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La Sagesse Perenne : liste des Articles

Dialogues Initiatiques





Nous avons rassemblé un ensemble de questions qui nous ont été posées ces dernières années.
Puisque l’on n’est jamais aussi bien servi que par soi-même, dans certains cas nous nous sommes posés à nous-mêmes des questions et nous y avons répondu.
Les réponses que nous nous sommes données à nous-mêmes nous ont pleinement satisfaits !
L’illusoire ego s’est gonflé et cette manifestation de suffisance égotique a métaphysiquement déclenché une hilarité dont les échos retentissent encore dans des corridors improbables.
Du côté des pratiquants, nous constatons qu’ils persévèrent dans une recherche sans espoir : ils s’efforcent d’épuiser nos réserves de salive.
Mauvaise nouvelle pour eux : elle se renouvelle.
En l’absence de toute démarche scientifique, le renouvellement de la salive est un miracle.
Il doit y avoir une source quelque part.
Le langage est donc de nature liquide.
C’est une Eau !
Sarasvatî, le Flot du divin Savoir coule de Ciel en Terre.
C’est une pluie d’étoiles, une pluie de mots.
Les hommes quant à eux ont parfois des diarrhées verbales.
L’existence d’une source supposée du langage permet d’envisager la présence d’une seconde source alimentant la salive du questionneur.
Ou alors l’Unique marmonne tout seul dans sa cuisine.
Tandis que le lecteur croasse : « de quoi parle-t-il ? De quoi parle-t-il ? »
Certains affirment l’existence de plusieurs questionneurs, mais apparemment ils se fondent sur une simple perception visuelle.
Il semble que le flux des questions et des réponses soit comparable au ressac de la marée.
On ne peut pas savoir qui a commencé.
Y a-t-il eu en premier une marée montante, ou bien une marée descendante ?
Le premier son du langage articulé a-t-il été une question, ou une réponse ?
Je pense que c’était une question et que depuis l’infortuné univers n’a cessé d’engendrer des créatures pour tenter d’y répondre.
Mais il se peut que questions et réponses ne soient rien d’autre qu’une fuite devant le silence, dont la signification définitive fait tarir le postillonnage verbal.
Patience, si le silence existait avant le son, le son s’épuisera, et le silence reviendra.
C’est donc dans une vaine recherche du silence des origines que nous avons répondu aux questions.
Ne répondre qu’aux questions pertinentes, s’était nous condamner au silence non point retrouvé, mais imposé.
Il a donc été décidé, par les instances supérieures que personne n’a jamais vues et qui relèvent des légendes urbaines, de répondre à toutes les questions.
Et puisque le niveau des réponses est déterminé par le niveau des questions, le « répondeur » n’a aucune responsabilité.
Vos questions sont votre miroir.
Nos réponses ne sont qu’un écho qui se répercute dans les parois du mental universel.
Écoutez ! Écoutez ! Voilà le bruit que font les hommes lorsqu’ils pensent.


Nota Bene : Vous pouvez poser des questions ; celles qui auront un intérêt général feront l'objet d'une réponse, sans promesse de délais.






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Sur la perte de la lucidité

LE CHERCHEUR :
« J’ai regardé en détail toutes les vidéos que vous proposez sur votre site et je suis très intéressé, car cela me correspond exactement.
Mais comme j’ai l’intention de m’impliquer à fond quand je prendrai la décision d’y aller, je préfère attendre encore, car je suis en train de créer une Fondation destinée à transformer notre monde illusoire et néanmoins bien réel à notre niveau, en un lieu un peu plus propice à l’éclosion d’un paradigme inspiré par la Vérité.
Lourde tâche, mais dont je me sens investi. Comme je fonctionne à partir des inspirations que je reçois de l’Akâsha, je ne peux et ne veux pas les ignorer, bien que le succès de cette entreprise soit probablement aussi illusoire que le reste. Mais c’est la voie qui m’est dictée et je n’ai donc pas le choix.
Je reprendrai contact quand les structures juridiques, financières et opérationnelles seront en place. C’est un gros projet qui implique l’UNESCO, l’OMS, et des organismes publics et privés du monde entier. Je vous expliquerai quand nous nous rencontrerons. »

L’INSTRUCTEUR :
Votre courrier indique que pour l’instant vous n’êtes pas en mesure de recevoir l’initiation que nous dispensons. Cette réception impliquerait que vous abandonniez un ensemble d’illusions.
Votre histoire d’inspirations que vous recevez de l’Akâsha n’est rien d’autre qu’une forme d’auto hallucination.
Laissez tomber toutes vos projets chimériques.
Si vous n’y parveniez pas tout seul, et si une divagation en remplaçait une autre, consulter un psychologue.
Quant à avoir un contact personnel avec vous, je ne saurais l’envisager.
Puisque je n’entretiens aucune correspondance suivie, ce message n’est pas une invitation à me communiquer vos réactions ou votre indignation. Je ne répondrais pas.
Je vous souhaite de tout coeur de retrouver le chemin de la lucidité.


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Sur un aveugle voulant conduire des aveugles


LE CHERCHEUR :
« Je me permets de te contacter, car je souhaite te proposer de participer à la création du livre électronique collaboratif et gratuit "Intégrer une expérience d'éveil spirituel-Témoignages" en y apportant ton témoignage et en acceptant de répondre à mes questions. Si je te contacte, c'est parce que je trouve ton enseignement structuré et progressif; avec des références aux textes. Et je sais que tu accompagnes des gens au travers de toutes les étapes du processus.
Ce projet me tient à coeur, car j'ai pu observer à quel point les ressources disponibles sur le processus de l'après-éveil sont rares. Et pourtant, la désorientation et la perte de repères qui peuvent s'ensuivre créent chez beaucoup de chercheurs une zone d'inconfort avec un ballottement entre la vision impersonnelle et la vision personnelle.
Étant donné que ce livre sera diffusé gratuitement auprès de 367 blogs/sites internet traitant de la non-dualité, la méditation et la spiritualité orientale, une large audience aurait accès à ton témoignage et les personnes intéressées pourraient entrer en contact avec ton enseignement. »

L’INSTRUCTEUR :
Libre à vous de recommander notre enseignement et d’y adresser des personnes en état de recherche.
Mais je ne suis pas intéressé par votre proposition.
Bien que globalement vos intentions semblent bonnes, deux erreurs caractérisent votre démarche :
Vous parlez de l’Éveil, comme s’il n’y avait qu’une forme d’Eveil. Révélant ainsi que vous ignorez la hiérarchie des Éveils et la manière de progresser en elle.
Rechercher les témoignages est erroné. Celui qui témoigne est purement humain et ne saurait parler adéquatement de ce qui dépasse infiniment l’homme. Cela n’aboutit qu’à la constitution d’un ego spirituel.
Vous pardonnerez la brutalité de mes propos, mais vous pouvez tenir pour assuré qu’ils visent votre plus grand Bien.

LE MÊME CHERCHEUR :
« Je comprends votre remarque et respecte votre décision.
Seulement, j'aimerais éclaircir quelques imprécisions de ma part, qui sur ses nouvelles bases je l'espère, vous feront revenir sur votre décision. En effet, parmi les participants du livre, 10 pour le moment, certains m'ont demandé des précisions sur ma compréhension de ces termes afin de prendre leur décision. Les précisions que je vais effectuer vont porter sur la phrase suivante présente dans la page de description du projet "Le terme "éveil spirituel" est ici compris dans l'esprit d'un éveil progressif menant au grand Éveil".
Suite à des échanges Skype, il m'a été demandé de préciser ce que j'entendais par le terme "éveil spirituel". Le terme éveil spirituel est ici évoqué dans le cadre d'un éveil progressif menant au grand Éveil. Je m'explique, pour moi, le terme "éveil spirituel" désigne la vision; alors que le terme "grand Éveil" désigne la réalisation. Entre cette vision et cette réalisation, il peut y avoir une période de ballottement entre le personnel et l'impersonnel; également des propagations sur les niveaux énergétiques, mentaux et affectifs de l'être. Plus précisément, je conçois par le terme "éveil spirituel" le fait de briser la coquille (même s'il n'y a jamais eu de coquille, seulement des voiles). J'ai mis le terme "expérience" avant "éveil spirituel", car selon moi, comme il n'y a pas réalisation, l'ego récupère cet éveil et en fait une expérience. Je suis conscient que les termes sont parfois trompeurs, mais voilà d'où je pars pour effectuer ce travail.
Après vous avoir dit tout ça avec des mots, j'aimerais vous communiquer mon sentiment sur lequel s'est basé ce projet de livre. J'ai le sentiment que beaucoup de personnes vivent ou ont vécu un "éveil spirituel" dont le retournement partiel peut créer une période de flottement, de confusion, de résistance, de souffrance; et peu de ressources existent à ce sujet. La vocation de ce livre n'est pas de conceptualiser un processus d'éveil auquel se rattacher, mais répondre aux interrogations existentielles de ces personnes, qui sont assises sur un trésor, mais n'en sont pas encore sûres à 100%. Les termes me manquent, car, d'un point de vue absolu, il n'y a pas de personne, pas de trésor; mais je ressens cette souffrance, et elle m'interpelle. Je me suis rendu compte que les notions d'effort et de non-effort étaient centrales; qu'il est possible de passer par différents stades, tout en s'abandonnant, que ça se passe, mais que ce n'est pas moi qui fait.
Merci pour votre franchise. »

L’INSTRUCTEUR :
Quelques remarques :
Puisqu’il existe une diversité d’Éveil, le contenu de chaque Éveil est différent et en conséquence la définition de chacun d’eux devra être différente.
De son côté l’Éveil le plus élevé est non conceptuel, il correspond à Prajnâ et son contenu ne peut être décrit.
Quant aux périodes de flottement, de confusion, de résistance, de souffrance, etc. qui suivent un premier vécu d’Éveil, elles proviennent de quelque chose de très simple : mis à part le cas rarissime de certains grands Sages, le vécu d’Éveil est intermittent. Or dans les textes et vidéos diffusés sur internet, on parle souvent de l’Éveil comme d’une expérience définitive, alors que dans la très grande majorité des cas il s’agit d’une expérience qui ne peut devenir un vécu constant qu’à la suite d’un travail systématique.
Nous avons donc un ensemble de gens qui témoignent de leur Éveil et s’imaginant qu’il s’agit de la forme d’Éveil la plus élevée, alors que ce n’est pas le cas.
Et nous avons encore un ensemble de gens qui ayant fait l’expérience de l’Éveil se refusent à constater le caractère éphémère de ce vécu et confondent la compréhension qui résulte de cet Éveil avec un vécu de seconde en seconde.
Telle est la cacophonie actuelle, dans laquelle de nombreuses personnes imaginent se situer au sommet d’une montagne dont ils n’ont entrevu que les contreforts.
Toute pédagogie initiatique doit se fonder sur trois choses :
- La manière d’accéder à l’Éveil.
- La hiérarchie des Éveils.
- La progression vers le vécu constant.
Les deux derniers points sont malheureusement peu enseignés.
Cet enseignement existe au sein d’écoles traditionnelles.
Dès lors, pourquoi dans l’erreur de vouloir proposer un enseignement en dehors des écoles traditionnelles existantes ?

LE MÊME CHERCHEUR :
« Je vous remercie pour la richesse de vos remarques qui m'aiguillonnent dans mon travail.
Permettez-moi de vous répondre au sujet de votre dernière remarque sur l'intérêt de proposer un enseignement en dehors des écoles traditionnelles. L'intérêt de proposer un enseignement en dehors des écoles traditionnelles est de parvenir à entrer en contact avec des personnes intéressées par la spiritualité, mais pas au sens religieux du terme. Selon moi, la spiritualité ne réside pas dans les religions, mais dans la Vie. Et beaucoup de personnes rejettent de nos jours les religions à cause de tout ce qui peut se passer autour. Ils ne parviennent plus à faire la distinction entre le message originel et les oripeaux ornementaux. Du coup, ils se coupent du message divin; et les agitations de la société ne sont pas là pour les inciter dans cette voie. Voilà le drame, des gens coupés d'eux-mêmes, des autres, de la nature; de l'Unique.
Selon moi, l'intérêt de proposer une spiritualité laïque est de permettre cette reconnexion. Avec le risque, j'en suis conscient, de papillonner d'un enseignement à un autre, de tomber dans les écueils d'un enseignant ne vivant pas ce qu'il prétend avoir réalisé. Mais, en même temps, qui n'a pas fait fausse route à un moment donné même au sein d'une école traditionnelle ? J'ai vécu deux ans dans un centre bouddhiste tibétain en tant que bénévole et je peux vous assurer que les fourvoiements sont autant possibles à l'intérieur d'écoles traditionnelles qu'à l'extérieur.
Tout ça pour vous dire que j'ai vu plusieurs de vos vidéos notamment une où vous faisiez mention d'une autorité spirituelle de l'Advaita Vedanta qui avait approuvé
votre démarche de la maïeutique transcendante, et également je me rappelle vous avoir entendu dire que vous adaptiez les outils utilisés en fonction des sensibilités de chaque personne (chrétien, musulman et même écologiste); ce qui me fait penser que nous sommes dans une démarche ressemblante, "d'approfondir la Réalité spirituelle, en dépassant les bercails confessionnels, afin de découvrir la quintessence universelle des traditions." Bien que votre discours et vos connaissances soient beaucoup plus structurés que les miennes et que vous vous appuyez sur une école traditionnelle.
Ce qui me fait vous demander la chose suivante : pourriez-vous me transmettre les références de textes, documents disponibles qui me permettraient de structurer ma démarche notamment concernant les questions que je vais poser à chaque participant du livre?
Je vous remercie encore pour vos différentes remarques. »

L’INSTRUCTEUR :
Votre dernier courrier fait apparaitre tout ce qui nous sépare et puisque vous aimez la franchise en voici un exemplaire.
Vous mélangez tout : je vous parle d’écoles traditionnelles et vous répondez sur les religions.
Le mot spiritualité est une appellation générale dans laquelle il faut distinguer :
Le niveau exotérique, religieux et populaire.
Le niveau ésotérique qui s’exprime au sein d’une multiplicité d’écoles spirituelles.
J’ai rarement lu quelque chose de plus stupide que votre affirmation selon laquelle la spiritualité ne se situe pas dans les religions, mais dans la Vie. La vie, qui ne mérite aucune majuscule, est un phénomène biologique, vous croyez peut-être que les religions ne sont pas représentées par des gens aussi vivants que vous. Toute spiritualité, par définition, appréhende ce qui se situe au-delà de la vie, au-delà de la nature. Mais vous ne semblez même pas savoir ce qu’est le véritable spirituel et ce qu’implique sa transcendance.
Il est pitoyable qu’une expérience décevante dans un centre bouddhique tibétain vous amène à rejeter l’ensemble des spiritualités traditionnelles. Cette bêtise peut se comparer à celle de la personne qui ayant rencontré un mauvais poète rejette la poésie dans son ensemble.
De fait, en chaque tradition il y une lutte entre les forces du sommeil et les forces de l’Éveil et une tradition reste vivante en luttant sans cesse contre ces propres pesanteurs, ces propres scléroses, et ces possibilités de déformation.
En toute tradition, il existe des cimes magnifiques et un local à ordures. Quant aux chercheurs, s’ils se complaisent au sein des ordures et ne savent pas trouver les cimes c’est parce qu’ils sont de mauvais chercheurs.
Quant à votre démarche, ce que vous appelez « papillonnement » n’est rien d’autre qu’un tâtonnement d’aveugle.

Incapable d’être un chercheur authentique, vous prétendez vous placer dans le positon de celui qui peut délivrer un message. Ainsi, selon la parabole bien connue, c’est un aveugle de plus qui prétend conduire d’autres aveugles.



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Sur la négation de Dieu



LE CHERCHEUR :
« Je ne crois pas en Dieu ».

L’INSTRUCTEUR :
Et moi, je crois en un Dieu dans le chatoiement duquel se retrouveront toutes les affirmations des croyants et toutes les négations des athées.
Dieu est l’Être universel et la Conscience universelle. J’ai en face de moi un aspect de l’Être, et une goutte de la Conscience qui déclare : Je ne crois pas en l’existence de l’Être et de la Conscience.
Vous n’êtes pas sérieux !


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Sur le scepticisme



LE CHERCHEUR :
« Je suis de nature sceptique, pensez-vous que ceci constitue un handicap sur le Sentier que vous proposez ?
En raison de mon scepticisme, je ne sais pas quoi croire sur la vie posthume. Je suis ouvert à cette idée, mais je n’ai pas de certitude. »

L’INSTRUCTEUR :
Le scepticisme est une tournure d’esprit. Elle a pour avantage une tendance à l’analyse et au refus de croire n’importe quoi, de ne pas être naïf. Sur notre Sentier c’est une bonne chose, car l’analyse discriminante est fondamentale.
Par contre le scepticisme devient un obstacle majeur s’il empêche l’indispensable acte de foi vis-à-vis de l’ensemble de ce qui constitue la doctrine traditionnelle. Cet acte de foi peut se définir comme l’acceptation intellectuelle des
données traditionnelles relatives à la nature du Principe suprême, la nature du monde, de l’homme et de la vie posthume.
Vous pouvez travailler sur la Sentier que nous proposons dans la mesure où vous réalisez cet acte de foi en acceptant l’énoncé de la doctrine traditionnelle en considérant que cette doctrine provient d’un ensemble de personnes qui ont bénéficié de Révélations et que l’on ne saurait considérer comme étant des menteurs.
Cet acte de foi est nécessaire, car un ensemble de pratiques s’enracinent dans des présupposés doctrinaux. Si les présupposés ne sont pas acceptés, la raison d’être de certaines pratiques n’existe plus.
Le bien fondé de certaines choses, notamment en ce qui concerne la nature de l’homme et du Principe suprême, sera vérifié ici-bas par l’expérience de celui qui obtient la Gnose. Mais la validité d’autres aspects doctrinaux ne sera pas vérifiée en la présente vie.
Ainsi en ce qui concerne la vie posthume, à moins que d’une manière involontaire une faculté particulière et paranormale se développe, faculté que nous ne cherchons pas à obtenir, nous ne saurions avoir la certitude que la vie posthume est telle que la décrit et l’explique le lègue de la tradition. Nous avons la foi, nous n’avons pas une certitude née de l’expérience. Il nous faudra attendre de mourir pour cela.
En conclusion, si vous surmontez votre scepticisme par un acte de foi, par une adhésion intellectuelle à un ensemble de choses vis-à-vis desquelles vous n’avez ni preuve, ni certitude, la porte de la pratique traditionnelle s’ouvre et par la pratique le vécu libérateur sera obtenu.



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Sur la foi dans la vie posthume


LE CHERCHEUR :
« Je ne peux me déterminer sur l’existence ou la non-existence de la vie posthume, car je ne peux pas constater son existence ou non, car elle est hors du champ de mon expérience. Elle demeure une hypothèse et reste une simple croyance de mon mental. On doit la suite à cette constatation : s'occuper des choses telles qu'elles sont dans le « ici et maintenant ».

L’INSTRUCTEUR :
Votre positionnement n’est pas acceptable du point de vue traditionnel, car dans toute démarche spirituelle il y a une part de foi. Sans foi on resterait limité au domaine de notre expérience. Or personne n’a l’expérience de la Réalité suprême dans l’ici et maintenant au début de sa quête. Vous ne pouvez progresser si vous
voulez seulement trouver la confirmation de ce que vous connaissez déjà, et si vous ne réalisez pas un acte de foi dans l’existence de possibilités insoupçonnées.
De notre point de vue la vie posthume est aussi réelle et aussi illusoire que la vie incarnée, ni plus ni moins.
Elle est réelle du point de vue de celui qui l’expérimente, elle est illusoire du point de vue de notre Conscience Témoin qui perçoit l’expérimentateur de tous les états de conscience.



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Sur la bilocation

LE CHERCHEUR :
« Cette nuit, j’ai fait un rêve très particulier. C’est comme si je sortais de mon corps et que je demeurais juste au-dessus de lui. Je savais que je dormais, et voulant mettre fin à ce rêve, j’ai essayé de me lever d’un mouvement brusque pour mettre fin à ce rêve. Mais je n’y suis pas parvenu, et ceci malgré plusieurs tentatives dans lesquelles j’ai mis toutes mes forces. Que signifie ce rêve ? »

L’INSTRUCTEUR:
Ce que vous avez vécu, c’est le commencement d’une expérience de bilocation, c’est-à-dire de séparation du corps physique et du corps psychiques. Ce début de bilocation s’accompagnant de ce que l’on appelle un « sommeil éveillé », ou un « sommeil lucide », c’est-à-dire un état dans lequel on rêve en sachant que l’on rêve.
Vous n’avez pas pu bouger, car votre effort s’est porté sur le corps physique qui, en raison de votre début de bilocation, n’était plus sous votre contrôle volontaire. Par contre si votre effort de mouvement s’était porté sur votre corps psychique, c’est-à-dire à ce moment-là sur votre présente au-dessus du corps, vous auriez constaté qu’il était possible de vous mouvoir dans l’espace. Aurait pu alors commencer un voyage psychique, appelé par certains « voyage astral ». C’est-à-dire un voyage avec votre corps psychique pendant que le corps physique demeurait endormi. Pour commencer ce voyage, vous pouviez sortir de la pièce en traversant les murs ou le plafond qui ne présentent pas d’obstacle pour le corps psychique.
Parmi les rêves nocturnes que tout le monde fait, un certain nombre se rapporte à des voyages psychiques. Il n’y a là rien d’extraordinaire. Ce qui est plus intéressant c’est que vous vous rappeliez ce rêve. Il vous donne un aperçu sur ce qui se passe au moment de la mort. Celle-ci n’étant rien d’autre qu’une décorporation, une séparation entre le corps physique et le corps physique. Ce qui distingue les voyages psychiques de la mort, c’est que les voyages psychiques ne sont que des expériences temporaires durant lesquelles le corps psychique reste relié au corps physique par le fil d’un petit courant énergétique que l’on appelle poétiquement « la corde d’argent » ; tandis que
la mort se caractérise par le départ du corps psychique pour un voyage sans retour dans le corps physique et une rupture de la corde d’argent.
Mis à part le fait que les voyages psychiques sont une expérience qui, pour celui qui l’expérimente, prouve l’existence d’une vie individuelle après la mort, ils n’ont pas d’intérêt spirituel particulier. Les morts sont malheureusement aussi ignorants et stupides que les vivants.
Pour qu’un voyage psychique ait un intérêt spirituel, il faudrait qu’il s’accompagne d’un mouvement d’ascension dans l’espace qui amènerait le voyageur à dépasser le monde psychique et à entrer en contact avec le monde spirituel. Mais ceci demande une volonté d’élévation très ferme et de dépassement d’un ensemble de résistances intérieures.


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Sur le voyage astral


LE CHERCHEUR :
« En suivant les pratiques préconisées dans certains livres, je suis sorti de mon corps, par deux fois, et j’ai ainsi fait l’expérience de l’état de conscience pure ».

L’INSTRUCTEUR :
La sortie du corps, c’est-à-dire la bilocation, communément appelée « voyage astral », n’a rien à voir avec l’état de pure Conscience, qui est celui de notre Soi, de notre Identité véritable est « sans contenus ». L’état de bilocation est dit « avec contenus », car on perçoit un ensemble de choses et l’on a des impressions, des sentiments, des ressentis.
La Conscience sans contenus transcende tous les contenus qui constituent les perceptions individuelles de la conscience psychologique et c’est pourquoi elle est universelle.
La pure Conscience qui est votre Soi se situe au-delà du corps physique avec lequel vous expérimentez l’état de veille et au-delà du corps psychique. Ce corps psychique est utilisé lors de certains rêves, c’est également avec lui que vous expérimentez les expériences de bilocation, et dans le corps psychique que vous vous retrouvez après le trépas.


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Sur la finalité de la vie posthume


LE CHERCHEUR :
« Je crois en l’existence d’une vie posthume, mais je n’ai aucune idée de sa finalité.
Comment pourrais-je, en l’état actuel de mes connaissances, de mes expériences vécues, de mon chemin spirituel, avoir la prétention de parler de la finalité de la vie posthume !
Comme le dit Sri Ramana Maharshi, « réalisez d’abord votre Soi et les autres questions s’élucideront d’elles-mêmes ».

L’INSTRUCTEUR :
Vous confondez expériences et connaissance. On ne vous demande pas : « avez-vous l’expérience de la finalité posthume ? » On vous demande si vous connaissez la finalité de la vie posthume. Ou bien en d’autres termes si vous avez assimilé intellectuellement cette finalité.
Quant à la citation de Ramana, elle est mal à propos : la réalisation du Soi, qui se situe au-delà de l’intellect, ne vous donnera aucune connaissance sur la compréhension de la finalité de la vie posthume qui est une donnée purement intellectuelle.
Notre pédagogie considère qu’il faut d’une part assurer un ensemble de compréhensions à l’intérieur de l’intellect et ensuite dépasser cet intellect, car l’ineffabilité du Soi ne se situe pas à ce niveau.
La question de la vie posthume a son importance : si vous mourez demain que devez-vous faire pour vous efforcer de réaliser sa finalité ?
Donc, si vous voulez recevoir notre enseignement étudiez les enseignements sur la vie posthume et dites-nous si vous êtes d’accord pour réaliser un acte de foi dans ce que vous lègue la tradition à ce sujet.


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Sur la Libération dans la vie posthume


LE CHERCHEUR :
« Je crois en la vie posthume dans la mesure où cette vie est totalement impersonnelle. Je ne crois pas en une vie personnelle qui prolongerait notre vie actuelle. Mais je crois plutôt que la personnalité se fond dans l'océan de la Conscience pure et notre regard devient celui du tout. Un peu comme un glaçon représentant l'ego qui fond dans l'océan et devient cet océan. »

L’INSTRUCTEUR :
Si cela était vrai, il suffirait d’attendre que vienne la désincarnation pour être libéré.
Dès lors, à quoi bon suivre une discipline et chercher à se libérer en la présente ? Un peu de patience suffit.
Vous confondez ce qui se passe pour celui qui étant déjà libéré en cette vie se désincarne, avec ce qui se passe pour le commun des mortels.
Donc, à moins que vous prétendiez être libéré, ce que vous dites ne vous concerne pas.



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Sur l’illusion de la vie posthume



LE CHERCHEUR :
« Pouvez-vous m’expliquer le caractère illusoire de la vie posthume ».

L’INSTRUCTEUR :
Dans la vie posthume, ce que perçoivent les défunts, c’est essentiellement la projection hallucinatoire des contenus de leur psychisme.
Cette projection, le défunt la subit.
Ainsi être aux enfers c’est subir l’expression des horreurs de cruauté, et de sadisme que contient le psychisme.
Être dans la strate d’existence du monde psychique la plus élevé et que l’on appelle « le paradis temporaire », c’est subir l’expression des contenus positifs, beaux et agréables que contient le psychisme.
Étant donné que dans la vie posthume, on subit l’expression des tendances psychologiques positives, ou négatives, que durant la vie incarnée on a fait subir aux autres, il est exact que la vie posthume a un aspect de rétribution et qu’elle constitue une expression de la Justice divine.
Ceci concerne les contenus de la vie posthume, quant à sa nature, la vie posthume est aussi réelle et aussi illusoire, comme on voudra, que la vie incarnée.
C’est une erreur de dire « la vie posthume est illusoire », aussi longtemps que l’on croie que la vie incarnée est réelle.
En mourant, nous passons d’une forme de rêve à une autre. Nous passons du rêve de la vie incarnée au rêve de la vie posthume.
Celui qui lit ce texte n’a aucune existence réelle, mais il a une existence relative sinon personne ne lirait ce texte.
La vie posthume de celui qui lit ce texte sera aussi relative, aussi vraie et aussi fondamentalement fausse que la présente vie.
Répétons-le :
Au rêve de la vie incarnée succède le rêve de la vie posthume.
C’est comme si on changeait de chaine de télévision.
La fiction romanesque diffusée sur le canal 1, celui de l’état de veille, n’est pas plus vraie que le programme diffusé sur le canal 2, celui de l’état de rêve, il en sera de même lorsque nous zapperons sur le canal 3 qui est celui de la vie posthume.
Quant à l’initiation, elle se résume au fait d’introduire dans le rêve de la vie incarnée la compréhension de ce que nous sommes au-delà du rêve existentiel.
À introduire dans le rêve de la vie incarnée, la Connaissance de celui qui perçoit le rêve.
Le rêve de la vie incarné conditionnant le rêve posthume, l’introduction de la Connaissance dans le rêve actuel modifiera radicalement les contenus du rêve posthume.


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Sur les trois niveaux d’appréhension de l’existence


LE CHERCHEUR :
« Les matérialistes se fondent sur les découvertes scientifiques pour déterminer ce qui est vrai. Ceux qui adhérent à une tradition se fondent sur le credo de celle-ci pour déterminer ce qui est vrai. Toutes ces affirmations contradictoires me plongent dans un doute profond. »

L’INSTRUCTEUR :
Vous pouvez considérer qu’il existe trois niveaux d’appréhension de la Vérité :
Le premier niveau est celui de la réalité physique étudiée par la science. Tout ce que découvre la science est vrai, dans la spécificité de son angle d’appréhension. L’erreur des matérialistes réside dans le fait de refuser la validité des deux autres niveaux d’appréhension de la Vérité. Il faut donc tout à la fois saisir pour vraies les découvertes de la science, tout en refusant de se laisser enfermer dans l’exclusivisme de ce point de vue.
Le second niveau est celui de la dogmatique des différentes traditions. Pour ne pas vous emberlificoter dans le dédale des contractions théologiques vous devez prendre de l’altitude et ne pas buter sur des détails. En effet, en considérant les choses d’une manière panoramique, une unité fondamentale se dégage des différentes traditions. Toutes prescrivent la nécessité de suivre une ascèse afin de maitriser nos passions et nos désirs, pour parvenir à se réaliser dans la vie posthume. Et ceci est vrai pour le devenir de l’individualité humaine. Vous saisissant de cette Vérité fondamentale vous devez mettre en pratique les enseignements de la tradition que vous avez choisie.
Le troisième niveau est celui de la Gnose. Étant installé dans le deuxième niveau vous pouvez réaliser que tout ce que vous percevez, et tout ce que vous percevrez dans la vie posthume n’est rien d’autre qu’un spectacle pour votre Conscience.
Ayant compris cela il faut enraciner à ce niveau ultime votre sentiment d’existence.


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Sur les raisons de l’incarnation et le sens de l’humour


LE CHERCHEUR :
« Pourquoi l’esprit s’est-il incarné ? »

L’INSTRUCTEUR :
L’incarnation pour un esprit immortel et pensant, c’est la confrontation entre ses idées et ce qui lui apparait comme constituant le réel.
Sans incarnation, l’esprit est totalement enfermé dans sa subjectivité.
Il y a durant la vie sur terre une dialectique constante entre nos idées et les faits. Sans cesse les faits nous obligent à corriger, réviser, remettre en cause nos idées.
Lorsque des personnes sont adulées (personnages politiques, gurus) apparait le risque de perte de sens du réel. Cette perte d’appréhension du réel, qui est une forme de folie, provient d’un ego surdimensionné qui refuse d’avoir tort, qui croit que ces idées sont forcément bonnes puisque ce sont les siennes.
Les aberrations de certains gurus, de Mao, de Staline, d’Hitler, s’expliquent par la conjonction d’une inflation égotique et du refus de confronter ces idées au réel. Avec ce refus c’est le réel qui est nié au profit des idées.
Le fou du roi était une institution empêchant cette inflation égotique et cette perte du réel favorisée par les courtisant qui disent ce que l’on souhaite entendre.
Le sens de l’humour doit jouer le rôle de fou du roi. Que cet homme se moque de lui-même, qu’il se tourne en ridicule ! Qu’il rit de ses prétentions et de ses satisfactions. Cela désenflera son ego.
Qui ne se moque pas de lui-même n’est pas, psychologiquement parlant, en « bonne santé ».


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Sur les tentations


LE CHERCHEUR :
« Vous dites qu’il faut lutter contre les tentations, pouvez-vous m’expliquer en quoi cela consiste ? »

L’INSTRUCTEUR :
Celui qui ne se soumettrait en son for intérieur à aucune loi, aucune règle, et n’aurait pour but existentiel que la satisfaction de tous ses désirs ne connaîtrait pas de tentations. Il connaîtrait des contraintes, la société, ainsi que les autres personnes, s’opposant parfois à l’accomplissement de ces désirs. Il connaîtrait des impossibilités, car il pourrait ne pas posséder les qualités nécessaires, ou ne pas rencontrer les opportunités lui permettant la réalisation de certains désirs. Mais il ne connaîtrait pas de tentations. Le phénomène psychologique de la tentation se caractérisant par une tension, une opposition, entre une volonté d’accomplir ou de s’abstenir, et le surgissement d’un désir.
Ainsi, plus on est exigeant vis-à-vis de soi-même, plus on risque de rencontrer des tentations. De fait, certains hommes modernes, dépourvus d’enracinement traditionnel et d’éthique, ne connaissent que peu de tentations. Les quelques tentations dont ils font l’expérience sont de nature purement profane. Par exemple : opposition entre la volonté de suivre un régime amaigrissant et désir de manger, opposition entre la volonté de faire des économies et le désir d’acheter ceci ou cela, peur des conflits et impulsion à exprimer ses ressentiments…
L’existence du phénomène de la tentation prouve l’absence d’unité du psychisme. En effet, si le psychisme n’était pas un conglomérat de tendances psychologiques, d’aspirations et de désirs contradictoires, s’il était un bloc uni, les hommes pourraient changer d’avis, changer d’orientation, modifier leur décision, mais ils ne connaîtraient pas la tension, l’opposition, le conflit, entre deux composants de leur propre psychisme. Il ne connaîtrait pas de tentations.
S’efforcer de suivre les préceptes d’une religion, vouloir respecter les règles de vie que nous transmettons, avoir une exigence éthique, c’est accroître les possibilités de tentations qu’il nous faudra surmonter. Les tentations sont un phénomène auquel se trouve donc confrontée toute personne qui s’engage sur un authentique sentier spirituel. Ne pas connaître de tentation, si l’on n’est pas un grand Sage, est un mauvais signe du point de vue spirituel. Si c’est votre cas, il est très probable que ceci est la résultante d’un manque d’exigence morale, d’un manque d’ascèse. Efforcez-vous avec sincérité de suivre les règles de vie que nous transmettons en acte, en parole et en pensée, et vous expérimenterez des tentations.
La grande majorité des tentations résulte du conflit entre d’une part ce qui relève de l’esprit incarné, à savoir les aspirations spirituelles, ou intellectuelles, la volonté de maîtrise du véhicule humain et, d’autre part, les instincts, les attitudes compulsives, les désirs primaires, les passions irraisonnées, les égoïsmes, qui relèvent de l’âme, c’est-à-dire de cette partie inférieure du psychisme que nous avons en commun avec les animaux.
Deux types d’hommes ne connaissent pas, ou presque pas, de tentations : les Sages, et les hommes dépourvus de spiritualité authentique. Les premiers parce que l’âme inférieure, le psychisme animal, est parfaitement soumise et maîtrisée. Les seconds, parce que l’esprit est en eux étouffé. Cette seconde catégorie de personne est dépourvue de spiritualité, ou bien ne connaît qu’une spiritualité abstraite, spéculative, théorique.
Il est donc normal que, pour les personnes spirituellement assoupies, les règles de vie bousculent un certain confort intérieur et instaurent un état de conflit et de lutte entre ce qui, en nous, correspond à l’âme, à l’animal, et ce qui, en nous, correspond à l’esprit, à l’angélique. Tant il est vrai que l’homme se définit comme « moitié animal et moitié ange ».
Notons qu’entrent dans la catégorie des personnes « spirituellement assoupies », celles qui ont déjà fait des expériences spirituelles lesquelles, même si elles ont été très fortes, sont demeurées occasionnelles ; car on ne sort du sommeil intérieur que lorsque le vécu spirituel s’intègre dans la vie quotidienne. Avoir de brèves interruptions dans son sommeil, ne constitue pas un réveil authentique.
Tous les pseudo spiritualités, qui foisonnent à notre époque, se caractérisent par le fait d’éviter le conflit entre les passions de l’âme et les aspirations de l’esprit. Ces pseudo spiritualités ne connaissent pas la nécessaire psychomachie, elles n’ont pas pour but de soumettre l’âme à l’esprit par une ascèse adéquate. Elles ne sont qu’une décoration de pacotille spirituelle, que l’on surajoute à une âme non soumise et dont l’expression des passions, des désirs et des égoïsmes, règne en maître.
Dans un contexte traditionnel, c’est-à-dire dans le contexte existentiel d’une personne qui pratique une religion, les règles de vie que nous transmettons représentent simplement un accroissement des exigences morales et ascétiques. Par contre, dans le contexte existentiel qui est le propre des personnes « sans religion », ou « non-pratiquants », ainsi que pour ceux qui n’ont pas l’habitude de soumettre leur âme aux exigences des prescriptions d’une tradition authentique, le respect des règles de vie que nous transmettons constitue une exigence beaucoup plus forte. L’effort demandé est d’ailleurs d’autant plus intense, que l’âme vit dans un état d’indépendance et d’autonomie vis-à-vis de l’esprit et du spirituel. Mais si cet effort est plus intense, il est d’autant plus nécessaire. Voici pourquoi il importe de transmettre les règles de vie dès le début de l’initiation, car celui qui néglige cet aspect à la fois élémentaire et essentiel, qui caractérise toute démarche spirituelle authentique, pourra monter aussi haut qu’il voudra, ce sera pour mieux tomber.
Il s’agit donc, pour ceux qui ont l’habitude de « planer » dans une spiritualité spéculative, de descendre dans le concret, d’entrer dans l’indispensable lutte, dont l’objet est de soumettre l’homme-animal pour en faire le serviteur de l’homme divin.
La question fondamentale qui se pose est la suivante : êtes-vous déterminé à vous efforcer de suivre les règles de vie, à bousculer le « confort psychologique » qui était peut-être le vôtre, ou bien refusez-vous d’entrer dans la lutte spirituelle qu’ont connue, au sein de toutes les traditions, ceux qui se sont engagés dans un Sentier spirituel authentique.
Ajoutons à cela qu’au regard de ce qui est demandé, à savoir l’effort sincère, mais inévitablement imparfait, du respect des règles de vie, la lutte spirituelle n’est pas la même pour tous dans les mêmes domaines. Ce qui est facile à respecter pour telle personne est difficile pour une autre. On peut dire que chacun a les tentations qu’il mérite. Que chacun connaît les tentations qui lui sont nécessaires. Que chacun rencontre les difficultés adéquates. Car les tentations, ou les difficultés que vous pouvez connaître, en tel ou tel domaine, révèlent l’absence de maîtrise et de soumission d’éléments particuliers du conglomérat dont est composé votre psychisme. En conséquence, vis-à-vis de « ce qui vous coûte le plus » ne dites pas : « ce n’est pas fait pour moi », dites au contraire : « voici les débilités dont je dois me corriger », « voici les points sur lesquels je dois travailler afin d’obtenir la maîtrise et la soumission de l’âme, qui doit devenir l’instrument docile de l’esprit ».
Observerons que beaucoup de personnes vivent dans une sorte de compromis entre l’âme et l’esprit. L’esprit s’occupant superficiellement de spiritualité, tandis que l’âme recherche sans contrainte la satisfaction d’un ensemble de passion. Mais à partir du moment où une morale et une ascèse sérieuse sont mises en oeuvre, la nature inférieure de l’homme, son âme passionnelle et animale se rebelle et entre en lutte contre l’esprit avec la démarche spirituelle qui le caractérise.
Sachez que l’on n’obtient pas la maîtrise des tendances psychologiques rebelles aisément, « du premier coup », c’est un travail de longue haleine, et vous connaîtrez inévitablement des échecs. Cependant, celui qui s’efforce, qui après chaque échec recommence ces tentatives de maîtrise de lui-même, finira par parvenir au but. Pour qui parvient au but, la vie se simplifie et s’organise autour de la démarche spirituelle. Plus rien ne fait obstacle à sa pratique, l’état de lutte spirituelle disparaît, et il connaît la paix intérieure qui accompagne la maîtrise de soi-même.
Par ailleurs, c’est seulement lorsque l’âme est soumise à l’esprit que les illuminations gnostiques, qui surviendront par l’assimilation des étapes de l’initiation et que connaîtra l’esprit, pourront devenir des vécus constants et non pas de simples dévoilements sporadiques.


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Sur le refus des Règles de Vie


LE CHERCHEUR :
« J'ai beaucoup apprécié votre exposé sur les étapes vers la Transcendance et ai beaucoup progressé sur la Voie vers la lumière, mais mon corps me fait suffisamment souffrir depuis plus de 60 ans pour que je ne lui rajoute pas de contraintes supplémentaires du registre des "règles", dont certaines me sont déjà intégrées naturellement, mais d'autres au-dessus de mes forces.
Donc je n'ai pas demandé le passage au niveau supérieur, car je ne puis envisager l’application de ces Règles de Vie. »

L’INSTRUCTEUR :
Je ne vois pas ce qui dans les règles de vie est si terrible pour le pauvre corps qui parait être le chef.
Même le fait de jeuner deux jours par mois n’est pas préjudiciable à la santé.
Au demeurant si des raisons sérieuses et médicalement justifiées s’opposaient à une règle, elle pourrait être l’objet d’un aménagement puisque parmi les règles tout ce qui débilite le corps est proscrit.
La débilité du corps devrait être un moteur supplémentaire dans le désir d’obtenir la Délivrance.
En définitive la souffrance corporelle est prise comme prétexte pour ne pas faire les efforts nécessaires afin de se libérer de la souffrance qui est inhérente à la condition humaine.
Conclusion : Puisqu’il n’y a pas de volonté de pratiquer, c’est une mise en sommeil et un arrêt des transmissions initiatiques.

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Sur l’incapacité à suivre les Règles de Vie


LE CHERCHEUR :
« Je n'arrive pas à appliquer les règles de vie au quotidien.
Surtout les règles qui incitent au végétarisme (budget oblige) et à la cessation des addictions (alcool, tabac...).
J'ai essayé plusieurs fois; à chaque fois je tiens une matinée au maximum, et craque le midi venu.
Pour le reste (honnêteté, etc..) je n'ai pas vraiment de problèmes (à part sur les "vannes", qui sont assimilées à de la médisance peut-être ?).
Quels seraient votre opinion ou vos conseils ? »

L’INSTRUCTEUR:
Les impossibilités dont vous parlez sont un signe que vous n’êtes pas fait pour le chemin que nous proposons.
Donc, soit vous êtes intimement persuadé que ce chemin vous correspond et en ce cas vous luttez pour parvenir à une mise en application, soit vous devez chercher une autre école spirituelle.
Comme le dit un aphorisme traditionnel : si rien n’est sacrifié, rien n’est obtenu.
Les addictions sont dans votre cas ce qui est le plus grave.
En passant, je vous signale que la nourriture végétarienne est moins chère que la nourriture carnée. Se chercher des excuses n’est pas une bonne attitude.
De plus si vous ne comprenez pas la différence entre la médisance et la plaisanterie, je vous conseille l’achat d’un dictionnaire. Il y a une volonté de déprécier la validité des Règles de Vie dans cette question.
À la réflexion, votre situation se caractérise par un manque général de volonté.
La volonté étant quelque chose qui peut se développer, tout cheminement spirituel devra passer par ce développement.
Il serait infructueux de faire des efforts tous azimuts.
Dans le cas où vous désirez poursuivre votre quête spirituelle, il faut instaurer ce que l’on appelle une politique de réussite. Commencer par obtenir une première victoire sur un point précis, sans vous préoccuper du reste passer ensuite à un second point et ainsi de suite. En procédant de la sorte, votre capacité volontaire se développera progressivement et votre confiance en vous-même grandira.
Nous vous conseillons de commencer par vous libérer de toute addiction pour l’alcool. Pour cela, ayez recours aux supports médicaux et psychologiques que vous pouvez trouver.
Ayant obtenu une victoire sur ce point, travaillez à éradiquer l’addiction au tabac.
Ne vous attaquez à la prescription du végétarisme qu’après vous être libéré de l’emprise du tabac.
En attendant, je mets votre dossier « en sommeil » ce qui implique que je vous retire de la liste de nos contacts et que vous ne recevrez plus d’expédition de notre part.
Il vous appartiendra de nous contacter lorsque vous aurez obtenu les trois victoires indiquées.
Quelles que soient les années qui peuvent éventuellement s’écouler, sachez que nous resterons à votre disposition.
C’est de tout coeur que nous vous souhaitons la traversée de ce qui pour vous constitue une étape fondamentale dans votre cheminement personnel.
Ne restez pas l’esclave de ce qui vous domine.
Les appétences de l’âme doivent être soumises aux aspirations de l’esprit.



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Sur l’incapacité à accomplir les rites


LE CHERCHEUR :
« Je n'ai pas réussi à mettre en place les rites prescrits dans le cheminement.
Je vous remercie de l'apport que vous m'avez apporté.
Avant de prendre la décision d’abandonner, je pense qu'un entretien par Skype ou autre me sera utile.»

L’INSTRUCTEUR :
Dans votre cas aucun entretien ne peut changer les faits :
Vous devez, comme tous ceux qui reçoivent l’initiation, apprendre à pratiquer les rites, avec peut-être une série de tâtonnement et d’imperfection.
C’est une question de volonté et de persévérance.
Et je ne peux me substituer aux efforts que vous devez faire.
Je confirme donc votre exclusion.
La porte reste cependant ouverte, il vous suffira de me contacter lorsque vous aurez « mis en place » les rites et l’ensemble de la pratique demandés.
La transmission pourra alors reprendre.
Tout contact avant cela serait une perte de temps.


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Sur le devoir de procréation


LE CHERCHEUR :
« D’une part il est prescrit de faire des choix de vie en fonction de ce qui est le plus profitable pour sa démarche spirituelle, d’autre part on parle du devoir de procréer. Or, il me semble que le fait de ne pas avoir d’enfant peut s’intégrer dans le désir de conserver le maximum d'espace, d'énergie et de temps pour intégrer la pratique spirituelle dans sa vie ».

L’INSTRUCTEUR :
Une des choses qui apparait clairement dans l’éthique traditionnelle de l’Inde, c’est l’existence d’une diversité de devoirs, liés à la diversité des voies spirituelles qui sont proposées.
Le fait de choisir, en fonction de ces prédispositions et de ces désirs, une voie intramondaine, ou bien une voie extramondaine constitue une orientation de vie fondamentale. Or, pour chacune de ces deux orientations, les prescriptions et les devoirs sont différents.
Choisir une voie intramondaine consiste donc à rester « dans le monde » sans être « du monde », c’est-à-dire sans participer aux pseudo valeurs de la mondanité. Être dans le monde implique le fait de participer à la vie politique par le vote, de participer à la perpétuation de l’espèce humaine par la procréation, dont un ensemble de passages scripturaires font un devoir, et d’accepter la nécessité du recours à la violence dans certains cas. Sont donc afférents à la voie intramondaine, les devoirs liés à la société et à la famille.
Adopter une voie extramondaine nécessite le fait de renoncer à l’argent, à la sexualité, à la famille, à la vie politique et à tout recours à la violence. Cela implique des prédispositions spéciales, notamment sur le plan sexuel, afin d’éviter les obsessions qu’engendre l’absence de satisfaction sexuelle chez ceux qui ont besoin de celle-ci pour leur équilibre. Notons que sur ce point, dans certaines sociétés traditionnelles, la voie extramondaine est parfois adoptée lorsque vient ce que nous appelons en occident « l’âge de la retraite ». Mais ceci n’est possible que si nous ne sommes pas liés par des liens matrimoniaux et si les enfants sont devenus autonomes.
La voie extramondaine peut se concrétiser par l’appartenance à un ordre de samnyâsin, ou bien à un ordre monastique occidental, en encore d’une manière solitaire en vivant retiré du monde comme un ermite. Mais dans cette dernière éventualité, au sein du contexte occidental, la question des revenus nécessaires même si ceux-ci sont par définition modestes se pose lorsqu’on ne bénéficie pas « d’une retraite », ou « de rentes ». Il est possible de résoudre ce problème en conservant un travail rémunéré et en ne gardant pour soi même que le strict nécessaire, afin de vivre dans une pauvreté dépourvue du « confort moderne ». Le quintuple renoncement à l’argent, à la sexualité, à la famille, à la vie politique et à toute violence, même dans les cas moralement justifiés, constituant la structure de la voie extramondaine.
La voie intramondaine avec ces devoirs, la voie extramondaine avec son austérité, demande l’une comme l’autre des efforts. Ce qu’il est conseillé, c’est d’embrasser une voie avec tout ce qu’elle implique, mais de ne pas prendre un peu d’une voie et un peu d’une autre. Ainsi, ne pas assumer les renoncements de la voie extramondaine, mais s’abstenir du devoir de procréation afin de préserver son petit confort égoïste est actuellement très à la mode. Du point de vue traditionnel, ce n’est pas correct.
Assumer la totalité des caractéristiques de l’intramondanité, ou de l’extramondanité, ce n’est pas faire ce dont on a envie, mais s’astreindre à un ensemble de choses. Cependant, l’expérience nous montrera que s’astreindre à certains devoirs est en soi spirituellement et humainement formateur.
Ceci dit, vous êtes libre de vivre comme vous l’entendez. Les Règles de Vie décrivent le comportement idéal, mais on ne saurait dire que le fait d’avoir des enfants est indispensable pour réaliser la Non-Dualité.


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Sur le suicide


LE CHERCHEUR :
« Il y a dans ma famille proche une jeune fille qui tente de se suicider.
Il s'agit de ma nièce de 19 ans qui vient de se jeter du toit de sa maison pour la seconde fois et qui est maintenant gravement handicapée.
Y a-t-il des "choses" autres que les antidépresseurs qui puissent l'aider à rester en vie ? »

L’INSTRUCTEUR :
Il peut être intéressant de lui expliquer que la vie posthume est constituée par la projection des contenus de notre psychisme.
C’est comme un rêve, ou un cauchemar. Mais il n’y a plus de corps physique pour se réveiller.
En conséquence elle retrouvera dans les projections psychiques de sa vie posthume, la réplique exacte des problèmes qu’elle rencontre ici-bas.
Se donner la mort ne permet pas de fuir.
Au contraire, ici-bas nous pouvons agir, tandis qu’après la mort nous subissons passivement le rêve posthume qui est notre réalité.
La seule solution, c’est de résoudre ici-bas les problèmes, les inappétences et les dégouts.
Si elle refuse certaines choses, il faut les refuser ici-bas en changeant de vie.
Sans oublier que l'existence incarnée est à la fois un problème à résoudre et une aventure.
Il ne faut pas rester dans son petit coin. Il faut respirer l'air du grand large.



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Sur les priorités du don



LE CHERCHEUR :
« En ce qui concerne le don, est-ce que donner à ses enfants est considéré comme un don ? Notre fille est toujours à notre charge, sans emploi à 24 ans. »

L’INSTRUCTEUR :
Les cadeaux donnés aux enfants en bas âge n’entrent pas dans la catégorie des dons. De même, l’aide apportée aux enfants qui n’ayant pas terminé leurs études sont à notre charge n’entre pas dans la catégorie des dons. Par contre le don fait pour aider un enfant majeur, ayant achevé ses études et sans emploi, entre dans la catégorie du don. Cependant, cette aide doit s’accompagner pour l’enfant ainsi soutenu de chercher un travail et de réaliser éventuellement les formations se révélant nécessaire, car il ne faut pas encourager le parasitisme. Car cet encouragement au parasitisme nuirait à l’enfant qui est aidé.
Le devoir du don que nous devons accomplir doit se matérialiser par six cercles de priorité concentriques.
La première priorité est celle du cercle familial.
La deuxième priorité est celle de la tradition spirituelle à laquelle nous nous rattachons.
La troisième priorité est régionale, le village, la ville, la région dans laquelle nous vivons.
La quatrième priorité est nationale, le pays dans lequel nous vivons.
La cinquième priorité est celle de l’ensemble de l’espèce humaine.
La sixième priorité est celle des espèces animales.
Ces cercles concentriques expriment la hiérarchie des liens karmiques, nous ne sommes pas nés en telle ou telle famille par hasard, nous ne vivons pas dans telle ou telle région par hasard, etc. Quant au fait de se rattacher à une tradition, qu’il s’agisse du Vedanta, ou d’une autre tradition, en bénéficiant des lumières spirituelles de cette tradition, nous sommes en dette morale et nous devons contribuer à l’entretien matériel de cette tradition.
Les cercles concentriques de priorité ne signifient pas que le don ne doit s’exercer envers les priorités les plus lointaines que si la totalité des besoins des priorités plus proches est satisfaite, car en ce cas nous ne nous préoccuperons jamais des priorités les plus lointaines. Il faut évidemment tenir compte de l’importance et de l’urgence des besoins.
Ce qu’exprime la notion des cercles concentriques, c’est qu’il est immoral de se préoccuper d’une priorité plus lointaine, si une priorité plus proche est dans un état de nécessité urgente.
Indépendamment de son aspect éthique, le but du don est de toucher la tendance avaricieuse qui découle d’une rigidité égotique et d’obliger à une ouverture financière aux autres.


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Sur le refus du végétarisme


LE CHERCHEUR :
« Tous les jours, avec mon mari, nous faisons une heure de méditation le matin.
Plus si nous en avons le temps.
Nous avons atteint un état de Sérénité et de Conscience d’Être, qui fluctuent en hausse ou en baisse selon les jours.
Nous mangeons le produit de notre potager, et les oeufs de nos poules, car nous considérons préférable de manger les oeufs de poules heureuses qui se baladent toute la journée avec leur coq, que de manger des oeufs stériles de poules dans la souffrance), nous faisons de vrais efforts, et ces efforts commencent à devenir une saine habitude.
Cependant, nous vivons en société, et par respect pour nos amis, je mange des plats cuisinés avec de la viande, quand on nous les propose au cours d’un dîner, et nous ne nous stressons pas si au cours de rencontres entre amis, il nous a été impossible de méditer un jour. La méditation, c’est aussi l’Amour, la Joie, la Paix, ce qui peut se cultiver en tout temps, tous lieux, et en compagnie d’amis.
Bref, nous faisons tout ce que nous pouvons, et nous considérons que nous ne pouvons aller plus loin, de peur que notre attention se concentre plus sur les moyens que sur le but.
Considérant que nous sommes UN avec l’ensemble de la création, nos efforts sont cependant utiles au TOUT pour réaliser ce que nous sommes vraiment, et c’est en partie grâce à vos propres efforts désintéressés, ce dont nous vous remercions, la gratitude étant une énergie très élévatrice.
Donc ne correspondant pas à ce jour aux critères demandés pour passer au niveau supérieur, je ne remplis pas les conditions pour la transmission de l’étape suivante. »

L’INSTRUCTEUR:
Méditer tous les jours, c’est très bien.
Manger les produits de son jardin c’est très gentil, mais cela n’a rien à voir avec la Délivrance.
Quant à l’histoire des oeufs s’abstenir de manger des oeufs pondus dans la souffrance, c’est très bien. Par contre, manger des oeufs fécondés et ils le sont s’il y a présence d’un coq, c’est précisément ce qui est proscrit puisque les oeufs fécondés sont porteurs de l’influence psychique de l’espèce animale alors que ce n’est pas le cas des oeufs stériles.
L’excuse sur l’impossibilité d’être stricte, car « nous vivons en société et par respect pour nos amis » est minable. Comme si l’ensemble des pratiquants ne vivaient pas en société n’avait pas d’amis et n’était pas respectueux.
Ne pas oublier l’adage : si rien n’est sacrifié, rien n’est obtenu.
Il n’y a apparemment chez toi aucune ardeur.
Ta spiritualité « pour l’amour et la joie » est une spiritualité décorative.
Tu décores ton ego comme on décore un arbre-de-Noël.
Il n’y a chez toi aucune compréhension de l’enjeu de la vie humaine et du fait que la Délivrance ne peut être obtenue que de haute lutte.
Il y a par contre beaucoup d’autosatisfaction, celle d’un ego qui se gonfle avec l’idée de son unité avec le Tout et qui parle absurdement « d’énergie élévatrice » au sujet de l’ego. Mais qui donc s’élève ?
Je perds probablement mon temps en t’écrivant tout cela, car il reste pour toi une dernière chance.
Quitter l’auto satisfaction égotique.
Comprendre l’enjeu de la vie humaine.
Polariser tous tes efforts pour atteindre la Délivrance.
Étant donné qu’aucun vendeur de pseudo spiritualité ne te dira cela, c’est à moi qu’il incombe de la faire.
J’ai le faible espoir que tu comprendras que tout ceci est formulé « pour ton plus grand bien », lequel n’a rien à voir avec les amabilités mondaines.
Au cas où tu changerais de perspective, je reste à ta disposition.
En attendant, c’est une mise en sommeil et une impossibilité de transmettre les étapes de l’initiation.



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Sur les raisons du végétarisme


LE CHERCHEUR :
«Comment justifiez-vous la nécessité du végétarisme ? »

L’INSTRUCTEUR :
L’individualisme moderne se manifeste dans la diététique. Parmi les gens qui suivent un régime, nombreux sont ceux qui ont lu un ou deux livres et qui ayant adopté les thèses de ces ouvrages s’imaginent « savoir ce qui est bien ». Mais il est nécessaire de souligner qu’il est possible de se constituer une bibliothèque sur le sujet et ainsi de s’apercevoir qu’il n’y a pas « une » diététique, mais une multiplicité contradictoire de systèmes.
Le commun des mortels qui ne souhaite pas consacrer plusieurs années à étudier cette multiplicité doit cependant savoir qu’elle existe et que, sous le couvert des mots « régimes » et« diététique », se cache une extraordinaire cacophonie. Tout et son contraire ayant été affirmé dans ce domaine.
Notons qu’il existe des « doctrines alimentaires » et des « régimes » qui sont pernicieux pour la santé. Mais les partisans de ces systèmes sont les derniers à en reconnaître la nocivité, car pour beaucoup de gens on adhère à « un régime », ou « une forme particulière de diététique », avec le même fanatisme que certaines personnes adhèrent à des croyances irrationnelles. De nombreux livres sur la diététique, de nombreux régimes, relèvent de la marotte et sont en décalage complet avec les données objectives de la science de l’alimentation. Quiconque n’est pas conscient de cela ne peut accéder au minimum d’objectivité qui est requis pour aborder intelligemment le sujet.
Le positionnement des gens face à l’alimentation, lorsqu’on le regarde à la lueur d’une démarche authentiquement spirituelle, est révélateur d’un ensemble de symptômes. Nous réaliserons à cet égard plusieurs remarques :

Premièrement :
La société moderne, majoritairement athée, au moins dans ses comportements, propose un véritable culte des apparences et du corps. Ce culte véhicule une image normative du corps. Dans cette image normative et parfaitement arbitraire, la maigreur des mannequins, présentée comme l’idéal, entraîne un ensemble de personnes vers les dangers de l’anorexie. C’est donc pour tenter de ressembler au « modèle idéal » qu’un ensemble de personnes suivent des régimes totalement inutiles. Cette volonté de se conformer à un modèle corporel repose sur l’identification au corps physique, identification dans laquelle on s’imagine « être le corps ». Une telle identification est incompatible avec le Sentier que nous proposons.

Deuxièmement :
Compte tenu de l’obsession sexuelle, dont souffrent beaucoup de personnes, et qui est considérée comme l’expression « naturelle » de la masculinité ou de la féminité, tout un ensemble de gens « suit des régimes » pour, pensent-ils, mieux séduire le sexe opposé. Étant habités par cette préoccupation, ils sont des proies faciles pour tout en ensemble de « vendeurs de régimes amaigrissants ». Régimes qui, lorsqu’ils sont proposés par des personnes dépourvues des connaissances médicales nécessaires, sont fréquemment néfastes pour la santé. Là encore, une telle attitude est incompatible avec toute démarche authentiquement spirituelle.

Troisièmement :
La peur de la mort est implicitement très présente chez un grand nombre de personnes, puisque pour elles la mort est la fin de tout. Il s’ensuit que c’est cette peur de la mort qui détermine un ensemble d’attitudes alimentaires. Observons que pour un nombre important de personnes suivant un sentier spirituel, manger est devenu quelque chose de très compliqué. Ils sont, en contradiction totale avec leur quête spirituelle, véritablement obsédés par la recherche d’aliments qu’ils considèrent comme « sains », comme « bons pour la santé ». Nous n’allons évidemment pas dire qu’il faut manger « n’importe quoi ». Mais il importe à ceux qui sont la proie de ces complications obsessionnelles de réaliser qu’elles sont sous-tendues par une peur de la mort, une préoccupation excessive pour la santé, ce qui exprime une fixation sur le corps, sur la vie incarnée qui est éphémère par définition. Une telle fixation du centre d'intérêt s’oppose radicalement à une attitude authentiquement spirituelle.

Quatrièmement :
La publicité qui incite constamment les gens à « satisfaire leurs désirs » engendre un épicurisme ambiant qui se révèle très actif dans le domaine alimentaire. Or, il doit être tenu pour évident qu’une personne qui prétend suivre un sentier spirituel ne doit pas avoir pour préoccupation de rechercher des plaisirs gustatifs. Les aliments doivent être choisis à partir d’une seule préoccupation : qu'est-ce qui est le plus favorable à la démarche spirituelle ? Il n’est nullement interdit de réaliser des préparations agréables au goût, mais ce ne doit pas être le critère essentiel.

Cinquièmement :
L’attachement, en tous les domaines, est un obstacle fondamental, et l’attachement vis-à-vis de la nourriture, ou vis-à-vis de certains régimes, se révèle être très puissant. Ceci au point que des personnes refusent de suivre notre Sentier parce qu’il impose le végétarisme, conformément aux prescriptions des Écritures et des Maîtres de notre tradition. Que des considérations aussi triviales, à savoir ce que l’on met dans son assiette, puissent détourner des personnes du sentier vers la Libération des liens temporels, révèle le peu d’ardeur de ces chercheurs spirituels. Alors que l’ardente recherche de la Délivrance doit être la valeur suprême, pour
laquelle on est prêt à tout sacrifier, voici des personnes qui n’acceptent pas de modifier leurs habitudes, leurs petites manies alimentaires. De telles personnes doivent être écartées en raison, non point de l’importance primordiale que représente l’alimentation, mais du symptôme que constitue leur refus. Un chercheur spirituel authentique accepte la méthode de Réalisation qu’on lui transmet. Il l’accepte avec humilité et soumission, sans pinailler sur des points de détails. Car ce que l’on met dans son estomac est un « point de détail ».

En conclusion :
Le fait d’accepter un régime végétarien n’est pas négociable. Ceux qui n’acceptent pas cette exigence doivent : « aller voir ailleurs ! », car leur incapacité de détachement et d’acceptation sur le plan alimentaire est le symptôme révélateur d’un ego insoumis qui refuse les exigences d’une discipline spirituelle. Inutile de s’imaginer qu’étant incapables de se détacher de leurs marottes et habitudes alimentaires, ils seront incapables du dépassement égotique que présuppose la Délivrance. Ce type de personne veut jouer avec l’idée du dépassement égotique, mais à la première exigence concrète, elles renâclent. Par ce refus, leur incapacité de dépassement est démontrée.
Il est donc demandé aux personnes qui veulent suivre la Voie de réalisation que nous transmettons, d’adopter le régime végétarien qui est préconisé. Notons qu’il faut suivre le régime végétarien hindou, et non pas n’importe quel régime végétarien, ou végétalien inventé de nos jours.
Pour justifier brièvement ce régime, nous dirons trois choses :
Il s’agit d’un régime traditionnel qui a été respecté en Inde par des millions de personnes depuis des siècles.
Il s’agit d’un régime qui proscrit la viande, car celle-ci a une influence négative pour le développent spirituel.
Il s’agit d’un régime qui, au regard des données scientifiques de la diététique, est parfaitement équilibré puisqu’il contient les trois composants indispensables à savoir :
- Des céréales.
- Des fruits et des légumes.
- Des protéines animales avec les produits laitiers.
Ceci étant dit, il faut sur ce point comme sur beaucoup d’autres se soumettre à la tradition. Qui ne se soumet pas prouve son inaptitude et doit poursuivre son chemin éclairé par la lueur incertaine de son ego.

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Sur les jours de jeûne


LE CHERCHEUR :
« Quels jours du mois doit-on jeûner de préférence. »

L’INSTRUCTEUR :
Chacun est libre de choisir les jours qu’il préfère. Ce qui compte c’est de jeuner un minimum de deux jours par mois afin de maitriser l’avidité alimentaire.
Ces jours peuvent être déterminés pour des raisons profanes, en choisissant des jours où cela est le plus pratique par rapport à leur vie familiale ou professionnelle.
Mais ils peuvent également être choisis pour des raisons spirituelles.
Un chrétien pourra le faire le vendredi en mémoire de la passion du Christ.
Un juif également, comme purification avant le jour du sabbat, durant lequel il est prescrit de manger.
Un musulman voulant jeuner durant l’année en plus du Ramadan peut le faire le jour de l’anniversaire de certains Prophètes, ou bien le jeudi, à titre de purification préparant au vendredi.
Ceux qui désirent choisir des journées en rapport avec les pratiques de la Maïeutique jeuneront ce que l’on appelle les jours lunaires.
L’avantage de ces journées c’est qu’elles peuvent se combiner avec des pratiques épisodiques que nous transmettons ce qui en accroit l’efficacité.
Par ailleurs cela permet à l’homme moderne coupé de la nature de reprendre conscience des cycles lunaires qui selon la tradition ont une influence sur le mental.
Lorsque ces pratiques épisodiques sont collectives, il est parfois judicieux de les accomplir durant le dimanche qui suit le jour lunaire concerné par la pratique. En ce cas le jeune est également décalé.

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Sur le jeûne en cas de maigreur excessive


LE CHERCHEUR :
« J'effectue un jeûne hebdomadaire. Si je n'éprouve aucune difficulté au niveau de la volonté ou même des impressions physiques, j'ai depuis 9 mois perdus 8 kg, je ne pèse plus aujourd'hui que 59 kg pour 1m83.
Ma question : est-il concevable que j'effectue un petit déjeuner frugal les jours de jeûne (ou un souper), de manière à contenir la perte de poids? »

L’INSTRUCTEUR :
Normalement, si vous mangez correctement le reste du temps, les deux journées de jeûne par mois de jeûne que nous préconisons ne font pas maigrir, car le corps récupère le poids perdu.
Il faut donc vous attacher à une nourriture plus riche le reste du temps, toutefois, puisque nous ne devons rien faire qui débilite le corps.
Si en raison d’une anomalie qui vous est propre les 4 jours de jeûne vous font perdre du poids d’une manière importante et ceci malgré une nourriture suffisamment consistante le reste du temps, consultez un médecin et si une solution n’est pas trouvez adoucissez le jeune. Contentez-vous du 2° degré qui proscrit toute nourriture solide, mais permet les boissons reconstituantes.


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Sur le jeûne musulman

LE CHERCHEUR :
« Est-ce que le jeûne selon le rite musulman de s’abstenir de toute nourriture, liquide et solide y compris l’eau, de l’aube au crépuscule peut être pratiqué pour les jours de jeûne que vous prescrivez tous les mois ? »

L’INSTRUCTEUR :
Non, il faut ajouter la nuit et jeûner jusqu’au lendemain matin. Notons que le jeune musulman du Ramadan, avec son abstention d’eau, rendue pénible dans les régions chaudes, insiste sur l’aspect ascétique. Le jeûne hindou, lui, a une orientation de purification et c’est pourquoi il est recommandé de boire abondamment. De l’eau ou bien des infusions non sucrées.


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Sur la boisson pendant le jeûne


LE CHERCHEUR :
« Je pratique la journée de jeûne sans boire ni manger jusqu'au coucher de soleil. Pourriez-vous me dire si je peux consommer de l'eau durant la journée? »

L’INSTRUCTEUR:
Non seulement vous pouvez boire, mais cela vous est recommandé.
Ne confondez pas le jeûne hindou et le jeûne musulman.
Le jeûne musulman est un jeûne sec durant lequel on ne boit pas durant la journée. En raison du climat dans lequel est né l’islam, ce jeûne a une forte connotation ascétique.
Le jeûne hindou s’accomplit dans une perspective de purification. C’est pourquoi il est recommandé de boire une plus grande quantité d’eau que d’habitude.
Par contre, si la journée de jeûne musulman s’arrête au coucher du soleil, une journée de jeûne dans la Voie que nous proposons dure vingt-quatre heures. Ou plus exactement il commence avec un lever du soleil et se prolonge la nuit jusqu’au lever de soleil suivant.
Chaque tradition a ces spécificités.
Dans le cadre de notre pratique, vous pouvez réaliser des jeûnes secs. Ce n’est pas « interdit », mais ce n’est pas ce qui est prescrit.

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Sur la nature de l’abstinence sexuelle

LE CHERCHEUR :
« Hors des moments où la sexualité n'est pas proscrite, a-t-on le droit aux caresses, baisers, embrassements ? »

L’INSTRUCTEUR :
Oui bien sûr. Il s’agit de geste d’affection même s’ils sont teintés de sensualité. Il ne s’agit pas d’acte sexuel.
Il faut distinguer les gestes d’affection, les gestes sensuels, les gestes sexuels. Ce qui est proscrit ce sont les gestes sexuels.
Si un geste affectif, ou sensuel fait naitre un désir sexuel, il faudra, lorsqu’il s’agit des périodes de continences le maitriser. Cette maitrise permettra une sublimation de l’énergie psychique accompagnant le désir, si elle est effectuée pour une motivation spirituelle que l’on se rappelle au moment de l’acte de maitrise.


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Sur la diète matinale

LE CHERCHEUR :
« Concernant la "diète matinale" dont il est fait mention dans les Règles, je voudrais savoir quels en sont les motifs (en dehors de tout cadre de "jeûne"), car les préceptes du Vipassanâ recommandent plutôt une diète vespérale, c'est-à-dire que l'on mange au matin, à midi, mais pas le soir. J'ai déjà pratiqué ces
recommandations, et je les trouve bien fondées. Doit-on préférer la diète matinale à la diète vespérale ? Je sais que l'objectif supérieur est le jeûne prolongé, mais ce détail diététique m'intéresse. »

L’INSTRUCTEUR :
La diète matinale est prescrite dans les lois de Manu. Il est donc normal que nous fassions l’écho de cette prescription. Son avantage est de laisser l’estomac libre durant la matinée qui est considérée en Inde comme une période favorable aux pratiques spirituelles.
Par contre, il est vrai qu’une diète du soir favorisera la qualité du sommeil.
De toute manière la diète matinale n’est pas une prescription indispensable, c’est une prescription optionnelle qui n'a rien d'impératif.
Si vous voulez pratiquer Vipassanâ, consultez les personnes qui enseignent Vipassanâ, si vous voulez pratiquer l’Advaïta Vedanta consultez ceux qui enseignent l’Advaïta. Les va-et-vient entre une tradition et une autre n’ont jamais rien donné. Choisissez librement votre Voie et ensuite tenez-vous en à ce qu’elle prescrit.


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Sur la semi-continence et la ménopause

LE CHERCHEUR :
« Le fait de vivre avec une conjointe ménopausée supprime le repaire des règles. Quelle est la meilleure attitude à avoir dans ce cas afin d’être en conformité avec l’injonction de semi-continence. Est-ce que par exemple, se limiter à un rapport par semaine peut être envisagé ? »

L’INSTRUCTEUR :
En ce cas peu importe la période. Il suffit de respecter la continence durant la moitié de chaque mois afin de permettre la sublimation des énergies sexuelles.


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Sur l’usage de la retraite

LE CHERCHEUR :
« Dans les règles de vie, on parle de se retirer du monde lorsque vient l’âge de la retraite, peut-on néanmoins s'occuper de ses petits enfants ? »

L’INSTRUCTEUR :
Le retrait de la vie active au moment de la retraite consiste à cesser toute activité professionnelle si l’on a assez d’argent pour vivre.
Ceci ne concerne pas le fait d’accomplir son rôle de grand-père ou grand-mère. Il ne serait cependant pas en harmonie avec le 3° âge d’assumer à plein temps la garde d’enfants, car il s’agit là d’un travail à plein temps.
À éviter si cela n’est pas indispensable.


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Sur l’impureté liée au meurtre des animaux

LE CHERCHEUR :
« Métiers en relation avec le meurtre des animaux : Je travaille avec une société qui vend des produits de nutrition animale, destinés à des animaux d’élevage pour la consommation humaine. Ceci peut-il être assimilé à un métier en relation avec le meurtre des animaux ? »

L’INSTRUCTEUR :
Non l’impureté est liée au fait de tuer.


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Sur l’attitude vis-à-vis des mauvaises pensées

LE CHERCHEUR :
« Si par exemple une mauvaise pensée survient, comment concilier la règle de devoir chercher l'origine et la nature exacte de celle-ci, avec la règle de chasser les mauvaises pensées ? Où se trouve le juste milieu ? »

L’INSTRUCTEUR :
Voir l’origine, la nature ou la motivation cachée, c’est un regard que l’on porte sur le phénomène et qui ne dure qu’une ou deux secondes.
Ensuite si la pensée persiste on refuse de s’y attarder et on la chasse.


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Sur la trahison du secret initiatique

LE CHERCHEUR :
« Est-ce trahir le secret initiatique de dire vaguement que nous suivons la "religion hindoue" ? »

L’INSTRUCTEUR :
Il n’y a pas trahison, mais inexactitude. On ne peut pas devenir hindoue. L’hindouisme n’accepte pas les conversions. On peut dire que l’on suit l’enseignement, ou la pratique de l’Advaïta Vedanta qui est une école spirituelle de l’Inde.
Le secret initiatique concerne la divulgation des exercices et des enseignements qui sont propres aux différentes étapes de l’initiation.


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Sur les contractions musculaires inutiles

LE CHERCHEUR :
« Dans la règle de vie sur le "Contentement", il est dit qu’il faut éviter les contractions musculaires inutiles au cours de la journée et cultiver la détente des zones corporelles qui ne sont pas concernées par l'activité accomplie.
Je ne suis pas certaine de bien interpréter cette règle de vie, pouvez-vous me donner un exemple?
Je sais ce qu'est une contraction musculaire, mais je ne suis pas certaine de comprendre, parle-t-on de stress inutile ? »

L’INSTRUCTEUR :
Dans cette Règle de Vie, il est fait référence à l’introduction dans la vie quotidienne de la relaxation. Une relaxation au sol de type Hata Yoga.
Donc, ayant appris la relaxation musculaire volontaire au sol, il faut dans le courant de chaque journée détendre les zones corporelles qui demeurent inutilement contractées. Exemple : le maintien d’un froncement des sourcils, d’une contraction
des mâchoires, d’une tension abdominale, etc. De telles tensions constituant des caisses de résonnance pour des émotions parasites.


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Sur le fait de méditer pendant vingt-huit journées consécutives


LE CHERCHEUR :
« Dans l’étape où je suis, il est demandé d’avoir pratiqué pendant au moins 28 journées consécutives avant de recevoir la transmission suivante. Si pour des raisons de manque de temps, d'absence d'espace adéquate pour la pratique de la méditation, en gros que l'on rate sa journée, doit-on recommencer à 0, refaire 28 journées ? »

L’INSTRUCTEUR :
Si l’on manque une journée, le décompte des journées de pratiques est perdu et on recommence à zéro. Le but étant d’être capable d’un minimum de constance.
Par contre on peut méditer dans une voiture, un bus, un train ou un avion.
On peut méditer dans son lit si on est malade. On peut méditer en n’importe quel lieu ou endroit.
Rechercher un endroit propice pour méditer est une bonne chose, mais il ne faut pas dépendre de cela.
Il est même toléré, si on n’a pas médité pendant une journée entière, de faire le double de méditation le jour suivant afin de ne pas perdre le décompte. Mais cette possibilité ne peut aller au-delà d’une journée d’interruption.


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Sur la pratique des rites


LE CHERCHEUR :
« Je dois avouer que je ne réussis pas à réaliser les rites de purification et d’évocation. Je sens profondément ne pas être réceptive, et animée de doutes quant à ma sincérité dans les mots prononcés. Je voulais avoir la franchise de vous en faire part quel que soit les conséquences.
Je sais que mon message mettra probablement un terme à la réception des expéditions de votre enseignement à moins que la possibilité d'un temps de réflexion soit envisageable. »

L’INSTRUCTEUR :
À l’analyse, ce que vous écrivez est le symptôme révélateur de certains aspects de ce que Guénon appellerait « la mentalité moderne ».
Vous dites : « Je sens profondément ne pas être réceptive, et animée de doutes quant à ma sincérité dans les mots prononcés ». Cette déclaration est parfaitement compréhensible et totalement involontaire de votre part.
Ce qui devient incompréhensible du point de vue traditionnel c’est que cette constatation vous amène à envisager l’abandon du Sentier.
Du point de vue traditionnel cette constatation a pour signification : « je ne parviens pas à vivre correctement les rites », ou même : « j’éprouve une certaine répulsion vis-à-vis des rites », il faut donc que je continue ma pratique et mes efforts en espérant qu’un jour ma réaction face aux rites se modifiera et que je pourrais pleinement bénéficier des avantages spirituels qu’ils promettent. Car pour un esprit traditionnel trois choses sont évidentes :
A). La valeur et l’intérêt des rites traditionnels ne sauraient être contestés et on sait que ces rites sont efficaces, que nous en soyons conscients, ou que nous en soyons pas conscients.
B). On sait également que de nombreuses personnes après s’être forcées à pratiquer des rites sans éprouver pour eux de l’intérêt, on par la suite vécu une sorte de « dévoilement » qui leur a révélé la beauté des rites à la suite de quoi ceux-ci ont été pour une source d’enrichissement spirituel inépuisable.
C). Il ne viendrait à personne de régir sa conduite et surtout son attitude face à des prescriptions traditionnelles d’après les petites impressions, préférences et pour tout dire caprice de l’ego.
La perspective traditionnelle a pour objet le dépassement de l’ego et le premier pas vers le dépassement, c’est la soumission. Soumission de l’ego aux exigences d’une discipline, d’un Sentier traditionnel.
Du point de vue de l’efficacité des rites, si l’accomplissement d’une pratique pour laquelle nous n’éprouvons aucun attrait provoque peut-être des effets moins importants que la même pratique chez celui en qui elle résonne, cet accomplissement du point de vue de la Gnose et donc du dépassement égotique est très précieuse.
La soumission de l’ego est importante comme préparation à la découverte de notre Identité véritable de notre Soi, et elle reste importante ensuite puisque le but de l’homme est de devenir le serviteur de notre Soi. Un serviteur obéit, il ne discute pas et ces « états d’âme » sont des accidents dépourvus d’intérêt.
Voici quel est le traditionnel. Serez-vous capable de vous y conformer ? La réponse dépend de vous. Mais il ne s’agit pas d’un détail. Personne ne peut dépasser un ego insoumis.
Nous vous mettons donc en sommeil et cessons de vous expédier des transmissions.
Mais nous restons à votre disposition et espérons de tout coeur que vous nous contacterez un jour pour indiquer la poursuite, ou la reprise, de votre travail avec nous.
Si l’obstacle des rites que nous proposons vous parait insurmontable, nous ne pouvons que vous inciter à poursuivre votre quête spirituelle en cherchant un autre enseignement plus adapté à vos prédispositions. Cependant, sachez que quel que soit le Sentier que vous prendrez, s’il s’agit d’un Sentier authentique, un jour, d’une manière ou d’une autre, la question de la soumission de l’ego se posera à vous.
Puissiez-vous surmonter cela et tout le reste afin que votre lumière, après avoir éclairé l’infinitude de votre intériorité, transfigure la totalité du perçu.


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Sur l’aménagement des horaires de méditation


LE CHERCHEUR :
« Je me permets de venir vers vous pour vous faire part d'une difficulté. Lors de la méditation du matin, Il m'arrive souvent, en dépit de toutes les précautions et subterfuges qu'une maman peut imaginer, que ma méditation soit immanquablement interrompue, un enfant qui se réveille, etc. Est-il possible dans ce cas, de rattraper le soir, car mon époux étant présent, je peux même aisément méditer plus d'une heure, en ajoutant à la médiation du soir, le reste du temps non médité le matin ? »

L’INSTRUCTEUR :
Ces interruptions ne sont pas le fait de votre volonté et il faut les supporter avec patience.
Vous devez aménager la pratique en fonction de votre mode de vie et il est parfaitement possible de réaliser l’une à la suite de l’autre les deux méditations quotidiennes lorsqu’on est dans l’impossibilité de le faire autrement dans de bonnes conditions.


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Sur ceux qui commettent des actes monstrueux


LE CHERCHEUR :
« Quelle attitude doit-on avoir vis-à-vis de ceux qui commettent des actes monstrueux ? »

L’INSTRUCTEUR :
Il ne viendrait à personne l’idée de mépriser, dénigrer ou rejeter un ami parce qu’il s’est brisé une jambe, ou bien parce qu’il est atteint d’un cancer.
Si nous ne comprenons pas qu’il existe des accidents, des infirmités et des maladies de l’âme, l’amour et la compassion seront impossibles.
Parmi ceux que nous rencontrons et parmi ceux qui nous sont proches, il y en a qui sont affligés de certaines malformations congénitales de l’âme, d’autres soufrent, parfois à leur insu d’une infirmité psychique, il y en a dont l’âme subit une déformation conjoncturelle, ou encore un gauchissement irrémédiable et progressif, d’autres encore sont soudainement contaminés par une idée toxique qui empoisonne leur structure intérieure.
Il faut que notre âme soit elle-même déficiente, pour que nous leur tenions grief des maux dont ils souffrent. Les anomalies, les insuffisances et les déformations de l’âme de nos frères humains doivent être regardées pour ce qu’elles sont : une pathologie handicapante dont ils sont les premiers à souffrir, même s’ils s’identifient et s’attachent à leurs infirmités, même s’ils s’en glorifient. Une pathologie qui ne touche pas le fond de leur être, qui ne concerne pas la vérité de leur personne.
C’est seulement si nous portons sur eux ce regard empli d’une lucidité médicale que la compassion et l’amour authentique seront possibles.
Bien qu’il faille commencer par cela, ne nous contentons pas de porter ce regard de clémence sur ceux que nous côtoyons. Poussons jusqu’à ces extrêmes conséquences cette attitude : aimer une personne ayant commis des actes monstrueux ce n’est d’aucune manière approuver ce qu’elle a fait. C’est voir sa monstruosité comme une plaie purulente et dangereuse, c’est cesser d’assimiler sa personne essentielle à cette plaie et, de ce fait, c’est être capable d’appréhender sa pureté originelle sur laquelle c’est momentanément surimposée cette monstruosité que l’écoulement du temps qui poursuit sa route au-delà de la présente vie finira par cautériser.
Sur Durga

LE CHERCHEUR :
« Je suis secrètement très attirée et aime infiniment Durga et ses 7 formes, est-ce que l'Advaïta Vedanta permet de rendre un culte quotidien avec prières et autres à Durga, Kâlî, Kâlâ Ratrî et ses autres formes ? J'aime la Lune également, cela paraît un peu puéril, mais il ne se passe pas un jour où je ne l'observe pas et ne lui parle pas, elle évoque pour moi quelque chose de maternel et de redoutable à la fois. Est-ce compatible avec l'Advaïta Vedanta ?

L’INSTRUCTEUR :
Pour l’Advaïta, toutes les Déesses du panthéon sont des aspects différents de la Mère divine, laquelle symbolise la Shakti, la Puissance de l’Absolu et tous les Dieux sont des aspects du Seigneur. Le Seigneur et sa Puissance étant eux même
distinguables, mais indissociables. Il importe donc de ne pas souscrire à une forme de polythéisme. Il n’y a qu’une Réalité les Dieux et les Déesses sont des étincelles miroitant au sein de cette Réalité unique.
L’enseignement que nous donnons peut se superposer à toutes les formes de cultes ou de dévotions.
Tous les éléments composant de l’univers physique sont des Théophanies, des Manifestations de l’Absolu.
De même qu’un artiste projette sa sensibilité dans son oeuvre, l’Absolu se projette dans les apparences du monde et nous pouvons par la contemplation des différents aspects de la nature remonter jusqu’à leur source divine et l’appréhender intuitivement au travers de la contemplation du ciel, du soleil, de la lune et des quatre éléments des attributs de l’Absolu.
Ce qui compte c’est qu’au travers de Durga ou de la Lune vous appréhendiez la Réalité unique sous-jacente à toutes les formes.


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Sur les phénomènes psychosomatiques durant la méditation


LE CHERCHEUR :
« Mon mental est toujours actif et les pensées sont toujours présentes, mais comme vous me l’avez dit, ceci est normal.
Je commence à prendre goût et trouve du plaisir à me retrouver seul.
Lors des méditations, je ressens une boule dans le coeur. Une boule qui remonte jusqu'à la gorge
Je ne sais pas si cela est dû à la pratique, ou s'il faut consulter un médecin. »

L’INSTRUCTEUR :
Les phénomènes dont vous parlez sont passagers, ils sont provoqués par des déblocages intérieurs et disparaitront d’eux-mêmes.
N’y prêtez pas attention et concentrez-vous sur la pratique de la technique de méditation que vous réalisez.
Mais rien ne vous empêche de consulter le médecin pour vous rassurer, si ces phénomènes correspondent bien à ce que nous vous disons, il conclura qu’ils sont d’origine psychosomatique.


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Sur la déréalisation


LE CHERCHEUR :
« J’ai vécu ce qu’on appelle en psychiatrie la déréalisation. Je percevais tout comme irréel. Est-ce une maladie ou une étape initiatique ? »

L’INSTRUCTEUR :
Il faut distinguer les différents vécus psychiatriques des vécus gnostiques, même lorsqu’ils portent sur le même contenu.
Certains ont d’ailleurs avancé le fait qu’il existe des troubles psychiatriques qui sont dus à des tentatives d’Éveil réalisées en autodidacte chez des personnes non préparées et qui avortent en provoquant des déséquilibres.
Les troubles psychiatriques se manifestent dans le cadre général d’un déséquilibre comportemental qui nécessite des soins ; et c’est pourquoi lorsque l’on soufre de tels troubles, il faut suivre les conseils des médecins et des psychiatres.
Les vécus gnostiques doivent se faire dans le cadre général d’un équilibre comportemental, d’une maitrise de soi et d’une sérénité globale qui situe la personne en-dehors de toute nécessite de soins psychiatriques.
Ainsi, une personne qui perçoit le monde comme étant irréel et qui se situe dans le contexte d’un déséquilibre psychiatrique ne doit pas être confondue avec un gnostique qui perçoit le monde comme étant irréel.
Le vécu a une grande similitude, mais le contexte psychologique est radicalement différent.
D’autre part, le vécu psychiatrique ne correspond que partiellement au vécu gnostique et un ensemble d’autres aspects lui fait défaut.
Ce n’est pas pour rien que le travail gnostique ne peut être abordé que par des personnes psychologiquement équilibrées.
Les conclusions sont les suivantes :
Premièrement : il ne faut pas assimiler les vécus gnostiques à des vécus psychiatriques.
Deuxièmement : il ne faut pas minimiser la gravité des vécus psychiatriques et les soins qu’ils nécessitent même lorsque certains aspects de leurs contenus sont identiques à l’expression de vécus gnostiques.
Troisièmement : il ne faut pas s’aventurer sur les chemins de la gnose en autodidacte, car les risques de déséquilibres psychologiques existent pour ceux qui ne suivent pas une discipline traditionnelle.


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Sur le fait de rencontrer Amma


LE CHERCHEUR :
« Je dois prochainement participer à une rencontre avec Amma.
Y aurait-il un travail particulier à faire ou des conseils à suivre dans le cadre de mon initiation? »

L’INSTRUCTEUR :
Pour rencontrer Amma avec fruit, il suffit de se mettre en état de réceptivité.
Ce peut être pour vous une occasion de recevoir une influence spirituelle très positive.
Par ailleurs, soyez conscient du fait qu’il existe autour d’Amma un prosélytisme qui peut vous inciter à changer de Sentier. Ce que vous êtes parfaitement libre de faire.
Mais il importe de distinguer ce qui relève de l’influence spirituelle universelle et ce qui relève de l’influence humaine partisane qui est le contraire de l’universel.


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Sur les manifestations formelles de Dieu


LE CHERCHEUR :
« Le fait que Dieu soit à la fois sans forme et avec forme implique-t-il que Dieu pourrait se manifester sous forme humaine ou autre et empêcher un enfant de cinq ans de subir des viols à répétitions ?
L’objectif de ma question est d’ôter un doute, une incompréhension, et non de remettre en cause l’aspect formel de Dieu. »

L’INSTRUCTEUR :
La possibilité de Dieu de se manifester sous un aspect formel ne se limite pas au monde physique. Il y a des manifestations formelles de Dieu dans le monde psychique et dans le monde spirituel. Les plus fréquentes se situant dans le monde spirituel, où elles répondent au désir de connaitre Dieu pour des créatures qui le conçoivent ainsi. Dieu se manifeste alors d’une manière qui est conforme à la foi de ces créatures.
En ce qui concerne les manifestations formelles de Dieu dans le monde physique, elles sont rares, mais dans l’absolu tout est possible pour la toute Puissance divine. Cependant les témoignages montrent que les manifestations formelles de Dieu en notre monde se réalisent généralement dans le but de délivrer aux hommes un message libérateur, ou bien d’exercer sa pédagogie spirituelle.
Par ailleurs les viols à répétitions que vous évoquez se situent dans l’expression de la loi du karma et ils obéissent déjà à la volonté indirecte de Dieu. Puisque rien n’échappe à sa volonté et que les épreuves subies font partie du chemin individuel. Ce qui n’excuse nullement le violeur qui lui-même engendre un karma semblable.
Le fait de dire que de telles épreuves font partie d’un chemin d’évolution général peut sembler assez dur, mais c’est moins dur que de s’imaginer que ces épreuves sont le fruit d’un hasard ou d’une malchance arbitraire comme le pensent les athées.


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Sur le rapport entre justice et karma

LE CHERCHEUR :
« Est-il juste de subir les conséquences des actions d’une vie malsaine dont on ne se souvient pas, dans une vie où l’on mène une existence paisible ?
C’est comme si l’on punissait un adolescent de quinze ans à quarante ans pour un acte commis vingt-cinq ans plus tôt, alors que la personne peut être totalement différente de ce qu’elle était.
Ma question ne porte pas sur le karma en tant que tel, mais sur le qualificatif de justice qui lui est associé. »

L’INSTRUCTEUR :
Il ne s’agit pas de l’expression d’une justice au sens anthropomorphique. La loi du karma fait partie des lois cosmiques de cause à effet : tout acte accompli engendre une répercussion qui attire une expérience de même nature en cette vie ou bien dans une vie à venir. C’est donc un Principe cosmique et impersonnel de justice, mais ce n’est pas l’expression d’une justice s’accompagnant d’un jugement personnel, d’une délibération et d’affects.
D’autre part, la loi du karma est un facteur d’évolution pour l’esprit transmigrant qui se souvient parfaitement de ce qui a été accompli dans les vies précédentes et qui doit comprendre que tout ce qu’il fait aux autres, il finit par le subir lui-même. Les autres et nous-mêmes faisant partie de la même globalité cosmique en interdépendance constante.
Les changements survenus entre temps peuvent cependant annuler un karma négatif. C’est le sens du repentir et de l’expiation. Ainsi, imaginons qu’un karma négatif que nous évaluerons à une puissance 10 doit s’exprimer et demeure en attente d’une occasion d’expression. Si au moment de s’exprimer, il rencontre un karma positif de même nature et d’une puissance 6 qui s’est accumulé, il y aura annulation partielle et seul un karma négatif de puissance 4 pourra se concrétiser, puisque deux karmas contraires ne peuvent s’actualiser dans une même circonstance.


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Sur l’Éveil transcendant


LE CHERCHEUR :
« Le vécu de l’éveil transcendant donne des notions d’infini, et d’absence de limite, notamment vis-à-vis de la présence du corps situé dans un point du temps et de l’espace.
L’éveil transcendant est-il un exercice du mental ou est-il déjà la présence de l’immanence ? »

L’INSTRUCTEUR :
Ce qui est au début une démarche mentale devient peu à peu, par un phénomène de dévoilement, la prise de conscience de l’immanence du Soi, qui est de même nature que Dieu, ou l’Absolu. L’immanence divine est notre Soi, notre identité véritable au-delà du corps, du mental et de l’intellect, car seul Dieu ou le Soi existe et possède le fait d’Etre. Le « je » individuel est une fausse identité fabriquée par le mental et destinée à se dissiper.


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Sur l’écologie


LE CHERCHEUR :
« Quelle est la place de l’écologie dans votre système de valeurs ? »

L’INSTRUCTEUR :
La nécessité écologique est une évidence pour toute personne qui possède un cerveau.
Nous sommes donc pour l’écologie.
Dans la perspective spirituelle qui est la nôtre à la nécessité logique s’ajoute le désir de préserver la nature créée par Dieu et dans laquelle s’exprime le sacré.
Ceci dit, nous mettons en garde contre une forme de militantisme écologique extrême dans lequel la personne s’inflige tout un ensemble d’interdictions dont l’exagération rend la vie quotidienne compliquée et condamne la personne à vivre d’une manière marginale.
Cette forme d’écologisme est erronée pour trois raisons :
1°) Il contredit la Règle de Vie de la recherche de la tempérance qui s’oppose à tout positionnement extrême et déraisonnable.
2°) La réalisation des nécessités écologiques planétaires ne dépend pas d’un petit groupe de puristes, mais de décisions gouvernementales, ce qui les place dans une perspective politique.
3°) Il y a dans l’écologisme un évident substitut de la religion. Substitut alimentant la structure égotique de la manière suivante :
Comme dans la religion on suit un ensemble de prescriptions et on s’inflige certaines privations, cela permet à la personne de se considérer comme faisant partie des « purs » vivants au sein de la société impure.
Il est évident que cette récupération égotique peut également se produire vis-à-vis des Règles de Vie que nous transmettons. C’est un risque dont nous sommes parfaitement conscients. Mais ce risque est accepté, car, il y a dans les Règles de Vie l’installation d’un « terrain existentiel » qui favorise le surgissement et l’installation de la Gnose. Or ceci n’est pas le cas de l’écologisme.
Notons également que la récupération égotique des Règles de Vie ne constitue dans notre Sentier qu’un danger temporaire. Ensuite, dans les étapes plus avancées de l’initiation, les fondements mêmes de la structure égotique seront déracinés ce qui empêche ce genre de récupération, fréquente au sein des perspectives exclusivement exotériques.


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Sur les psychotropes et le chamanisme


LE CHERCHEUR :
« En ce qui concerne la proscription de la parapsychologie dans les Règles de vie : les pratiques de guérison chamaniques, utilisant les plantes, les chants et parfois certains psychotropes, qui constituent une médecine traditionnelle incontestable, notamment dans les traditions amérindiennes, aussi bien précolombiennes qu'actuelles, sont-elles considérées comme étant de la parapsychologie?
Et, en relation avec ce sujet, je voulais vous dire qu'il faudrait relativiser la proscription des psychotropes que vous envisagez dans les Règles, car si les modernes en consomment de manière catastrophique et indisciplinée, causant par-là les troubles spirituels et psychologiques les plus divers, il existe encore des traditions qui connaissent l'usage adéquat et discipliné des psychotropes naturels (ayahuasca, peyotl, datura, psilocybes, iboga, et bien d'autres à travers la planète). Il est vrai que certaines traditions proscrivent clairement l'usage de telles plantes ou substances, mais n'est-ce pas là justement un exemple de ce qui, dans les Écritures, ne s'adresse qu'à un certain peuple, ou à la majorité des individus d'un certain peuple ? Car il est
clair que ce point ne constitue pas une donnée traditionnelle universelle, tous les symbolismes de "boisson sacrée", que ce soit dans les anciennes pratiques rituelles chinoises, perses, éleusiennes (mystères d'Eleusis), mayas, incas, celtes, et même peut-être hindous (car il n'est pas exclu que Soma, envisagé dans son aspect le plus pratique, ait désigné une boisson à base de divers champignons psychotropes), en constituant la preuve. Il y a actuellement une exposition d'anciens bronzes rituels chinois au Musée Guimet qui permet également de le constater : car les récipients sacrificiels relatifs à la boisson sacrée sont ornés de représentations fongiformes. Le Musée a bien sûr étiqueté "destiné à une boisson fermentée", mais c'est là un exemple de l'ignorance ou de la duplicité des orientalistes profanes, on voit clairement des champignons, sans erreur possible, et le fait qu'ils aient un sens symbolique, tout comme sur certaines représentations chrétiennes primitives, n'empêchent pas l'existence d'une correspondance réelle dans les pratiques rituelles.
Je m'arrête ici sur ce sujet passionnant, en précisant que mon objet n'est pas de conseiller aux pratiquants la consommation de telles substances, surtout pas hors de tout cadre traditionnel, mais de souligner le fait qu'il devrait être fait mention des cadres traditionnels qui utilisent encore ces procédés de guérison et de médiation avec les esprits à travers les psychotropes, et qu'ils envisagent cette pratique entièrement dans un contexte spirituel et communautaire, et non pas récréatif comme le font les Occidentaux. »

L’INSTRUCTEUR :
Les pratiques de guérison chamaniques sont une chose, une Voie de réalisation ésotérique comme celle que nous proposons en est une autre. Ce qui se passe dans le cadre de l’une ne saurait justifier ce qui est préconisé dans une autre.
Vous voudriez que l’on relativise la proscription des psychotropes, car vous pensez que cette proscription ne constitue pas une donnée traditionnelle universelle. Mais votre représentation ne correspond pas à la nôtre. Car s’il est vrai que des voies relevant de ce que l’on peut appeler les « religiosités psychiques » et dont le chamanisme fait partie, ont utilisé des psychotropes, aucune des six grandes religions de l’humanité ne le fait, et nombre d’entre elles les condamnent formellement. Les religiosités psychiques qui se contentent d’établir une relation entre le monde physique et le monde spirituel et n’ont pas pour objectif d’atteindre le monde spirituel, ne font pas partie de l’universalisme auquel nous nous référons.
La prohibition des psychotropes qui est valable pour le niveau exotérique des grandes traditions est encore plus importante pour le niveau ésotérique et la recherche de la lucidité constante qui le caractérise.
Quant à votre référence aux symbolismes de "boisson sacrée", elle n’est pas sérieuse. Un symbolisme est un symbolisme, il demeure dans le cadre de l’allégorie. Par exemple le vin mystique des soufis, symbolise l’enivrement qu’engendre la Connaissance de Dieu, mais il ne constitue d’aucune manière une incitation, ou une justification pour la consommation de vin.
Que le Soma ait été autrefois une boisson rituelle à base de divers champignons psychotropes, c’est possible. Il y a encore en Inde des personnes qui consomment
rituellement des boissons psychotropes. Tout existe en Inde. Mais ce qui est certain, c’est que les textes relatifs à la Gnose que nous cherchons font une référence au symbolisme du Soma et non à la consommation de quoi que ce soit de psychotrope ou d’hallucinogène.
En conclusion les psychotropes sont formellement proscrits sur la Voie qui est la nôtre.
Nous touchons là l'importance de ne pas mélanger les pratiques relevant de différents Sentiers surtout lorsque ces Voies ne se situent pas au même niveau et n’ont pas la même finalité. Vous devez comprendre que le chamanisme et l’ensemble des religiosités psychique sont traditionnels au sens général de ce terme, mais elles n’appartiennent pas à la perspective spirituelle des grandes traditions dans laquelle nous nous plaçons.


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Sur la religion et l’Advaïta Vedanta


LE CHERCHEUR :
« Est-il possible d'épouser l'Advaita Vedanta religieusement, si oui comment ? Je suis de nature religieuse et cela m'aidera beaucoup sur le Sentier. »

L’INSTRUCTEUR :
L’hindouisme n’est pas une religion missionnaire. On nait hindou, comme on nait breton ou kabyle, mais on ne peut le devenir.
Par contre les Vérités véhiculées par l’hindouisme sont disponibles pour tous les hommes.
Seuls certains mouvements néo hindouistes, peu recommandables se proposent de convertir les gens.
Vous devez accepter votre propre héritage culturel et y introduire la pratique que nous vous transmettons.
Ne soyez pas trop perfectionniste.
Les étapes initiatiques existent pour être franchies.
Dès que vous remplissez les conditions minimales qui sont indiquées, demandez l’étape suivante.
Le plus important n’est pas la disparition des imperfections, mais de cesser de vous identifier à cette personne imparfaite que vous percevez.
Peu à peu tout se dévoilera et votre Réalité intérieure resplendira.


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Sur le syncrétisme


LE CHERCHEUR :
« Depuis le début de l'année j'expérimente des phénomènes - que je pense être de nature énergétique - assez inconfortables: lorsque l'attention se plonge dans le vide intérieur, j'ai parfois l'impression d'être submergé par une énergie trop forte pour moi : le corps se met à trembler, le coeur bas fort et vite, avec des sensations de chaleur - curieusement aussi froide - qui semblent venir du centre cardiaque - cela est plutôt gênant et effrayant sur le moment - même si dans ces moments je vis cette énergie comme celle de l'Amour.
Il y a maintenant quelques années la pratique du yoga s'impose de plus en plus à moi et je papillonne dans différentes écoles, chez différents enseignants, porté par l'intuition que ces approches sont complémentaires :
Ayant vécu plusieurs années proches d'un yogi tantrique assez sérieux, j'ai aussi reçu l’enseignement des pratiques Nath de Christian Tikhomiroff.
En parallèle des réceptions sur les étapes initiatiques de l’Advaïta Vedanta que vous transmettez, je suis devenu « apprenti » auprès d'un chamane, qui est un adorateur de Marie. Il m’a fait partager son expérience de la médecine péruvienne et de la tradition Toltèque. J’ai ainsi découvert dans le contact avec la Nature une spiritualité simple et belle, ainsi que l'existence des énergies de guérison. La découverte de l'enseignement de Luis Ansa m'a par ailleurs appris le mariage épicé possible entre les traditions d'Amérique du Sud et les écoles de connaissance européennes, notamment le soufisme des Naqshbandi qui me touche beaucoup. Durant toutes ces années, je rencontrais également régulièrement Éric Baret avec qui j'explorais l'approche du shivaïsme cachemirien.
Ces années ont été belles et riches. En dehors de périodes de retraites collectives, je pratiquais de plus en plus seul. Puis, j’ai enseigné le hatha yoga à des petits groupes.
Les différents instructeurs avec qui j’étais en contact n'étaient pas forcement au courant de tous ces papillonnages - c'est la première fois que je le confie - car jusqu'à présent les apparentes contradictions s'intégraient naturellement et les frottements qu'induisaient la remise en question et l'analyse de ce que je recevais semblaient enrichir et assouplir ma démarche plutôt que l'entraver.
Cependant je ressens depuis plusieurs mois l'appel pressant de m'engager plus sérieusement au sein d'une Voie : sous prétexte d'ouverture, l'assouplissement devient parfois laxisme ! Je ressens la nécessité de plus de discrimination, plus de vigilance et de rigueur. Sans que je parvienne encore à voir clairement là où je serais appelé.
Malheureusement j'ai également fait l'erreur de délaisser la pratique au fur et à mesure que mon trouble s'accentuait, pensant qu'en réduisant les pratiques énergétiques et les méditations cela se calmerait, en fait cela semble plutôt produire le contraire.
La rencontre avec vous m'a rappelé qu'en papillonnant ainsi je risquais de ne prendre que ce qui m'intéressait dans chaque voie en passant à côté de noeuds essentiels - la soumission totale est ardue. L'image du papillon gyrovague qui danse autour d'une flamme semblait charmante dans mon imaginaire romantique, mais lorsque par moment les images s'effacent, la Réalité est un peu plus brûlante…
Ayant négligé les règles de vie et fait preuve d'arrogance dans toutes ces affaires, je me sens indigne de poursuivre la transmission au sein de la maïeutique pour le moment. Il me semble qu'une révision des fondamentaux de la vigilance m'est nécessaire. Je me sens indigne de ce que je reçois, cette Lumière m'effraie et me fascine à la fois. Parfois terrifié et troublé, parfois exalté et confiant, mais au fond du fond la joie d'apprendre est plus forte. Je souhaite réintégrer le cadre de l’application des règles de vie au plus vite et retrouver un équilibre.
Je serais désireux de connaitre votre interprétation des phénomènes "énergétiques" dont j’ai parlé.
J’ai également une dernière poignée de question :
Pensez-vous que le Vedanta s'oppose au Tantra, et sinon comment envisager des manières de vivre parfois contradictoires ? Le concept de pureté me trouble de plus en plus.
Peut-on progresser dans le vécu de la gnose tout en adorant la Mère divine ?
Est-ce que dans un moment vécu de suprême gnose la mystique disparait ? »

L’INSTRUCTEUR :
À la pratique exotérique d’une religion se superpose sans problème la pratique d’un ésotérisme parce que les niveaux ne sont pas les mêmes. Par contre mélanger plusieurs démarches ésotériques comme vous le faites est toujours déconseillé.
Tous les Sentiers authentiques mènent au même sommet, mais il n’est pas dit que l’on puisse marcher sur plusieurs Sentiers à la fois. Un Sentier est une recette de réalisation, mélanger plusieurs recettes risque d’aboutir à des interférences qui se situent en dehors des Voies. Il y a donc urgente nécessité à s’en tenir à une seule pratique. Quant à savoir ce que vous devez choisir, c’est une décision grave que vous devez prendre en dehors de toute influence. Il s’agit de déterminer ce qui correspond à la structure et aux aspirations profondes de l’homme.
Il importe de ne pas confondre la compréhension universaliste de la convergence des Voies avec les mélanges de types syncrétiques que vous décrivez. Le mélange de plusieurs recettes de réalisation, de même que le mélange hasardeux de plusieurs recettes de cuisine risque fort d’aboutir à « une soupe de chien ». Il faut mener une Voie particulière jusqu’à son terme. Ensuite, ayant la connaissance vécue de la totalité du trajet requis, si c’est le destin de l’individu, il pourra proposer une nouvelle pratique dans laquelle s’intégrèrent harmonieusement des éléments venant d’autres Sentiers. Sa démarche sera cohérente, car il aura la perspective de l’ensemble du processus nécessaire. Par contre tout mélange réalisé par une personne qui est en marche est un tâtonnement d’aveugle. Comme vous l’avez bien compris, l’ego d’un tel chercheur risque de ne prendre que ce qui l’intéresse dans chaque Voie en passant à côté de noeuds essentiels.
L’intellect et le Coeur ayant choisi une Voie, la soumission aux prescriptions de cette Voie est indispensable. Cette soumission participe à l’indispensable dissolution égotique et à l’obtention pour l’homme du statut de serviteur authentique.
Quant à l’imperfection humaine, elle est dans l’ordre de choses et elle constitue une preuve supplémentaire du fait que nous ne sommes pas ce petit homme qui a droit à l’indulgence que contient notre regard. En notre patience infinie, nous savons que le perfectionnement et la maitrise des créatures sont longs. Il en sera toujours ainsi et la douceur de notre pardon lui est acquise. Notre Soi qui est le Seigneur de l’homme ne guide pas que les parfaits, il guide les pécheurs qui reviennent sans cesse reviennent vers Nous après chaque manquement.
En ce qui concerne les phénomènes que vous décrivez. Sur le Sentier que nous transmettons et sans préjuger de ce qui peut se passer en cas de mélange de plusieurs Sentier, de tels phénomènes sont temporaires. Leur manifestation indique des déblocages énergétiques. Ensuite, lorsque l’Énergie circule correctement, elle ne rencontre plus d’obstacles ou de rétrécissements intérieurs et les phénomènes disparaissent.
Par ailleurs toute identification à ce type de phénomènes les renforce, alors que leur observation désidentifiée tend à les atténuer. Or, sur notre Sentier, la désidentification est fondamentale.
Quant aux relations entre le Tantra et l’Advaïta Vedanta, il existe une perspective tantrique qui est incompatible avec l’Advaïta. Perspective sur laquelle se plaisent à insister les sectaires du Tantra. Mais il existe également un Tantra qui s’harmonise parfaitement avec l’Advaïta. Cette harmonisation proposée par Ramana correspond à un aspect de ce que nous transmettons. Entrer dans le détail sur de tels sujets nécessiterait un ample développement qui n’a pas sa place ici.
La pureté n’existe pas au niveau humain. Seul le Soi est pur. Il est simplement demandé à l’homme de ne pas cultiver les impuretés les plus grossières.
L’adoration de la Mère divine qui relève de l’exotérisme et qui comme toute adoration se situe au niveau humain est parfaitement compatible avec la Gnose. Par la Gnose nous savons que nous sommes Shiva qui est pure Conscience et nous savons également que Shiva est indissociable de la Shakti, de la Mère divine, qui engendre la dance des phénomènes que perçoit la Conscience immuable de Shiva. Nous ne sommes pas Shiva seul, nous sommes Shiva-Shakti. La dévotion du gnostique est une dévotion qui s’adresse à l’indissociabilité de Shiva son Père divin et de la Shakti sa Mère divine. La dévotion de l’ignorant s’adresse à l’Absolu qu’il conçoit comme séparé de lui. La dévotion du gnostique s’adresse à Nous, qui sommes son Père et sa Mère divine.
Si dans l’instant, le vécu de la Gnose est exclusif, la dévotion disparait puis le « je » illusoire susceptible de dévotion s’est effacé. Mais il n’a jamais été dit que ce vécu devait être constamment exclusif. Si tel était le cas, toute vie mondaine serait impossible. Ladite « vie mondaine » étant une vie dans le rêve illusoire des apparences. À côté des moments de Gnose exclusive, il y a donc tout un ensemble de moments où les actions, les pensées et les sentiments de l’homme sont perçus à partir de l’enracinement gnostique de notre sentiment d’existence dans le Soi. C’est dans le
cadre de cette appréhension du moment « à partir du Soi » que se manifeste la dévotion. C’est Nous que l’homme aime et prie et c’est notre radiance non agissante qui le guide.


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Sur la conscience du souffle


LE CHERCHEUR :
« J'aurais souhaité savoir en quoi la pratique sur la conscience du souffle et du corps n'est pas suffisante en soi ? Car en ce qui me concerne c'est ma pratique principale ».

L’INSTRUCTEUR :
En étudiant l’ensemble des documents vidéo et écrits qui sont disponibles sur le site, je ne doute pas que vous puissiez vous-même répondre à votre question et vous rendre compte que la conscience du souffle est un a b c dont aucun esprit averti ne saurait se satisfaire.


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Sur le bouddhisme


LE CHERCHEUR :
« J'aurais une question par rapport à la finalité de la transmission. En effet j'ai du mal à comprendre si l'Éveil dont il est question consiste à s'identifier au Soi. Je m'explique, je me suis intéressé au bouddhisme pendant quelque temps, et la notion de « non-soi » m'est assez chère (si l'on peut dire), du coup j'aurais aimé comprendre si dans votre enseignement, le but final est le détachement à toute identification, ou si elle se déplace au niveau du Soi, ce qui, pour moi, reviendrait à guérir d'une "maladie" pour en contracter une autre ».

L’INSTRUCTEUR :
Chaque école a sa structure et sa pédagogie.
Ne peuvent saisir la convergence universelle des voies que ceux qui sont capables de dépasser les apparences de contradiction et les querelles des sectaires de tout genre.
Pour nous il y a deux soi. Le soi personnel et le Soi transcendant.
Nous sommes d’accord avec les bouddhistes pour considérer que le soi personnel est illusoire.
Quant au Soi transcendant, il correspond à la nature de Bouddha qui est en chacun de nous et qui constitue un point fondamental de l’enseignement d’un ensemble d’écoles bouddhistes.
Quant à l’utilisation de la doctrine du « non-soi » pour l’appliquer au Soi transcendant de l’hindouisme, il s’agit d’une manoeuvre sectaire qui ne mérite aucune estime. Elle est d’ailleurs infidèle au bouddhisme lui-même puisque Bouddha connaissait parfaitement le double usage du mot soi « âtmâ » et s’il enseigne d’une manière pertinente l’inexistence du soi personnel, il invite par ailleurs à « prendre refuge » dans le Soi transcendant. Si vous doutez de ce point je vous invite à lire les deux ouvrages de Ananda K. Coomaraswamy « Hindouisme et bouddhisme » et « La pensée de Gotama le Bouddha ». Le second citant les textes dans lesquels Bouddha se réfère au Soi transcendant.
L’Advaïta propose de se désidentifier du soi personnel pour s’identifier au Soi transcendant. Dans ce processus de désidentification, les arguments bouddhistes sur l’inexistence du soi personnel sont les bienvenus.
Si votre tournure d’esprit est sectaire et si en conséquence vous pensez que cela constitue une forme de « maladie », je pense que le virus est dans votre camp. Car aucun élément égotique et aucune identification personnelle ne peuvent se transposer au niveau du Soi transcendant.
D’autre part, personne de vit sans posséder un « sentiment d’existence », même si ce sentiment d’existence, ce soi, se décore du concept de l’inexistence du moi personnel. Ainsi dans votre cas, il y a un soi, un « je » qui s’intéresse au bouddhisme, qui adhère à la notion du « non-soi », qui recherche le détachement de toute identification.
Personne ne peut abolir ce sentiment d’existence. C’est en s’appuyant sur lui que se formulent les doctrines du « non-soi ». Quelle est donc la nature de cet ego qu’il faut abolir ?
Ce que se proposent d’abolir à la fois l’Advaïta et le Bouddhisme, c’est le soi s’identifiant au corps, au mental ou à l’intellect. Il faut supprimer toute identification et tout attachement à ce qui relève du composé humain. L’Advaïta dit que cette identification erronée procède d’une confusion entre le vrai Soi qui est pure Conscience vide de contenus, et ce qui n’est qu’objet de perception. En effet pour notre pure Conscience, le corps, le mental et l’intellect ne sont que des objets de perception qui nous sont étrangers. Précisons qu’il importe de ne pas confondre la pure Conscience dont nous parlons avec la « conscience mentale » du bouddhisme qui est une Conscience avec contenus et qui entre dans les objets de perception.
Le but est donc d’abolir toute identification et attachement à ce qui relève du composé humain. Cette abolition aboutit à un transfert du sentiment d’existence qui cessant de se rapporter à l’homme se situe dans l’impersonnalité et l’universalité transcendante du grand Soi. Ce grand Soi correspond par ailleurs à la présence immanente de Dieu dans tous les êtres enseignée par les religions théistes.
Il y a donc deux positionnements possibles en ce qui concerne le bouddhisme. Un bouddhisme sectaire qui s’imagine être le seul à posséder la vérité et qui nie l’existence de Dieu et du Soi transcendant ; et un bouddhisme qui s’intègre dans l’universalisme traditionnel en considérant que le Nirvana correspond au Dieu de la théologie négative qui est un ineffable au sujet duquel tous les concepts sont faux et qui correspond à Nirguna Brahman, l’Absolu au-delà de toute qualité définissable ; un bouddhisme qui comprend que la nature de Bouddha d’un être n’est autre que l’immanence divine et que le Soi transcendant de l’Advaïta.
Si vous appartenez à cette seconde catégorie, les portes de notre enseignement vous sont ouvertes et vous trouverez en pièce jointe une circulaire explicative.
Si vous appartenez à la première catégorie, nos chemins divergent et je n’ai plus rien à vous dire.


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Sur le développement personnel


LE CHERCHEUR :
« Vous émettez des réserves sur les méthodes de développement personnel. Je ne comprends pas cette attitude. Tout développement de nos potentialités de participe-t-il pas à l’évolution de l’esprit qui s’est incarné ? »

L’INSTRUCTEUR :
Il faut que vous distinguiez clairement les pseudo-spiritualités qui enrichissent l’ego, le purifie, le soigne, le fait « évoluer », etc. Des vraies spiritualités qui ont pour objet son dépassement.
Nous proposons le dépassement, mais ce n’est peut-être pas votre Voie.
L’enrichissement est séduisant, le dépassement est aride.
Cependant pour celui qui a dépassé l’ego, l’enrichissement spirituel consiste à décorer les murs de la prison.


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Sur l’incompatibilité avec la psychothérapie


LE CHERCHEUR :
« J’ai lu plusieurs fois vos explications à ce sujet, et cependant je ne comprends pas pourquoi vous écartez la psychothérapie. »

L’INSTRUCTEUR :
Nous n’écartons pas la psychothérapie comme vous dites puisqu’au contraire nous considérons qu’en cas de troubles psychologiques, la réalisation d’une psychothérapie brève constitue un préliminaire à la réception de l’initiation.
Notre positionnement est clair. À toute personne qui suit une psychothérapie nous déclarons :
Nous vous déconseillons formellement de poursuivre un travail de psychothérapie tout en travaillant les techniques initiatiques que nous transmettons. Les convergences sont apparentes et sur le fond il en résultera des interférences qui déformeront votre approche du spirituel.
Peu importe, de savoir si les explications que nous avons données à ce sujet ne sont pas suffisamment claires, ou bien si des résistances internes vous ont empêché de les comprendre. Notre conseil est simple. Il ne repose pas sur une théorie, mais sur des constatations.
Soit vous suivez notre conseil, soit vous cessez de nous importuner.


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Sur la pensée créatrice et le New âge


LE CHERCHEUR :
« Il me semble que vous avez en commun avec le New age la croyance en la puissance créatrice de la pensée. »

L’INSTRUCTEUR :
L’affirmation de la puissance créatrice de la pensée est très antérieure à l’existence du courant de pensée du New age. Les emprunts viennent de son côté.
D’autre part la puissance créatrice de la pensée est plus qu’une simple croyance. Quiconque pratique les techniques qui découlent de cette affirmation peut vérifier expérimentalement sa validité.
Ceci étant dit :
Il faut comprendre que la vie humaine est un rêve que le pouvoir de notre pensée créatrice façonne.
Mais parmi ceux qui ont compris cela, il y a deux attitudes radicalement différentes :
L’attitude traditionnelle qui conclut : puisque tout est dépourvu de réalité profonde, ne nous attachons à rien.
L’attitude du New age, du mentalisme, des pratiquants modernes des techniques de « pensées créatrices » qui conclut : puisque c’est moi qui façonne le rêve travaillons à réaliser tous mes désirs.
Inutile de souligner la divergence radicale de ces deux attitudes. La première est une étape sur le chemin de la Sagesse transcendante, la seconde renforce les liens de l’homme avec le monde de l’ignorance.



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Sur la Chimaya Mission

LE CHERCHEUR :
« Je suis en train d'étudier des textes sacrés par correspondance auprès de Chinmaya France, est-ce que leur enseignement est compatible et valide ? S’Il ne l'est pas, je suis prête à y renoncer pour être en règle. »

L’INSTRUCTEUR :
Les enseignements de la Chimaya Mission que je connais d’après un ensemble de livres font partie des enseignements intéressants et sérieux sur l’hindouisme qui sont diffusés en occident.
Comme d’habitude vous trouverez des différences en ce qui concerne la pratique, chaque école ayant la sienne.



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Sur Nisargadatta

LE CHERCHEUR :
« Les enseignements du Maître indien Nisargadatta Maharaj ont été pour moi une “révélation” à l’époque de la découverte de ses entretiens retranscrits dans différents ouvrages.
Or, vous avez établi une liste de “personnalités spirituelles” dont vous jugez l’enseignement - ou tout du moins les propos - parfois inadéquat ou incomplet. Nisargadatta Maharaj, entre autres, en fait partie. Pourriez-vous me préciser les raisons qui vous incitent à le classer dans cette catégorie ? Est-ce dû au fait qu’il n’ait pas insisté, entre autres, sur le caractère indispensable de l’Initiation ou encore sur la nécessité d’une sâdhanâ intense et systématique ? »

L’INSTRUCTEUR :
La qualité, l’authenticité et le niveau du vécu de Sri Nisargadatta ne sont pas en cause.
Le caractère percutant de ces dialogues susceptibles de provoquer des dévoilements intérieurs non plus.
La problématique qui accompagne l’incontestable qualité de ces enseignements est double :
Premièrement sur le plan doctrinal, des erreurs ont été dites. On peut considérer que ces erreurs ne sont pas importantes, car elles touchent des compréhensions intellectuelles qui n’ont rien à voir avec la Réalisation du Soi qui se caractérise par les contenus de l’intellect. Mais elles existent à leur niveau et introduisent des confusions. C’est pourquoi dans notre guide bibliographique nous invitons à commencer par étudier les sources authentiques de l’Advaïta. Celui qui le fait corrigera de lui-même les erreurs doctrinales qui sont dues au manque de culture de Sri Nisargadatta.
Deuxièmement, sur le plan pédagogique cet enseignement se place dans les innombrables erreurs modernes entretenant l’illusion de pouvoir se réaliser rapidement et sans avoir recours à une sâdhanâ traditionnelle. Ce qui peut être valable pour des personnes d’exception, mais qui est tout simplement faux pour la grande majorité des gens.
Ceci dit, je crains que vous soyez obligé de me croire, ou de ne pas me croire sur parole, car la démonstration de tout ceci nécessiterait que je vous cite l’ensemble des passages que j’ai sélectionnés à ce sujet. Chose que je ne saurais présentement envisager.


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Sur l’orgueil

LE CHERCHEUR :
« Dans la volonté de suivre les Règles de Vie, n’y a-t-il pas une volonté orgueilleuse d’être trop parfait ? »

L’INSTRUCTEUR :
L’homme doit s’efforcer de suivre les Règles de Vie. Point final.
Une réaction d’orgueil peut surgir lorsque l’application de ces Règles parait plus ou moins correcte.
S’il y a orgueil, il faut observer l’orgueil avec une sorte de regard ironique. Ainsi nous ne sommes pas dupes et l’orgueil n’est qu’un petit phénomène à mettre à l’actif des faiblesses humaines.
Dans l’observation des pensées orgueilleuses, le caractère ridicule de celles-ci sera mis en lumière.
Cela va désagréger le gonflement égotique que constitue l’orgueil, car il se nourrit de la conviction en sa pertinence.



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Sur la réalisation des aspirations profondes


LE CHERCHEUR :
« Il est dit qu'il faut vivre vrai selon ses aspirations profondes, et en même temps qu'il ne faut pas garder de convictions personnelles contraires aux règles de vie. Comment être sûr qu'on ne s'illusionne pas ? Comment distinguer si c'est mon esprit qui pense et me dicte quoi faire ou si c'est mon ego ? »

L’INSTRUCTEUR :
L’intellect doit se soumettre aux enseignements des Écritures. Or les règles de vie ont leur source dans les Écritures. Ayant compris le bien-fondé de cette soumission, l’enseignement des Écritures correspond aux aspirations profondes qui consistent à suivre un Sentier spirituel et traditionnel de réalisation. La règle de l’étude prescrit de sans cesse étudier et approfondir ce qui, déposé dans la mémoire, constituera les convictions profondes de la personne qui lit.
Quant à l’ego, il est constitué par des pensées récurrentes d’identification et d’appropriation. Il n’y a pas un ego qui à la manière d’une entité autonome pense et dont les pensées pourraient s’opposer à celles de l’esprit. C’est pourquoi on dit que l’ego se surimpose aux productions du mental. La même pensée peut être égotique ou non égotique. Si a une pensée s’ajoute : « je pense cela » il y a ego. Si la pensée est vue comme : « il y a cette pensée qui se formule dans le mental », il n’y a pas d’ego.


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Sur la nature du libre arbitre


LE CHERCHEUR :
« Qu’est-ce que le libre arbitre ? »

L’INSTRUCTEUR :
Le libre arbitre, c’est une expérience psychologique liée au choix que l’on doit faire et qui est une expression de l’ego. Chaque fois que vous percevez la nécessité de faire un choix, vous expérimentez le libre arbitre.
Aussi longtemps que nous fonctionnons avec un ego, il s’agit de faire un bon usage du libre arbitre. La discipline spirituelle, en vous disant : « faites ceci, ne faites pas cela », vous invite au bon usage de votre libre arbitre.
Avec l’illusion de l’ego, l’illusion du libre arbitre disparaitra également.
Mais c’est une erreur de ne pas réaliser un travail et un effort spirituel à l’intérieur de l’illusion lorsque demeure la proie de cette illusion.
Il ne faut pas s’imaginer que l’Éveil consiste à se situer théoriquement hors de l’illusion.
Par ailleurs, sortir de l’emprise de l’illusion ne veut pas dire la faire disparaitre.
Être libre de l’illusion du libre arbitre et de l’ego, c’est de ne plus les prendre pour des réalités.
Ainsi lorsque vous êtes libéré de l’illusion, des expériences psychologiques de choix continuent d’être perçues, mais vous savez que ce ne sont que des apparences et que tout est prédestiné. Vous continuez à percevoir des pensées, et des paroles égotiques qui disent : « je fais ceci », « je pense cela », mais vous savez qu’elles sont mensongères.
L’illusion est une erreur. La Libération de l’illusion est un savoir.
Ayant obtenu le savoir, la perception de l’illusion demeure.


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Sur la nature de l’ascèse


LE CHERCHEUR :
« Qu'est-ce que l’ascèse ? »

L’INSTRUCTEUR :
L'ascèse consiste à garder le contrôle de ses actes, de ses gestes, de ses paroles, de ses pensées, de son emploi du temps.
Ce contrôle n'implique pas une tension, mais une vigilance attentive.
Sans ce contrôle, la vie s'écoule, mais elle ne va nulle part.
L'ascèse consiste à se tenir droit.
Sans ascèse, on s'affale, on devient mollusque.
Mais attention ! L’ascèse se situe à l’intérieur de l’illusion. C’est un impératif du scénario existentiel. C’est une prescription « pour l’homme », pas « pour VOUS ».
Vous devez être le Spectateur de l’homme pratiquant l’ascèse.
Les enseignements qui prônent la Non Dualité, mais ne proposent aucune discipline à l’intérieur de la Dualité, propose la prise de conscience du fait d’être le Spectateur, sans se préoccuper du contenu du spectacle.
C’est ridicule !
Puisque dans le Non Duel le Spectateur et le Scénariste sont le même.
En votre réalité Non Duelle, vous êtes le Spectateur de l’homme, mais vous êtes également l’homme.
Vous êtes le Seigneur qui ordonne à l’homme de se contrôler par l’ascèse et vous êtes le serviteur qui s’efforce de se contrôler.


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Sur le fait de vouloir dompter l’homme


LE CHERCHEUR :
« L’homme en tant que créature semi-animale doit être dompté ».

L’INSTRUCTEUR :
Maitriser oui, dompter avec violence ou trop grande sévérité non.
L’homme est un petit animal sauvage et fragile que nous devons apprivoiser et dresser pour en faire notre instrument.
Il faut l’aimer, être gentil avec lui, prendre en compte ces petites envies, avoir beaucoup de patience et d’indulgence.
C’est facile si nous ne nous confondons pas avec lui, mais le considérons comme quelque chose qui nous est étranger.



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Sur l’accomplissement des pratiques

LE CHERCHEUR :
« J’ai une très forte envie de parvenir à me libérer, mais j’ai peur de ne pas parvenir à réaliser les pratiques spirituelles que vous proposez. »

L’INSTRUCTEUR :
Ne soyez pas trop sérieuse dans vos pratiques.
Amusez-vous !
Pas de tension.
Les pratiques sont le jeu de l’Unique qui, de multiples manières, se rappelle ce qu’il est.


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Sur le positionnement de l’attention au-dessus de la tête


LE CHERCHEUR :
« Dans l’étape qui est la mienne, une des techniques prescrit de conserver l’attention au-dessus de la tête durant l’accomplissement des activités. Je trouve cette technique très difficile à mettre en place. »

L’INSTRUCTEUR :
L’attention doit être posée à l’endroit indiqué avec douceur et curiosité sans tension, faites de cela un jeu.
Vous pouvez être conscient de vos orteils, de vos oreilles, de votre nez, etc. Vous pouvez poser votre attention sur la table qui se trouve devant vous, ou sur l’espace qui vous entoure. De même vous pouvez la poser au-dessus de votre tête, il n’y a aucune difficulté réelle.
Mais le mental peut imaginer que cela est difficile.


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Sur les pensées négatives


LE CHERCHEUR :
« Je suis assailli de pensées négatives qui m’emplissent de honte. Que puis-je faire ? »

L’INSTRUCTEUR :
En ce qui concerne les pensées négatives, n’oubliez pas que le but est la Libération. Or vous êtes libre lorsque vous n’êtes pas impliqué. Vous n’êtes pas impliqué lorsque vous êtes le spectateur désidentifié.
L’erreur c’est d’avoir honte, car cela renforce l’illusion d’être la propriétaire de vos pensées.
En réalité « ça pense tout seul ».
Amusez-vous du spectacle de ces pensées. Elles n’ont aucun rapport avec vous. Vous êtes la Conscience qui perçoit.
Les pensées ne sont que des phénomènes évanescents.
Ces pensées peuvent vous aider à produire le phénomène de Libération si vous apprenez à les observer comme on observe quelque chose qui vous est étranger.



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Sur le renouvellement intérieur


LE CHERCHEUR :
« En commençant la pratique spirituelle que vous transmettez, faut-il considérer que l'on repart à zéro ? Et au niveau pratique, tenter de réparer tous nos pêchers antérieurs ? Où est-ce une illusion de l'ego ? »

L’INSTRUCTEUR :
On repart à zéro chaque matin.
Le passé est mort.
Impossible de le réparer.
Le remord et la culpabilité sont des obstacles majeurs.
Ce qui est égotique, c’est de croire que le passé est toujours vivant.
De jour en jour ce que l’on a fait est tombé dans un abîme.
Personne ne peut le récupérer.
Vivre chaque jour comme une vie.
Ne pas croire que le poids du passé pèse sur nous.
Vivre dans le neuf où tout est possible et où rien, aucune possession, aucun lien ne s’accumulent, voilà ce qui est destructeur pour l’ego.


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Sur la relation entre la prière et la Non Dualité


LE CHERCHEUR :
« Comment relationnel-vous le recours à la prière et une démarche vers la Non Dualité. »

L’INSTRUCTEUR :
La chose importante c’est de comprendre que la prière se situe au niveau de l’homme et que la connaissance de notre Soi, de notre Essence divine, de notre Identité transcendante, n’exclut pas le niveau humain ni la démarche humaine de la prière. Ainsi doit se réaliser la parole de Ramakrishna : « En moi il y a Lui et son serviteur. »
Pour la pratique, utiliser les prières que nous proposons et qui sont des prières qui précisément établissent une relation entre le vécu Non-duel, la Gnose, et la dévotion.
Si vous n’avez pas de difficulté à penser qu’il est possible de vous doucher tout en vivant la Non Dualité, ou d’aimer vos enfants et de jouer avec eux en vivant la Non Dualité. Car la douche quotidienne, l’amour des enfants, l’amour du Seigneur qui demeurent en vous en tant que votre Soi, votre identité profonde, l’ouverture à la grâce du Seigneur, la soumission à sa volonté et le fait de payer vos impôts, tout cela fait partie du scénario de la vie humaine que votre Conscience, universelle et Omnipénétrante perçoit.


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Sur la faute originelle


LE CHERCHEUR :
« Qu'est-ce que la faute originelle ? »

L’INSTRUCTEUR :
Au début d’un cycle de création, une multiplicité d’esprits personnels est engendrée.
Ces esprits dans leur état premier sont purs. Ce que l’on appelle « la faute originelle » est la conséquence d’une collusion de l’esprit avec l’intellect. En raison de cette collusion, l’esprit perd son innocence originelle et connait le bien et le mal, qui ne peuvent se comprendre sans intellect.
Cette faute originelle s’exprime dans les mythes de Narcisse, de Pandore, et de la consommation du fruit de l’arbre du bien et du mal.
De cette faute originelle résulte la chute dans la matière et le commencement de la transmigration.
Mais par ailleurs, de cette faute originelle résulte l’acquisition d’un instrument de connaissance qui permet la gnose.
Dans l’incarnation, nous franchissons un pas supplémentaire et il en résulte l’acquisition d’un instrument d’action qui va permettre à l’homme de participer à l’Oeuvre divine.


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Sur les rapports entre l’âme et l’esprit


LE CHERCHEUR :
« En ce qui concerne le moi, créé depuis la naissance, et que l'on appelle communément l'ego quel est son positionnement vis-à-vis de l'âme?
Quant à l'esprit, il semblerait qu'au travers de la transmigration, il s'imprègne d'une individualité qui prendrait donc des éléments de la personnalité et des éléments de l'âme ? »

L’INSTRUCTEUR :
Les rapports entre l’âme et l’esprit sont complexes. Impossible de présentement éclaircir tous les aspects de cette complexité.
Du point de vue de la gnose ces réponses sont dépourvues d’intérêt, car il faut saisir la perspective générale : l’âme et l’esprit appartiennent au monde des phénomènes et sont liés à des lois de cause à effet. Comme tous les phénomènes, ils sont observables. Tu es la Conscience qui perçoit les phénomènes et qui perçoit les connaissances, les ignorances ou les perplexités vis-à-vis de l’âme et l’esprit. Rien de tout cela ne te concerne. C’est dans le spectacle de la vie humaine qu’il y a accumulation et transmission de connaissance.
Il faut laisser la vie humaine s’accomplir sans recherche excessive de la perfection, car tout investissement dans une telle recherche cultiverait l’identification à celui qui veut être meilleur et qui n’est qu’un objet de perception pour nous.


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Sur la conscience dans le sommeil profond


LE CHERCHEUR :
« J’ai une question qui est restée sans réponse : que se passe-t-il la nuit pour quelqu’un d’éveillé, lorsque le corps dort ? Que fait le Conscience ? »

L’INSTRUCTEUR :
La Conscience ne fait jamais rien, elle perçoit les trois états de veille, de rêve et de sommeil profond. Elle perçoit le spectacle des états de veille et de rêve et elle perçoit l’absence de spectacle du sommeil profond.
La disparition des acteurs sur la scène d’un théâtre n’induit pas la disparition du spectateur.
Il y a la représentation théâtrale, aux multiples épisodes cohérents, de l’état de veille. Il y a les scènes oniriques beaucoup plus farfelues. Lorsque le rideau tombe, c’est l’état de sommeil profond.
Le « faire » de la vie humaine n’est qu’une ride qui frémit à la surface de l’océan sans fond de votre Conscience qui demeure dans un « non faire » éternel.
Vous êtes attaché au « faire », car vous vous imaginez être dans le spectacle de la vie humaine. Mais votre vraie Nature demeure depuis toujours dans un bien heureux « Non faire ». Vous êtes l’Immuable percevant le Mouvant. Votre Paix est inaltérable plénitude.
C’est dans le manque qu’apparait le désir de faire.
L’Eveillé dont vous parlez, c’est celui qui se situe dans le « Non faire » éternel, et qui à partir de là pose un regard à la fois étonné, amusé et compatissant sur les activités qui peuplent les états de veille et de rêve.
N’imaginez pas l’Éveil comme quelque chose qui résulterait d’une activité particulière. Il ne se situe pas dans la chaine causale des actes et des effets.
L’Éveil résulte du dévoilement de votre profondeur de Conscience inagissante. Dès que son aube apparait, vous savez : « je suis sans corps, sans mental, sans agir, sans devenir. Depuis toujours, je suis Cela, cette beauté indicible, jamais obtenue, jamais perdue ».


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Sur le monde comme création du mental et le solipsisme


LE CHERCHEUR :
« Si « Tout est une création du mental », je suis le seul existant. »

L’INSTRUCTEUR :
Nous trouvons effectivement dans différents textes traditionnels, et dans la bouche des Sages l’affirmation :
« Tout est une création du mental ».
Cette déclaration exprime une vérité fondamentale. Cependant, sortie de l’ensemble de son contexte doctrinal, elle peut être mal comprise.
Pour ceux qui n’ont pas une solide connaissance de l’ensemble de la tradition l’affirmation :
« Tout est une création du mental ».
Devrait être suivie de l’interrogation :
« De quel mental ? »
Le naïf dans son égocentrisme fondamental peut s’imaginer :
« Tout est une création de mon mental ».
Or rien n’est plus faux et ce n’est pas ainsi qu’il faut entendre la déclaration traditionnelle.
C’est dans l’erreur de l’idée :
« Tout est une création de mon mental ».
Qu’apparait l’aberration du solipsisme. Positionnement philosophique dans lequel on pense être le seul ego existant.
Ce qui est vrai dans la réalité absolue : « je suis Dieu, je suis le créateur de tout » est évidement inexistant dans la réalité relative qui correspond à ce que perçoivent nos sens.
Ainsi, tout est une création du mental de Dieu, mais votre mental n’est qu’une parcelle du mental universel qui lui-même est le reflet intra cosmique de la transcendance du mental divin.
Il importe donc de distinguer le mental, individuel, le mental universel et le mental divin. Sans ces distinctions, nous sommes dans l’erreur la plus totale en ce qui concerne la compréhension de l’univers comme manifestation du mental. Envisageons comment les choses se produisent dans leur fondements originels :
L’Univers commence par le passage de l’état de potentialité à l’état d’activité d’une partie de la Puissance, de l’Énergie divine.
En sa première manifestation, cette Puissance devient le Dieu personnel doté d’attribut (Apara-Brahman). Parmi ses Attributs le Seigneur possède l’intelligence et la pensée.
Ainsi Dieu, manifestation de l’Absolu au-delà de tout attribut (Para-Brahman) est Esprit intelligent et pensant. L’activité de son intelligence constitue la Sagesse divine, l’activité de sa pensée constitue le Mental divin.
En sa pensée, il formule les Idées archétypiques, au sens platonicien, que son Énergie prendra comme modèle pour les concrétiser ensuite sous l’aspect de phénomènes perceptibles. Car les Dieux des différents panthéons traditionnels ne sont rien d’autre que la symbolisation anthropomorphique des Idées archétypiques du Mental divin. Ainsi le polythéisme, s’il a pu constituer la croyance de quelques paysans arriérés, n’a jamais été au coeur de la pensée traditionnelle. Une relecture des panthéons est possible en voyant en eux des Idées formulées par le Dieu unique et que l’existence du monde concrétise.
L’Intellect divin et le Mental divin existent au niveau de la transcendance du monde divin, au-delà du monde spirituel.
L’Intellect et le Mental divin se reflètent à l’intérieur du cosmos pour devenir l’Intellect et le Mental universel, dont votre petit intellect et votre petit mental individuel sont des fragments.
Le solipsisme consiste donc s’imaginer absurdement que le fragment crée la totalité.


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Sur la relation entre l’illusion et la Manifestation


LE CHERCHEUR :
« Les textes traditionnels affirment que tout est illusion, mais par ailleurs ils disent que tout est la manifestation de l’Absolu. Si tout est à la fois illusion et manifestation de l’Absolu, il s’en suit que l’Absolu est illusoire. »

L’INSTRUCTEUR :
Non ce n’est pas ainsi que les affirmations traditionnelles doivent être comprises.
Examinons les choses tranquillement :
La doctrine de l’illusion dépasse la perspective grossière et commune qui attribue une réalité à ce que perçoivent les sens comme étant « une réalité » simplement parce que cela est perçu.
Cependant la doctrine de l’illusion est métaphysiquement limitée, car elle s’arrête en chemin. Ayant constaté : « tout ce que nous percevons est une création des sens interprétés par le mental », elle ne se pose pas la question : « d’où viennent les sens et le mental ? ».
La réponse à cette seconde question est traditionnellement la suivante :
« Les sens et le mental sont une manifestation de la Puissance divine ».
Ainsi, par cette seconde interrogation nous passons de la doctrine de l’illusion à la doctrine de la Manifestation.
En effet, dans les doctrines traditionnelles nous avons d’une part l’affirmation selon laquelle :
« Tout est illusion ».
Et d’autre part l’affirmation que :
« Tout est la manifestation de l’Absolu ».
Ces deux affirmations peuvent sembler contradictoires, mais il n’en est rien et nous devons les réconcilier pour avoir une appréhension globale de la Réalité divine.
La première chose qu’il nous faut comprendre, c’est que l’Absolu en se manifestant ne peut cesser d’être l’Absolu, il ne peut devenir autre chose. En conséquence sa manifestation en tant qu’univers ne peut se faire qu’en mode illusoire.
Une illusion n’est pas quelque chose d’inexistant : une illusion d’optique par exemple existe en tant que telle, mais elle ne correspond pas à l’existence de quelque chose d’appréhendable dans le monde physique.
Ainsi l’univers, en tant que Manifestation de l’Absolu existe, mais la nature de son existence est d’ordre illusoire, car il n’a aucune existante en lui-même.
Puisque l’Absolu ne peut perdre sa nature transcendante, unique et bienheureuse, c’est seulement en mode illusoire qu’il peut manifester le monde et la multiplicité des êtres, sujets aux alternances de plaisir et de souffrances, en raison de l’expression de sa justice rétribuant les actes bons et mauvais.
Les êtres et le monde ont donc une réalité, mais c’est une réalité d’apparence, ils n’ont pas d’existante en eux même et par eux même.
Par la compréhension de :
« Tout est la manifestation de l’Absolu en mode illusoire ».
Les vérités contenues dans les deux types de doctrines sont réconciliées.
D’autre part l’affirmation de :
« Tout est illusion ».
À première vue parait contredire la perspective traditionnelle qui voit dans tous les aspects du monde, des Théophanies.
D’autre part, la signification du symbolisme de la nature, la valeur mystique de la beauté du monde perçu, repose sur le fait que celle-ci est le reflet atténué des gloires du monde divin.
Il importe de comprendre que d’une part les choses ont une existence purement illusoire et que d’autre part cette illusion, créée volontairement par Dieu, est une théophanie, a une signifiance en tant que « signes » symboliques et constitue un reflet des beautés du monde spirituel.
Le fait que les choses existent seulement en mode illusoire, et ne correspondent à aucune réalité en elle-même ne veut pas dire qu’elles sont dépourvues de valeur, de signification et de finalité. Une fiction cinématographique n’est pas dénuée de signification bien qu’elle ne corresponde à aucune réalité.
Toutes les choses que nous percevons en ce monde sont à la fois des créations de nos sens et la concrétisation d’Idées divines.
Ayant conçu l’Idée de la montagne, de l’océan, de l’homme, de l’éléphant, etc. Le Seigneur par son Énergie a engendré les formes de vie et les systèmes sensoriels permettant la perception de tout ce qu’il avait préalablement conçu.
Ainsi, d’une part ce que nous percevons est une illusion sensorielle, d’autre part cette illusion est le spectacle hautement signifiant qu’Il a voulu que nous percevions de la manière dont nous le percevons.


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Sur le Seigneur et la Gnose englobante


LE CHERCHEUR :
« Le Seigneur est une fiction verbale, seul existe CELA l'indescriptible. »

L’INSTRUCTEUR :
Le Seigneur est une fiction verbale ?
Et vous, la soi-disante entité qui parle, êtes-vous autre chose qu’une fiction verbale ?
Comment celui qui affirme que le Seigneur est une fiction verbale n’en serait-il pas une ?
Le créateur existe. Le Sauveur existe. Au même titre que le « toi » et le « moi ».
Ce sont des Manifestations de la même Puissance incommensurable.
De quel Seigneur parle-je, vous demandez-vous ?
Je parle de la Présence qui se tient entre l'Abîme inconnaissable de CELA et les phénomènes.
Cette Présence est vivante, pleine d'énergie, de puissance et d'amour.
Cette Présence c'est LUI.
Ainsi donc il y a CELA, LUI et toi.
Toi, le réceptacle humain en lequel se constate l'existence de CELA et de LUI.
En la Gnose englobante il y compréhension d'être CELA, LUI et CECI, c'est à dire tout cet univers en lequel le "toi" individuel n'est qu'une parcelle.


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Sur les expériences spirituelles


LE CHERCHEUR :
« Quelle est l’expérience spirituelle qui est déterminante dans la Voie que vous proposez ? »

L’INSTRUCTEUR :
Toutes les expériences spirituelles ont un Témoin qui les perçoit, votre Soi c’est Cela qui perçoit.
La spiritualité classique consiste à donner des expériences au petit homme et à cultiver de bons sentiments, ainsi se forme un ego spirituel qui a une très flatteuse image de lui-même.
Le chemin proposé est un sentier de dépouillement, car vous êtes au-delà de tout ce qui peut être perçu ou expérimenté.


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Sur la distinction entre le psychisme et l’image égotique


LE CHERCHEUR :
« Y a-t-il une différence entre le psychisme et l’image égotique ? »

L’INSTRUCTEUR :
Oui, il faut distinguer trois choses : le psychisme, l’ego et l’image égotique.
Le psychisme c’est une globalité substantielle transmigrante.
L’ego, c’est le fruit d’un type de pensées récurrentes d’identification et d’appropriation vis-à-vis du corps, des pensées, des idées et des possessions matérielles. Il s’en suit la création d’une entité fictive dotée d’une histoire et d’un devenir.
L’image égotique, c’est la représentation mentale que se fait d’elle-même cette entité fictive fabriquée par le mental. Cette représentation mentale ne correspond qu’en partie aux contenus du psychisme et aux caractéristiques corporelles. Ainsi l’image égotique de certaines personnes inclut une représentation du corps qui n’est pas toujours en harmonie avec la réalité objective du corps physique. Ceci est fréquent notamment en ce qui concerne la vieillesse : beaucoup de vieux ont une image égotique d’eux-mêmes dans laquelle ils sont plus jeunes qu’en réalité. Les différences entre l’image égotique psychologique et les contenus du psychisme sont très importantes, car l’image égotique varie tout au long de l’existence, alors que dans le psychisme en tant que réalité globale, il y a une série d’accumulations successive de la naissance à la mort.
Lorsque telle ou telle chose que nous avons faite ou appréciée dans le passé nous est devenue étrangère, cela signifie que notre image égotique s’est transformée, mais les tendances psychologiques correspondant à ce que nous avions fait ou apprécié n’ont pas disparu, bien qu’elles puissent être devenues inconscientes.
Le repentir véritable modifie l’image de l’ego. Regretter sincèrement quelque chose, c’est le séparer de notre image psychologique.
Par contre dans la culpabilité, des choses négatives relevant du passé continuent à faire partie de l’image égotique et engendrent de la souffrance.
Dans la vie posthume, c’est l’image de l’ego qui active les contenus karmiques correspondant à la nature de ce qui compose cette image. C’est la raison pour laquelle la totalité des contenus karmique ne s’exprime pas dans la vie posthume. Ne s’expriment que les contenus en relation avec l’image égotique.
Les autres contenus, qui sont devenus étranger avec l’image égotique qui subit la vie posthume transmigreront sans se manifester en elle.


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Sur l’inexistence de l’ego


LE CHERCHEUR :
« L’ego n’a-t-il véritablement aucune existence ? »

L’INSTRUCTEUR:
L’ego n’a aucune existence en regard de la Réalité.
Seul l’Unique Absolu existe et il n’y a pas de possibilité d’existence d’un autre.
Le multiple est illusoire.
L’ego n'a donc aucune existence réelle, mais il a une existence relative au sein de l’illusion, sinon personne ne poserait cette question.
La vie posthume de l’ego sera aussi relative, aussi vraie et aussi fondamentalement fausse que la présente vie.
Au rêve de la vie incarnée succède le rêve de la vie posthume.
Au fond, à quoi se résume cette histoire d’initiation ?
À introduire dans le rêve de la vie incarnée la Connaissance de celui qui perçoit le rêve.
Le rêve de la vie incarnée conditionnant le rêve posthume, l’introduction de la Connaissance dans le rêve actuel modifiera radicalement les contenus du rêve posthume.


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Sur la disparition de l’ego et le Nirvikalpa samâdhi


LE CHERCHEUR :
« Je ne suis pas totalement désidentifié de mes passions et de mon mental, mais je vois bien qu'ils me sont étrangers; ma nature véritable n'étant pas un objet, j'ai parfois l'impression - à tort - que ce que je suis se "souille" dans le perçu. Je lis en ce moment le "plus beau fleuron de la discrimination" et j'ai relu Ramana. Reviennent sans cesse plusieurs choses. J'aurais donc deux questions, si une réponse concise et claire pouvait m'être adressée je vous en remercie d'avance :
- Lorsque l'ego illusoire s'effondre, lorsque le Soi se manifeste, le chemin est bien terminé ? Je veux dire par là que même les tendances restantes ne peuvent s'accrocher ? Car il est dit qu'il suffit de faire l'expérience du Soi une seule fois pour que la Libération advienne; confirmez-vous cela avec votre expérience ?
- Le Nirvikalpa Samadhi. Ce samâdhi est-il "l'objectif" ? Doit-on sans cesse porter son mental/méditer sur le non manifesté -éventuellement s'aider du Yoga, pranayama - pour faire l'expérience de ce samâdhi, où le monde disparait ? J'ai l'expérience que l'ignorance se désagrège par couche (comme les branches d’un arbre), mais qu'à un moment donné il va falloir arracher le tronc; le nirvikalpa samâdhi est-il cet "outil" qui arrachera l'arbre jusqu'à sa racine la plus profonde ? »

L’INSTRUCTEUR :
Si vous suivez le chemin que nous proposons, vous devez vous préoccuper de passer aussi rapidement que possible d’une étape à l’autre en remplissant chaque fois les conditions qui sont demandées pour réaliser ce passage. Au cours des étapes vous deviendrez peu à peu capable de répondre vous-même à toutes les questions possibles.
Vous écrivez :
« Je ne suis pas totalement désidentifié de mes passions et de mon mental, mais je vois bien qu'ils me sont étrangers; ma nature véritable n'étant pas un objet j'ai parfois l'impression - à tort - que ce que je suis se "souille" dans le perçu. »
Étant donné que vous en êtes au début de l’initiation, il est normal que vous ne soyez pas « totalement désidentifié des passions et du mental ». Par contre l’idée que vous puissiez être souillé par le perçu est totalement erronée. Il importe au contraire de réaliser d’une manière sans cesse croissante que rien ne vous appartient et rien ne vous touche.
Venons-en à vos questions du moment :
« Lorsque l'ego illusoire s'effondre, lorsque le Soi se manifeste, le chemin est bien terminé ? Je veux dire par là que même les tendances restantes ne peuvent s'accrocher ?
À cette question, on peut globalement répondre « oui ». Ce qui compte c’est de vivre en tant que le Soi, les imperfections humaines, correspondant à ce que vous appelez « les tendances restantes » deviennent alors sans importance.
Quant à la déclaration :
« Car il est dit qu'il suffit de faire l'expérience du Soi une seule fois pour que la Libération advienne; confirmez-vous cela avec votre expérience ? »
Elle est susceptible d’engendrer plusieurs incompréhensions, car il ne s’agit pas de « faire l'expérience du Soi une seule fois », il faut que le vécu de cette expérience soit constant. La première expérience du Soi peut correspondre à l’installation d’un vécu constant comme dans le cas de Ramana Maharshi, mais c’est extrêmement rare. Dans la plupart des cas, le vécu est intermittent et l’un des objectifs de l’initiation que nous transmettons est de donner les outils permettant l’installation du vécu constant. Comme le dit Ramana « Jnâna met longtemps à se stabiliser ». Quant à la Libération, celle-ci se définit traditionnellement comme correspondant au vécu constant.
Vous demandez :
« Le Nirvikalpa Samadhi. Ce samâdhi est-il "l'objectif"? »
La réponse est « non ». Il serait d’ailleurs impossible de continuer à vivre dans le monde en état de Nirvikalpa Samadhi constant.
Ramana définit le vécu constant comme un « Sahaja Nirvikalpa Samadhi » ce qui est très différent. La notion de « Sahaja », naturel impliquant que l’on demeure dans un arrière-plan sans pensées tandis que dans l’avant-plan les pensées et les actes se manifestent naturellement.
« Doit-on sans cesse porter son mental/méditer sur le non manifesté -éventuellement s'aider du Yoga, pranayama - pour faire l'expérience de ce samâdhi, où le monde disparait ? »
Ne vous préoccupez pas des moyens qu’il faut utiliser. Contentez-vous de suivre le travail d’une école, la nôtre ou une autre, peu importe. Celui qui est dans l’ignorance ne peut élaborer lui-même la manière de sortir de l’ignorance.
D'autre part, ne confondez pas le but du yoga avec celui de l’Advaïta Vedanta. Le yoga cherche la production d’états de conscience particuliers, le Nirvikalpa Samadhi étant l’état le plus élevé. L’Advaïta dit que le Soi est la Conscience Témoin de tous les états. La question n’est pas pour nous l’obtention du Nirvikalpa Samadhi, mais la connaissance de QUI perçoit cet état.
Le Sahaja Nirvikalpa Samadhi n’est pas un état particulier, c’est le fond permanent sur lequel se surimposent tous les états.


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Sur l’agir et la désidentification


LE CHERCHEUR :
« La pensée pense toute seule, d’accord, mais on l'oriente quand même et donc on est responsable de l'action.
Ainsi, bien que ma véritable nature voit l’homme agir, cependant cet homme est tout de même responsable de ces actes. L’homme est dans l'action. Donc ma difficulté réside sur la relation entre le « perçu » vis-à-vis de « l’agir ».

L’INSTRUCTEUR :
Il faut continuer le processus de désidentification et ne pas s’arrêter en chemin. Observer la pensée et constater « ça pense tout seul » c’est un premier pas.
Mais celui qui contrôle la pensée, celui qui est responsable des actes est à son tour observable.
Nul doute que je suis le Témoin ultime qui ne peut être vu et devenir un objet d’observation.
Nul doute que les pensées, les compréhensions, les volitions sont des choses que je perçois et que je ne suis aucun de ces objets d’observation.
Le vécu de la gnose étant lui-même quelque chose de perçu, je suis au-delà de la Connaissance et de l’ignorance.


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Sur le sens de l’unité et la fin des oppositions


LE CHERCHEUR :
« Comment diffuser le sens de l’unité qui me parait être le message fondamental du Vedanta et mettre ainsi fin aux luttes qui déchirent les hommes, »

L’INSTRUCTEUR :
L’esprit de cet homme possède des caractéristiques, des orientations spécifiques et d’autres esprits possèdent d’autres caractéristiques, d’autres orientations qui sont incompatibles avec les siennes.
Impossible de s’entendre sur le plan des apparences, nos rôles dans le scénario de l’existence s’opposent entre eux.
Pour trouver l’union fraternelle, il faut s’élever au-delà des apparences humaines.
Nous sommes l’Unique qui revêt des masques multiples, ainsi derrière celui qui lutte contre les idées et les valeurs que nous défendons, nous nous retrouvons et nous nous reconnaissons.
Dans le théâtre des apparences, la lutte contre eux continuera, mais elle n’entachera notre coeur d’aucune rancoeur puisque cette lutte elle-même, c’est notre jeu cosmique.
Ainsi en aimant et bénissant mes ennemis temporels je m’aime et me bénis moi-même.


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Sur l’assimilation de la Gnose transcendante


LE CHERCHEUR :
« La mise en application de l’étape « Gnose transcendante » a été particulièrement difficile, à son début. Autant les étapes précédentes ont été évidentes, autant celle-ci a été compliquée.
En effet, j’ai réalisé que, finalement, tous les éléments de la journée étaient liés à des formes d’identification.
Si les identifications exprimées par le mental étaient évidentes à repérer et si elles pouvaient être prises en compte par une formulation contraire, les identifications cachées, conditionnées, étaient plus difficiles à prendre en charge : j’ai réalisé que j’étais totalement identifié, de manière naturelle, à toutes mes actions, mes tendances et mes réactions.
La compréhension intellectuelle, que je n’étais pas tout cela, était évidente. Pour autant, j’ai passé de longs moments difficiles pour l’intégrer dans le quotidien.
Depuis plusieurs semaines, la prise en compte est plus facile. La compréhension, dans l’instant, qui pourrait se résumer par la formule : « je ne suis pas cet homme », est plus évidente.
Il y a même des moments d’intenses lucidités où le monde est vu comme dans un relief spécial, un peu comme s’il était plus clair, où j’existe au-delà de l’homme de manière évidente, sans questions, sans mots, sans réflexions. Il y a comme un senti d’existence avant et après l’homme. Je sais que je suis. Par contre, ces instants restent fugitifs et l'identification fait surface rapidement.
Je note que ces moments sont faciles lorsque je me déplace, en voiture ou à pied, que je passe d'un bureau à l'autre dans mon contexte professionnel.
Ils restent difficiles lorsque je suis en relation avec autrui. Je réalise que, lorsque je veux me sentir être, je perds le contact avec la personne et je n'écoute qu'à peine ce qu'elle dit.
Je continue à mettre en application les règles de vie, au mieux de ce qui est possible, mais je constate des changements qui se réalisent de manière naturelle et sans obligations.
Les tendances à la colère ou à tous ses dérivés s’évanouissent lorsque je les accepte comme ils viennent et que je les regarde.
Il existe une distance entre moi et le monde et je note un point dont je ne sais pas s’il va dans le bon sens : je n’éprouve pas de dégoût pour la situation du monde (violences, guerres, famines, pauvreté…) ou d’amour pour ceux qui la vivent. Le monde est ce qu’il est. Je me dis que ma réaction est liée à la nature duelle de l’étape dans laquelle je suis. Mais je n’en suis pas certain.
Étant donné que la gnose transcendante commence seulement à se faire sentir correctement, je me demande si je dois continuer la pratique de cette l’étape, ou bien dois-je attendre pour demander la transmission de l’étape suivante.
D’autre part, lorsque je prononce la phrase « Je suis l’Absolu, Absolu je suis, Absolu seul je suis », est-il exact de dire que c’est faux ?
En effet, si on considère que l’Absolu est la Conscience qui perçoit et qu’elle est Sat-Chit-Ananda, elle ne peut s’exprimer. Donc, celui qui parle et qui dit « Je suis l’Absolu » n’est pas l’Absolu.
Aussi, suis- je dans la vérité uniquement lorsque je suis le témoin de celui qui dit « Je suis l’Absolu » ?

L’INSTRUCTEUR :
Dans la réalisation l’homme devient le porte-parole du silence éternel Soi.
L’affirmation humaine est valable, dans la mesure où il n’a pas la stupidité d’attribuer à lui-même l’affirmation de notre transcendance.
Ainsi, parfois, l’homme parle en son nom, et parfois, il parle au nom de notre Soi. La différence radicale entre les deux empêche toute confusion.
Le fait que vous soyez le Témoin de l’homme parlant en votre nom, ou bien en son nom est une constatation d’évidence que rien ne peut contredire.
C’est à vous de me dire lorsque vous désirez que je vous expédie l’étape suivante. Ne soyez cependant pas trop perfectionniste en sachant que d’une part on
pourrait travailler une vie entière sur une étape, et d’ailleurs certains enseignements plafonnent au niveau de telle ou telle étape ; et que d’autre part toutes les étapes représentent des points de vue imparfaits, car vous ne serez en pleine possession de tous les paramètres pour dénouer le noeud de l’ignorance illusoire qu’avec les éléments que vous communiquera la dernière étape. Cette ignorance étant dite illusoire puisqu’elle n’existe qu’au niveau de l’homme et qu’elle n’a jamais effleuré votre véritable Nature.



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Sur les possibilités d’évolutions


LE CHERCHEUR :
« J’ai compris que chaque personne spirituelle immortelle est une manifestation de l’Absolu. Ma question est jusqu’où peut aller l’évolution de la personne spirituelle ».

L’INSTRUCTEUR :
La personne spirituelle est une manifestation de la Puissance divine (Shakti). Or pour une Puissance infinie, chaque manifestation particularisée de son Énergie a des possibilités infinies d’évolution.
L’Inde envisage la possibilité d’une évolution de la personne spirituelle jusqu’à ces extrêmes limites en affirmant en différents textes que le Réalisé finit par devenir un Dieu créateur. C’est dire que la parcelle énergétique qui compose la personne spirituelle est arrivée à un tel degré de perfection qu’elle est capable d’engendrer un univers.
Ceci ne voulant pas dire qu’il existe une multiplicité d’entité créatrice, puisque chaque Dieu créateur est une manifestation, une théophanie particularité et individualisée du Dieu unique qui crée simultanément un nombre indéfini d’univers.



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Sur le dépassement de la béatitude


LE CHERCHEUR :
«J’avais vécu l'étape précédente avec beaucoup de joie intérieure. La nouvelle perspective est difficile à accepter tant l'homme est attaché aux expériences béatifiques.
Difficile d'admettre qu'il puisse y avoir un au-delà à l'infini et à la plénitude !!
Pourtant au fond je n'ai jamais douté. J'ai lu et relu ta brochure et tout est absolument clair.
Je n'ai donc pas de doutes et par conséquent aucune interrogation. Simplement, sur le plan de la pratique, les incursions dans les "tréfonds" sont problématiques. Résistance égotique : le "méditant" s'est forgé une image peu engageante de ce vide obscur et austère et rechigne à s'y enfoncer. Peut-être un manque de maturité spirituelle ? Celui qui médite va persévérer, mais Je ne suis pas lui alors quelque part, à quoi bon ? »

L’INSTRUCTEUR :
Il n’y a évidemment pas un au-delà de l’infini, il y a un au-delà à la petite conscience humaine qui appréhende intuitivement l’infini et qui fait l’expérience de la béatitude.
Toute expérience n’est qu’une expérience.
Tout vécu n’est qu’un vécu. Que ce dernier soit spirituel ou non spirituel.
Notre Réalité, c’est l’État sans états, c’est-à-dire de Témoin de tous les états, y compris des états de béatitudes ou de fusion dans l’infini.
Il faut descendre dans les "tréfonds" non point pour s’y complaire, mais pour constater que nous sommes Celui qui les perçoit.
Au-delà des tréfonds est TON incommensurable profondeur.
La découvrir, quel trésor !
C’est celui qui pratique qui peut faire cette découverte, ce n’est pas TOI puisque TU es déjà cela et que TON SOI n’est « jamais perdu, jamais obtenu ».
Toute cette histoire de spiritualité, de pratique et de recherche spirituelle, ne TE concerne pas. Elle se situe dans le spectacle de la vie humaine.
C’est donc celui qui cherche qui peut trouver. C’est celui qui cherche qui doit mener à son terme cette quête, avant que la mort ferme la page de ce scénario.
Quant à TOI, TU es le spectateur de cette aventure spirituelle.
Il n’y a pas de raisons, à TON niveau, pour le commencement, la poursuite et l’achèvement de cette quête spirituelle qui est un élément du scénario humain.
Les raisons qui poussent à l’action, comme le fruit des actions, se situent à l’intérieur du scénario.
Pour le Spectateur, c’est un jeu gratuit.
Un fantasme qui traverse TON éternité.
C’est donc à l’homme de réveiller en lui-même le désir d’achever la quête.
Si on ne demande pas au Soi une motivation pour que l’homme se lave ou mange avec une fréquence suffisante, il n’y a pas de raison de demander au Soi, c’est-à-dire à TOI-MÊME une motivation pour pratiquer.
Que l’homme réveille ces énergies et accomplisse sa destinée, que TON oeil ne manquera pas de contempler.



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Sur l’origine des étapes initiatiques


LE CHERCHEUR :
« Pourquoi Ramana Maharshi et d’autres Sages n’ont pas exposé les étapes que vous enseignez ? »

L’INSTRUCTEUR :
À chacun son rôle. Aux Maitres l’affirmation de la Vérité et l’autorité sur sa formulation. Aux instructeurs, les bas besoins pédagogiques afin de favoriser les hommes ordinaires à vivre cette Vérité.
La maïeutique ne propose aucune innovation. Le contenu de chaque étape est une expression des Enseignements contenus dans les Écritures et enseignés par les Sages. La structure des étapes est par contre une innovation pédagogique adaptée aux conditions de notre époque.




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Sur le renoncement et la Réalisation instantanée


LE CHERCHEUR :
« En quoi consiste la Réalisation instantanée ? »

L’INSTRUCTEUR :
C’est très simple :
Première constatation : vous existez.
Ce que vous ne pouvez contester.
Deuxième constatation : vous percevez.
Ce qui est également indiscutable.
Troisième constatation : tout ce que vous percevez sont des objets de perceptions dont vous êtes distinction.
Puisque dans ce que vous percevez, il y a le corps et les pensées, vous êtes libre et indépendant. Les vicissitudes du corps et du mental ne sont pas les vôtres. Vivre cela constamment, c’est la Libération.

UN AUTRE CHERCHEUR :
« Lorsque j’arrive au seuil de la prise de conscience de ma liberté, je suis pris d’un vertige et j’ai peur. »

L’INSTRUCTEUR :
La peur provient d’une absence de désir de Libération.
Si vous êtes bien installé dans le confort de votre petite vie humaine, immensité sans fin et vide de tout contenu de votre Conscience vous font peur. Pour ne pas avoir peur, il faut désirer le Vide, le Sans fin, le Sans forme, le Sans pensée. Si vous y êtes attaché, cela vous effraye.

LE MÊME CHERCHEUR :
« Comment faire naitre le désir de Libération ? »

L’INSTRUCTEUR :
Il n’y a qu’un moyen : vous dégouter de la condition d’existence dans laquelle vous paraissez emprisonné. Toute la thématique bouddhique sur le fait que l’existence est souffrance a pour objet de provoquer ce dégout, ce rejet et par répercutions cette soif de Libération. Réfléchissez à cela.

LE MÊME CHERCHEUR :
« Et si cela ne suffit pas ? »

L’INSTRUCTEUR :
Comment cela ne suffirait-il pas !
Avez-vous réalisé la condition dans laquelle vous croyez vivre ?
Prenez conscience de la maladresse du corps, la lenteur de ces dépassements sur ces deux misérables jambes. Prenez conscience de l’étroitesse qu’il y a à se croire enfermé dans les limites du sac de peau et faites surgir en vous le désir d’espace infini. Observez le caractère stupide et répétitif des pensées qui s’accrochent aux plaisirs comme elles s’accrochent aux souffrances. Pendant des années, les gens ressassent les mêmes obsessions, les mêmes souvenirs douloureux. La pensée, dans une répétition totalement dépourvue d’intelligence, répète des formulations mentales et des images qui font souffrir. N’est-ce pas totalement stupide ? En constatant cette stupidité ne pouvez faire naitre le désir du Sans pensée, qui est une caractéristique de votre pure Conscience ?
Sans un désir ardent de Libération, vous ne vous libérerez pas et sans un dégout du monde, le désir ardent ne peut se développer.
Comprenez la nature des apparences de la prison temporelle dans laquelle vous croyez être emprisonné.
Toutes les grandes traditions, dans leur message originel, proposent de rompre avec le monde, avec les fausses valeurs de la mondanité. Mais ensuite viennent les tièdes, qui font de la religion un élément d’intégration dans le monde. Dès lors la pratique religieuse cessant d’être une porte ouvrant sur la salvation, que celle-ci soit envisagée exotériquement ou ésotériquement, deviennent des décorations spirituelles à l’intérieure de la prison. Comprenez que quelques pratiques spirituelles ne sont pas suffisantes. On ne sort pas de la prison en allant à la messe tous les jours, en réalisant cinq prières quotidiennes, ou bien pratiquant za zen deux ou trois fois par semaine. Tout cela est insuffisant. De même toutes les méthodes de « développement personnel » ne sont rien d’autre qu’une amélioration de la vie à l’intérieur de l’illusion de la prison temporelle.
Il n’a que deux types de gens : ceux qui se complaisent dans les apparences de la prison et ceux qui veulent en sortir. Si vous vous complaisez dans la prison, les grands espaces qui se situent au-delà des barbelés vous font peur. Si vous voulez vous libérer, ils vous attirent.
Soit vous investissez votre énergie dans l’amélioration des conditions de vie dans les apparences de la prison temporelle, soit vous creusez un tunnel pour vous évader. La recherche de l’amélioration des conditions de vie dans la prison peut être purement égoïste et matérielle, elle peut se rapporter à un « bien vivre » spirituel, elle peut se préoccuper des autres socialement ou politiquement. Mais qu’importe ! Tout cela tourne le dos à la Libération.
Analysez donc les conditions du monde, voyez la bêtise collective, observez la bêtise individuelle de cet homme qui participe à ce dialogue. Dégoutez-vous de l’homme, dégoutez-vous du monde. Rejetez cela, ce ne sont que des objets de perceptions ! Cela vous est étranger ! Inutile d’analyser ce que vous rejetez, l’étude attentive des déchets dont se débarrasser dans la poubelle domestique n’est pas nécessaire.
Aspirez de toutes vos forces à vivre dans l’absence de limitation de votre vraie Nature. Vous êtes l’Incommensurable ! Le Sans limites, le Sans pensée, le Vide sublime de la pure Conscience !
Par le triple mouvement de rejet du monde et de l’homme, d’aspiration à la Libération et d’identification au Soi, aucune peur ne pourra faire obstacle.
De l’observation lucide et sans concession du monde nait le dégout, du dégout le rejet. Dans le rejet, le désir de Libération peut croitre.
Ce rejet, certains l’ont appelé renoncement. Or le renoncement à l’homme et au monde est indispensable pour réaliser le Soi.
Le renoncement, le rejet peuvent être matériels. En ce cas l’homme devient samnyâsin, moine ou ermite. Mais cela n’est pas indispensable. Votre renoncement peut être intérieur et immatériel. Vous pouvez garder votre travail et vivre au sein de votre famille, il s’agit alors du rejet intérieur de celui qui ne se confond plus avec ce qu’il perçoit.
Sur la nécessité de l’initiation

LE CHERCHEUR :
« Pensez-vous nécessaire que je reçoive les transmissions initiatiques que vous proposez pour être qui je suis de toute éternité. »

L’INSTRUCTEUR :
La transmission des étapes est indispensable, non pas pour être le Soi que vous êtes déjà, mais pour que l’homme devienne un clair miroir réfléchissant cette évidence. Il n’y a pas de « réalisation » au niveau du Soi qui n’est « jamais obtenu, jamais perdu ». La nécessaire pratique d’une discipline se situe au niveau de l’homme. Son objet est de faire de lui une surface réfléchissant votre Réalité éternelle.


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Sur la Libération d’Éric Tolone


LE CHERCHEUR :
« Monsieur Tolone, pensez-vous avoir atteint l'Éveil ? Mokhsa, Nirvana, etc.
Pardonnez-moi si ma question vous semble malvenue, mais elle est sincère. »

L’INSTRUCTEUR :
Le but de notre enseignement est effectivement la Délivrance (Mokhsa).
Cependant dans votre question vous demandez si Éric Tolone est Délivré. Ceci est une impossibilité. Aucune personne ne peut se Délivrer et toute personne le déclarant prouve qu’elle ne l’est pas.
Aucune particule de l’univers et aucune personne ne peuvent sortir du monde phénoménal et atteindre la Transcendance. Si cela était possible, la Transcendance ne serait pas Transcendante.
Que peut-il se passer ?
Quel est le but de notre enseignement ?
Que signifie la Délivrance ?
C’est assez simple, l’intellect humain a fait une erreur qui consiste à identifier notre Présence consciente, notre Identité, notre Soi à l’homme qui n’est pour nous qu’un objet de perception.
Cette erreur doit disparaitre.
C’est l’intellect qui a fait cette erreur et c’est l’intellect qui doit la dissiper.
La Connaissance est donc un phénomène intellectuel que nous percevons et notre Soi est au-delà de la Connaissance et de l’ignorance.
L’identification à l’homme induit un sentiment d’emprisonnement dans le temps, l’espace, le corps et le mental.
La désidentification est la prise de conscience du fait que nous sommes la Conscience qui perçoit. Laquelle n’est autre que l’universelle Conscience de l’Absolu présente dans tous les êtres. Induit au niveau humain un vécu de non-implication dans la vie humaine.
C’est ce vécu qui est appelé Délivrance.

Si votre question est : « le phénomène de Connaissance s’est-il produit en Éric Tolone » la réponse est : oui.
Mais ce phénomène ne me concerne pas. Il fait partie de ce qui se perçoit.
Notons par ailleurs que ce phénomène n’a rien d’extraordinaire, c’est aussi simple que de s’apercevoir la présence de notre nez en le touchant avec la main.
Ce qui est extraordinaire, c’est l’existence de l’ignorance.
Comment est-il possible de se confondre avec ce que l’on perçoit ?
Puisque vous percevez un homme qui pose des questions, n’est-il pas évidant que vous êtes le Sujet silencieux qui perçoit et non l’homme qui est perçu.
Je vous conseille donc de ne pas vous préoccuper de ce que les autres vivent.
Certains vous mentiront. D’autres diront la vérité, mais vous pourrez ne pas les comprendre, ou bien absurdement les idéaliser.
Ne vous occupez que d’une chose : mettre fin à la confusion entre VOUS-MÊME et le spectacle de la vie humaine.
C’est le conseil.


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Sur la fin du Sentier

LE CHERCHEUR :
« Comment se caractérise la fin du Sentier ? »

L’INSTRUCTEUR :
À la fin, après des années d'errance, on finit par comprendre ce que le Maître intérieur nous a dit au début de la recherche.



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Sur une bonne nouvelle

LE CHERCHEUR :
« Quel message avez-vous à nous transmettre ? »

L’INSTRUCTEUR :
L’ancien sentier védique est ouvert.
Qu’on le sache, l’ancien sentier des sages du Veda est ouvert.

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