’est pas parce qu’une divinité a été touchée par ses efforts et va le récompenser mais parce que, grâce à son entraînement, ses organes se sont développés en vertu des lois physiologiques. Si on doit réaliser de bonnes actions, ce n’est pas pour complaire à Dieu ou obtenir une récompense  mais parce que les bonnes actions modifient le caractère. Le boulanger fait le pain, mais faire le pain fait le boulanger. La graphologie peut révéler le caractère, mais améliorer son écriture peut le corriger. Les mauvaises habitudes tendent à se perpétrer mais les bonnes également. L’enfer est peut-être pavé de bonnes intentions mais le paradis aussi.

Il a été dit que : « Notre caractère est fait d'habitudes : qui sème une pensée récolte une action. Qui sème une action récolte une habitude. Qui sème une habitude récolte un caractère. Qui sème un caractère, récolte un destin »).
Il faut donc faire attention avec ce que nous pensons car une pensée peut déterminer toute notre vie. Par exemple, si on se met dans la tête - ou plus exactement si une pensée nous vient - et qu’elle commence à tourner dans notre tête acquérant de la sorte une espèce de force de gravité et d’attraction qui fera boule de neige et attirera ainsi d’autres pensées et sentiments, elle se chargera ainsi de désirs et d’émotions qui nous pousseront à agir dans la direction indiquée par la pensée initiale.
Par exemple, le désir d’acquérir une maison secondaire avec toutes les dépenses que cela comporte telles que : acquisition du terrain, paiement de la maison, achat de tous les meubles et appareils en plus de ceux que nous avons déjà dans notre maison habituelle, tout cela va hypothéquer toute notre vie, tant au propre (paiement de l’hypothèque) qu’au figuré (nécessité de travailler plus, d’économiser, de se préoccuper, etc.).

En outre, étant donné que le moi limité est « faux », le fait de se préoccuper d’un autre que soi est déjà une rectification de l’erreur (ou péché original). Cette « sortie » du moi illusoire, cet abandon de l’égocentrisme, peut se faire sous la forme de : l’action (aide, charité, assistance, en un mot, le service désintéressé) ; la dévotion (adoration de Dieu, ou d’un saint qui, apparemment, ne sont pas moi) ; l’étude et la réflexion profonde dans laquelle, momentanément, le moi individuel s’oublie.
Naturellement, tous ces éléments peuvent, et devraient, se combiner avec en plus, la prière et la méditation et les restrictions dans la jouissance des biens de ce monde.
Ainsi s’explique la manière de vivre, entre autre, des soeurs de la charité, des moines, des ascètes, etc., c’est-à-dire des croyants véritables. Tous ont en commun le fait d’essayer de s’occuper d’autre chose que du « moi »  et de ses extensions (famille, clan, etc.)
Nous retrouvons ici l’idée du sacrifice et nous comprenons le pourquoi du jeûne, des restrictions vestimentaires, du renoncement au luxe, au confort et aux caprices du moi. En effet, si en fait, ce dernier est illusoire, pourquoi alors continuer à l’alimenter ? Si on prétend trouver la vérité, faut-il entretenir l’erreur ? Si je veux aller à l’est, pourquoi continuer à aller vers l’ouest?

Quant au pourquoi du comportement altruiste, celui-ci se justifie par le fait que, non seulement tout est dans le Tout, comme c’est logique, mais aussi que le Tout est en tout, c’est-à-dire que l’authentique nature du Tout, Dieu, se manifeste partout et en tout.
Les bouddhistes disent: « Tout en un et un en tous », et dans le bouddhisme mahayana, l’univers est comparé à « un vaste filet de perles (placées sur les noeuds) dans le sein duquel le reflet de l’une des perles est contenu dans tous les autres, et les reflets de toutes sont contenus en chacune d’elles.»

Par conséquent, aimer et aider les autres revient finalement à s’aimer et s’aider soi-même.

Nous illustrerons la justification du comportement altruiste avec ce à quoi le symbolisme de la croix nous a fait penser. Sachant par ailleurs que la croix a de très nombreuses possibilités d’interprétation.
         La croix pourrait représenter une expansion tous azimuts à partir du centre et pourrait symboliser ainsi la totalité.
La branche verticale pourrait représenter une expansion verticale, l’axe qui relie, d’un côté le divin et les mondes supérieurs, et de l’autre, les profondeurs de l’être. Symbole à la fois d’une élévation vers le haut dans l’ascension spirituelle et d’une descente vers le bas jusqu’aux tréfonds de l’être. En langage plus psychologique, on dirait que c’est une aspiration de la lumière de la conscience pour éclairer les motivations obscures des profondeurs inconscientes. On pourrait dire que cette branche verticale correspond à l’une des deux injonctions fondamentales du Christ: « Tu aimeras le seigneur ton Dieu par-dessus tout ».
Quant à l’autre branche elle pourrait illustrer une expansion horizontale avec ses deux branches comme des bras ouverts : c’est l’accueil et l’amour pour le monde et pour les autres. On pourrait la faire correspondre à la deuxième injonction : « Tu aimeras ton prochain comme toi-même ».

Mais citons plutôt ce que Ramana Maharshi dit à propos de la Crucifixion :
« Le corps physique est la Croix. Jésus, le fils de l’homme, est l’ego ou l’idée “Je suis le corps”. La crucifixion de l’ego entraîne sa résurrection sous forme du Soi glorieux - le Christ - le fils de Dieu. Rappelez-vous l’enseignement du Christ. “Celui qui perdra sa vie à cause de moi, la sauvera” (Luc 9 :24)». 
Une autre traduction dit :
« Quand on crucifie sur la croix le fils de l’homme, l’ego s’éteint et ce qui survit, c’est l’Être Absolu. C’est la résurrection du Soi Glorieux, du Christ…le Fils de Dieu.



Objections

Mais il n’y a rien de scientifique dans la spiritualité et en réalité ce ne sont que des idées.

- Après avoir dit que la spiritualité, ce n’est rien d’autre que la recherche de la Félicité par la Vérité résidant derrière les apparences, de cette vérité qui nous rendra libres (« Vous connaîtrez la vérité, et la vérité vous rendra libres, Jean 8 : 32», nous répondrons trois choses :

La première est qu’en réalité tout le monde a sa propre philosophie, même si c’est sans en avoir toujours conscience. Nous ferons remarquer au passage que les théories matérialistes sont aussi des idées et que par conséquent, elles ne sont pas pure matière.

La seconde, c’est que c’est vrai : tout ce qui a été exposé, ce ne sont que des idées. Mais cette affirmation aussi est une idée. La différence, c’est qu’il y a des idées qui, potentiellement, sont plus à même que d’autres de nous rapprocher de la vérité. Ou bien on pourrait dire également que l’idée de Réveil et de spiritualité est une aide par laquelle on va d’illusions grossières à d’autres plus légères jusqu’à pouvoir « perforer le mur » de la séparation. (Il serait préférable de dire: jusqu’à nous rendre compte qu’il n’ y a jamais eu ni paroi, ni séparation).

La troisième, c’est que si on veut faire des recherches sur les kangourous, il faudra expérimenter avec eux en Australie et non avec les éléphants d’Afrique. De la même manière, les “expériences spirituelles” doivent avoir soi-même comme champ d’application. Elles ne pourront pas être réalisées de l’extérieur. Pour beau qu’on veuille démontrer de l’extérieur que je suis heureux, la “preuve” de mon bonheur sera en moi-même.

L’océan ne serait pas affecté par ce que les vagues opineraient sur lui. De manière similaire, Dieu n’est pas affecté par ce qu’on peut penser de Lui. 



L’utilité des Enseignements

Si la vérité de la Conscience est finalement si simple, les enseignements spirituels ne sont-ils pas inutiles ?

- Nous répondrons en considérant quatre aspects de la question:

·        Premier aspect :
En effet, la conscience est partout, et donc en nous. Le problème, c’est que nous ne nous en rendons pas compte, parce que le miroir de l’intellect est embué par le feu des passions qui provoquent le bouillonnement des pensées et des sentiments. (On notera au passage que le terme passion vient du grec pathos, signifiant souffrance, supplice, état de celui qui subit, passivité).
Les obstacles à la prise de conscience de notre conscience sont donc finalement moins d’ordre intellectuel qu’affectif et passionnel, victimes que nous sommes de nos habitudes, conditionnements, réflexes automatiques, projections, etc. Par conséquent, nous devons nous efforcer pour sortir de la routine des routes habituelles. Sortir du sillon, creusé par l’habitude, dans lequel nous retombons sans cesse.
Nous devons cesser de regarder la carte de la connaissance théorique pour nous concentrer sur le chemin du pèlerinage qui conduit au Finisterre, là où la terre finit et où commence le vrai voyage spirituel, c’est-à-dire l’ascension vers les mondes plus élevés.
Le pèlerin est, selon son étymologie, un étranger. C’est celui qui se sent étranger à ce monde et qui se met en route pour trouver par sa quête le Graal de sa véritable nature.
Le Graal, c’est aussi le vase, ou la coupe, qui évoque le cœur, qui est tout à la fois le pourvoyeur de sang et d’énergie, le lieu le plus intérieur (le noyau), le saint des saints au sein de l’homme, le siège de l’Amour et de la Conscience du Soi en soi.

·        Deuxième aspect :
Bien que l’essence des Enseignements soit très simple en effet, il faut qu’on nous répète leurs vérités maintes et maintes fois jusqu’à ce qu’elles finissent par pénétrer en nous et faire disparaître progressivement les voiles de l’ignorance, des résistances et des habitudes. En outre il est souvent nécessaire, pour préciser notre compréhension, qu’on nous explique les choses à partir de différents angles d’approche.
Pour décrypter, compléter ou préciser le sens d’un document religieux, on doit parfois avoir recours à un texte provenant d’une autre source. Par exemple, pour étudier un texte en araméen on peut se référer à un texte grec. De la même manière, la connaissance des enseignements d’une autre religion peut nous aider à mieux comprendre les textes de notre propre tradition. C’est ainsi que certains « chrétiens de naissance » qui s’étaient détournés de leur religion ont pu comprendre le véritable sens de l’enseignement de Jésus à travers les enseignements du bouddhisme, par exemple.
D’autre part, à l’époque de la mondialisation, cette intercommunication n’est-elle pas souhaitable, voire indispensable ?
Les idées profondes ne peuvent-elles donc pas circuler autant que les produits qui nous viennent de l’autre bout du monde ?

·        Troisième aspect :
Les enseignements spirituels peuvent être comparés à des graines semées sur un terrain. Elles peuvent rester longtemps à la superficie jusqu’à ce qu’un (beau) jour un éclair d’intuition, tel un arbre à l’envers, ne viennent zébrer la nuit de l’ignorance et allumer le feu sacré de la recherche et ouvrir une brèche dans la carapace du moi, où peut alors s’introduire la semence qui verra l’épanouissement de l’arbre de vie.

·        Quatrième aspect :
On pourrait comparer les enseignements à des échafaudages. Ils sont utiles durant la construction d’un édifice en servant de support pour travailler. Quand l’oeuvre est achevée,  ils deviennent inutiles ; on peut alors -et même on doit- les enlever. Mais pour construire un pont, par exemple, on ne peut retirer l’arche de bois provisoire qu’après avoir posé la dernière pierre  de la clef de voûte de l’ouvrage.

Une autre comparaison est celle d’une épine qu’on utilise pour en extraire une autre. Quand l’épine de l’ignorance a été enlevée, on jette aussi celle des enseignements.
On pourrait également demander si une voiture est utile pour traverser l’océan. Quand on habite dans un port, elle ne l’est pas. Si en revanche on habite à l’intérieur des terres, elle l’est pour aller prendre le bateau. Ainsi donc, les enseignements peuvent nous être utiles pour nous rapprocher du lieu et du moment où nous devrons les abandonner pour nous servir d’un autre véhicule, comme la réflexion et la méditation.

A un certain stade cependant, les moyens qui nous ont servi à franchir les écueils peuvent en arriver à être eux-mêmes l’obstacle. Nous devons alors abandonner le véhicule qui nous a conduit au port, laisser la barque qui nous a permis de traverser la rivière, ou jeter la perche qui nous a permis de passer le gué.

Mais c’est plus facile à dire qu’à faire. En effet, il se produit souvent un curieux phénomène : tout occupés que nous sommes à lire ou à élaborer des plans d’évasion, nous ne voyons pas que la porte de notre prison est déjà ouverte…, que l’idée d’être le chercheur est ce qui empêche de trouver, que le « je » personnel n’est qu’une idée cannibale qui se nourrit d’autres idées, et que le Témoin du chercheur ne cherche pas : il voit.
 L’idée d’une personne qui observe est comme un bandeau sur le véritable observateur. C’est comme une étiquette placée devant nos yeux, qui brouille notre vue et, tel un voile, nous sépare d’un contact direct avec le monde et les êtres. Ou c’est comme voir à travers une vitre dans laquelle le reflet de notre propre visage trouble notre vision. Expliquons-nous :
Je crois que c’est moi, Monsieur X ou Madame Y,  qui voit en tant que sujet. Mais en réalité, le sujet ne peut s’appréhender lui-même en tant qu’objet, parce que l’objet ne peut capter le sujet. Or ce « je » qui croit être un corps et un mental avec sa personnalité, n’est qu’un objet parmi d’autres. Car tout comme l’œil ne peut se voir lui-même directement, le sujet ne peut être vu comme objet. En effet, si le sujet était vu comme un objet, il serait donc un objet et non le sujet.
On pourrait dire que je suis cela qui voit que le sujet ne peut être vu. Mais cela ne peut justement pas être objectivé, parce que sinon cela serait précisément un objet  et il faudrait donc qu’il existe un autre sujet qui voit l’objet. Nous pourrions ainsi régresser indéfiniment mais le dernier observateur, ou le dernier sujet, ne peut être observé. Car s’il l’était, il ne serait pas l’ultime observateur.
C’est pourquoi, de la même manière que je ne peux ni m’attraper, ni me soulever moi-même, le « Je véritable»  ne saurait être appréhendé.



Le véritable sage

Qu’est-ce donc qu’un véritable sage ?

- Après avoir rappelé que l’étymologie de sage est celui qui sait (d’où sage-femme), on pourrait dire, par goût du paradoxe, que le véritable sage, c’est-à-dire l’homme totalement réalisé, ou Homme universel,  est d’un égocentrisme absolu. Tel un trou noir, il absorbe tout en lui. Cela pourrait paraître d’un égoïsme monstrueux. Mais en fait, c’est tout le contraire, car si tout est lui, peut-il se sentir supérieur à quelqu’un ? De qui peut-il être jaloux, de quoi peut-il être envieux? Peut-il craindre quelque chose, quelqu’un, l’avenir ou même la mort ? Et pour lui, aimer et aider les autres, c’est s’aimer et s’aider soi-même.
Le sage parle peu car : « Celui qui sait ne parle pas, celui qui parle ne sait pas ».

Au moment même de parler du silence, celui-ci s’en va. Il en est de même de la Vérité, de la Réalité ou de Dieu. Et tout comme aucun récipient ne peut contenir le dissolvant universel, aucun concept ne peut “contenir” Dieu, ou la Vérité, ou la Réalité.
Par ailleurs, seul le Vide peut contenir le Tout.



Conclusion

Tout ce qui a été exprimé n’est qu’une ébauche et mériterait d’être développé bien davantage. Il conviendrait de parler d’un autre sujet fondamental auquel ni les philosophes, ni personne en général ne semble s’intéresser : celui du fond commun aux  trois états de la vie humaine, c’est-à-dire l’état de veille, celui de sommeil avec rêves et celui du sommeil profond. Ils revêtent une importance capitale pour aborder la condition humaine, mais il semble que bien peu, en Occident, y fassent attention. Peut-être parce que nous sommes tellement habitués à ces états, ils nous paraissent si naturels, que nous ne nous intéressons pas à leur sujet. Mais nous ne pouvons pas nous occuper d’eux dans cette petite étude, car cela nous entraînerait trop loin. Nous pouvons cependant soulever aussi au passage la question de l’état de conscience de notre petite enfance. Cet état n’était-il pas différent de notre état de conscience actuel ? Est-il plus « faux » ? Ou peut-être plus vrai ?

Communément, on croit que la conscience est en nous. Mais ne serait-ce pas le contraire ? C’est-à-dire, ne serait-ce pas plutôt nous qui sommes « dans » la conscience ? En effet, peut-il exister quelque chose hors de la Conscience ? Et pouvons-nous percevoir quoi que ce soit sans conscience ?

Ce qui est curieux, c’est qu’on ne se rend pas compte qu’on se rend  compte. Rendez-vous compte !

Par ailleurs, une phrase qui m’a beaucoup frappé est la suivante:
« Le Témoin du monde et du temps transcende le temps et le monde ».

Il est fort possible que quelqu’un pense que ce qui a été traité relève de ces choses théoriques qu’on ne peut pas mettre en pratique parce qu’elles ne “fonctionnent” pas en réalité. Pour répondre à cet objection, nous pouvons faire une comparaison avec l’apprentissage du ski: une connaissance théorique de l’art du ski ne contredit pas sa pratique, bien au contraire.  La métaphore se  renforce aussi du fait que la connaissance théorique du ski, quelle que soient sa qualité et son amplitude, n’équivaut pas à savoir skier. La pratique est indispensable. Mais si quelqu’un voit une personne qui skie mal, cela ne signifie pas que cette personne ne puisse par ailleurs avoir de bonnes connaissances théoriques de ce sport, et qu’elles ne puisse les transmettre à une personne désireuse d’apprendre à skier, qui en obtiendra ainsi un bénéfice pour commencer sa pratique.
De manière similaire, un perroquet qui écouterait les enseignements d’un maître spirituel, et même s’il était capable de les répéter, ne pourrait en profiter. Mais une personne qui écouterait le perroquet pourrait, elle, en obtenir un bénéfice. Alors faites-les vous répéter!

Je dois ajouter qu’on peut écrire des encyclopédies sur le sommeil et le réveil et demeurer pourtant endormi…et que si savoir que fumer est mauvais pour la santé est une chose, arrêter de fumer en est une autre.

Par ailleurs, si vous voyez quelqu’un qui, quoiqu’il vous dise que le tabac est mauvais pour la santé, est en train de fumer, ça ne diminue en rien la nocivité du tabac…

S’il est vrai qu’il y a beaucoup d’appelés et peu d’élus, cela ne devrait pas être un prétexte pour ne pas s’efforcer pour passer de la métaphysique expliquée à la métaphysique appliquée.

Car rien ni personne ne peut nier CELA qui, comme le silence, est avant, au-dessous et après les paroles et qui, tel l’espace, contient tout, et se trouve à la fois à l’intérieur de tout comme les alvéoles d’une éponge qui baigne dans la mer sont elles-mêmes imprégnées d’eau.
 Face à CELA, toute négation disparaît comme un flocon de neige qui tombe dans le feu ou comme les ténèbres qui disparaissent avec l’apparition de la lumière.

Comme conclusion d’un sujet qui ne peut en avoir aucune – si ce n’est peut-être le Silence – nous pouvons seulement désirer que la graine du doute commence à germer dans l’esprit des sceptiques et que ceux-ci commencent à douter de leurs doutes…

Nous terminerons avec ce qui est L’Alpha et l’Omega, le commencement et la fin, la base et le sommet, le principe et la finalité de tout, l’origine et le but de toutes les religions et traditions spirituelles, qui est CE QUI EST, et dont la « découverte est la finalité de la vie humaine » :


DIEU  (extraits de l’oeuvre intitulée : Sentier divin de Sivananda)


“Dieu est l’unique réalité. Dieu est ton créateur, sauveur et rédempteur. Il imprègne tout. Il habite en ton propre cœur. Il est toujours près de toi. Il se trouve même plus près de toi que ta jugulaire ou ton nez. Il t’aime. Il peut te parler. Tu ne peux découvrir Dieu par l’intellect. Mais tu peux cependant le trouver par moyen du sentiment, de la méditation, de l’expérience et de la réalisation. 

Qui est Dieu?

     La lampe à gaz ne parle pas; pourtant elle brille et illumine tout à son alentour. Le jasmin ne peut pas parler mais il exhale son parfum dans toutes les directions. Le phare ne frappe aucun tambour, mais il envoie sa lumière amicale au marin. L’Invisible ne fait sonner aucun gong ; pourtant Son omniprésence est ressentie par le sage dépassionné et discriminateur.
Derrière tous les noms et toutes les formes, il existe une Essence sans nom ni forme. Derrière tous les Gouverneurs se trouve le Gouverneur suprême. Derrière toutes les lumières brille l’unique Lumière de lumières. Derrière tous les sons réside le silence suprême et insonore. Derrière tous les maîtres se trouve l’unique Suprême Gourou.
 Derrière toutes ces choses périssables existe l’absolu impérissable. Derrière tous les mouvements se trouve l’Infini impassible. Derrière le temps, les minutes et les jours, s’étend l’Éternité unique, au-delà du temps. Derrière la haine, la débauche et les guerres repose l’Amour unique et caché.
Lui se trouve libre de tout mal et de toute limitation. Il est tout-puissant, omniscient et omniprésent. Il n’a ni commencement, ni continuation, ni fin. Il habite à l’intérieur de tous les êtres. Il contrôle tout de l’intérieur.
Dieu est tout en tout. Dieu est la seule réalité dans cet univers. Les choses existent par la lumière de Dieu.
Dieu existe toujours. Tout dépend de Lui, mais Lui ne dépend de rien. Il est la Vérité.
Dieu est l’objectif et la finalité de toute Sádhana yoguique (sādhana signifie littéralement “moyens pour obtenir quelque chose” ou plus spécifiquement : “la pratique spirituelle”). Quant au mot yoga sa signification est union et c’est donc la discipline qui mène à l’union avec la Transcendance. 
Dieu est le centre vers lequel toutes les choses tendent. C’est le but ou le bien le plus élevé du monde. Quand quelqu’un est affamé, il existe un aliment pour satisfaire cette faim. Quand quelqu’un est assoiffé, il y a de l’eau pour épancher sa soif. De la même façon, étant donné qu’il existe le besoin de se sentir toujours heureux, il doit y avoir quelque chose pour satisfaire cette impulsion. Ce quelque chose, c’est Dieu, la manifestation de la félicité. Dieu, l’Immortalité, la Liberté, la Perfection, la Paix, le Bonheur, l’Amour, son tous des termes synonymes. 

Dieu, qu’est-ce que c’est ?

Le suprême est indéfinissable, bien que tous les érudits donnent des explications intellectuelles de « Cela » absolument inexactes.
Chaque homme a son propre concept de Dieu. Le Dieu du militaire porte un casque. Le Dieu de l’hindou porte des marques sur Son front, un rosaire et une guirlande de fleurs. Le Dieu du chrétien porte une croix. Pour certains, Dieu a des ailes. Le buffle pense que Dieu est un buffle très grand.
De tels concepts anthropomorphiques sont, évidemment, puérils. Le plus important dans la vie est d’obtenir un concept adéquat de Dieu, parce que ta croyance en Dieu gouverne ta vie entière.

Dieu existe-t-il?

Dieu se trouve au-delà de l’imagination humaine; cependant, c’est une vérité vivante. Brahmán n’est pas une abstraction métaphysique. C’est l’être le plus réel et complet qu’il existe.
L’existence de Dieu ne peut pas être prouvée par l’expérimentation scientifique. L’Absolu déconcerte même le mental du plus grand érudit. Il échappe même à l’intellect le plus puissant. Il est expérimenté comme pure conscience là où cesse l’intellect, où l’érudition finit et où l’être lui-même se perd entièrement. Tout se perd et tout se trouve.
Tu as besoin de preuves de laboratoire ? Très intelligent! Tu veux limiter le Dieu illimitable, qui imprègne tout, dans tes éprouvettes, chalumeaux et substances chimiques. Mais Dieu est la source de toutes tes substances chimiques. C’est Lui le substrat de tes atomes, électrons et molécules. Sans Lui, aucun atome, aucun électron ne peut se mouvoir. C’est Lui le gouverneur interne.
C’est Dieu qui confère leur pouvoir à nos sens, la perception à notre mental, le discernement à notre intellect et la force à nos membres. Mais l’homme s’imagine orgueilleusement que c’est lui l’acteur et l’expérimentateur. C’est grâce à Sa volonté que nous vivons et mourons. L’homme n’est rien face au Pouvoir régulateur et tout-puissant qui dirige les mouvements de l’Univers.
La volonté de Dieu s’exprime partout comme loi. Les lois de la gravité, de la connexion, de la relativité, de cause et effet, les loi de l’électricité, de la chimie, de la physique et toutes les loi psychiques sont l’expression de la volonté de Dieu.
 De la même manière que nous expliquons tout dans la nature au moyen de la loi de cause à d’effet, la nature comme un tout requiert aussi une explication. Elle doit avoir sa propre cause, qui doit être distincte de son effet. Cette cause doit être une entité sur-naturelle, c’est-à-dire, Dieu.
La nature ne consiste pas en une simple collection fortuite d’événements, ni en un simple ensemble d’accidents, mais c’est quelque chose qui a un ordre. Les planètes tournent de manière ordonnée dans leur orbite; les graines poussent régulièrement en se convertissant en arbres ; les saisons se succèdent les unes aux autres dans un ordre. Cependant, la nature est insensible ou Yada. Elle ne peut s’auto-ordonner. Elle requiert donc l’existence d’un être intelligent, Dieu, qui est responsable d’elle. Même Einstein, le fameux scientifique, était profondément convaincu que l’Univers fut créé par une Intelligence Suprême. 
Bien que tu ne puisses voir les étoiles durant le jour, elles existent malgré tout. Bien que tu ne puisses pas voir le soleil un jour nuageux, il existe pourtant. De la même manière, bien que tu ne puisses voir Dieu avec tes yeux physiques, il existe cependant. Si tu développes la vue divine, ou l’oeil de l’intuition au moyen de la pratique de la méditation, tu pourras alors Le contempler.
Dieu est la preuve de Lui-même. Il ne requiert aucune preuve, car Lui-même est la base de l’acte ou du processus de démonstration.   

Où est Dieu?

Où est Dieu? Il n’existe aucun lieu où il ne soit pas. Tout comme un fil unique pénètre toutes les fleurs qui composent une guirlande, un Être unique imprègne tous les êtres vivants. Il est occulté dans tous les êtres et toutes les formes, comme l’huile dans la graine, le beurre dans le lait, le mental dans le cerveau, le Prana, ou énergie, dans le corps, le fétus dans le placenta, le soleil derrière les nuages, le feu dans le bois, la vapeur dans l’atmosphère, le sel dans l’eau, le parfum dans les fleurs, le son dans le disque, l’or dans le quartz, les microbes dans le sang, etc.
Dieu demeure dans tous les êtres comme vie et conscience. Il est le rugissement du lion, le chant de l’oiseau et les pleurs du nouveau-né. Sens Sa présence en tous lieux.
Contemple Dieu dans les ailes du papillon, dans la toux du malade, dans le murmure du ruisseau, dans le son de la cloche. Contemple la merveille de la face du Seigneur dans chaque objet de ce monde.
Chaque souffle qui flue dans le nez, chaque battement que le coeur fait, chaque artère qui pulse dans le corps, chaque pensée qui surgit dans le mental, te disent que Dieu est proche.
Chaque fleur qui distille son parfum, chaque fruit qui t’attire, chaque brise légère qui souffle, chaque ruisseau qui coule docilement parle de Dieu et de Sa miséricorde.
Le vaste océan avec ses vagues puissantes, les immenses Himalayas avec leurs glaciers, le soleil et les étoiles brillantes dans le ciel ouvert, l’arbre aux branches majestueuses, les sources fraîches dans les collines et les vallées te parlent au sujet de Sa toute-puissance. La douce musique des chanteurs, les conférences des orateurs énergiques,les poèmes des poètes célèbres, les inventions des habiles scientifiques, les opérations des dextres chirurgiens, les sentences sacrées des saints, les pensées de la Bhagavad Gita, les révélations des Upanishads parlent de Dieu et de Sa sagesse.
Tout est Dieu. Le bien est Dieu. Le malheur est Dieu. Reconnais-le en tout et repose pacifiquement dans la félicité.
Dieu imprègne l’univers entier. Il marche déguisé en mendiant. Il se lamente, meurtri, déguisé en malade. Il erre dans les bois vêtu de guenilles. Ouvre tes yeux. Contemple-le en tout. Sers tout le monde. Aime chacun.
Sens partout la Présence Divine; en chaque forme, chaque pensée, chaque sentiment, et en chaque affection, en chaque mouvement et en chaque émotion.
Dieu vu au travers des sens, c’est la matière. Vu au travers de l’intellect, c’est le mental. Et vu au travers de l’esprit, c’est l’Atman, ou l’Être.
Le Seigneur habite en ton intérieur. C’est Lui qui est le gouverneur interne, ou Antariamin, qui garde et contrôle ta vie. Il est en toi et tu es en Lui. Il ne se trouve pas loin de toi, mais il est plus proche de toi que toi-même. Ce corps est en réalité son temple mobile, dont le sanctum sanctuorum est ton cœur. Ferme tes yeux. Retire tes sens, ou Indriyas, des objets sensoriels. Cherche-le dans ton propre cœur avec un mental ferme, avec dévotion et un amour pur. Alors tu le trouveras, sans aucun doute. Il t’attend là avec les bras ouverts pour t’étreindre. Si tu ne peux le trouver là, tu ne pourras le trouver nulle part ailleurs ».
(Fin de la citation)







Toutes les photographies sont de Eric Jean Mallet, que nous remercions chaleureusement pour nous avoir autorisés à les utiliser.