APPROCHE DU RENOUVEAU SPIRITUEL

Étant à la recherche des réalités spirituelles, nous n'allons pas nous contenter d'étudier les catalogues proposés par les différentes religions. Les réponses que nous pourrons trouvé dans leurs dogmatismes enfantins ne sauraient convenir à des esprits véritablement modernes.
Pour nos ancêtres le problème du choix était inexistant. Il leur suffisait de croire en la religion « officielle » du pays auquel ils appartenaient. C'était un devoir et le scepticisme devait rester un quant-à-soi, dissimulé par une adhésion tout extérieure. Les guerres de religion étant censées départager les bonnes doctrines des mauvaises. Nos ancêtres adoptant avec une crédulité ingénue la croyance qui, en leur terre natale, s'était révélée militairement la plus forte. Quant aux groupes hérétiques et marginaux, ils n'avaient guère plus d’intérêt, car nos ancêtres ne connaissaient que la possibilité de choisir entre plusieurs sectarismes. Quitter une religion pour en embrasser une autre, c'est tomber de Charybde en Scylla. Partout la même stupide prétention à l'exclusivisme, partout le même dogmatisme. La tolérance actuelle est un progrès au niveau de la coexistence pacifique. Mais si les sectaires religieux ont renoncé à s'entretuer, ils n'ont rien perdu quant à l'étroitesse des conceptions qui les caractérisent.
Nous sommes des hommes modernes et nous nous voulons entièrement modernes. C'est-à-dire totalement neufs.
Toutes ces vieilles histoires n'ont plus cours. S'il est encore beaucoup de gens qui s'attardent dans les ornières du passé et qui n'ont pas encore compris la mutation collective qui s'opère sous leurs yeux, tant pis ! Ce n'est pas à eux que nous nous adressons ! Nous parlons pour les hommes de l'avenir, car l'avenir est déjà là, pour ceux qui savent voir.
Si les religions sont sclérosées, la parole est-elle à la philosophie? Ayant depuis longtemps perdu le sentier de l'intuition transcendantale, la philosophie n'est pas capable de répondre aux aspirations spirituelles qui nous hantent.
Le matérialisme, le scientisme et l'athéisme sont des choses du passé, ils appartiennent à la génération de nos pères. Or j'ai dit que nous étions entièrement modernes. Notre pensée est postreligieuse et postmatérialiste.
Matérialisme du marxisme et matérialisme du capitalisme ne nous conviennent pas ; ces deux systèmes, restrictifs par rapport aux dimensions spirituelles de l'homme, restent incapables de satisfaire les plus hautes et les plus essentielles aspirations de ce dernier.
Il nous faut oser inventer un nouveau spiritualisme. Cette invention ne proviendra pas de la révélation de quelque prophète, désireux de fonder une nouvelle église et ainsi de récidiver les erreurs du passé ; ce genre de prophète foisonne. Mais leur message s'adresse à des esprits simplets qui ignorent l'acidité révélatrice du raisonnement moderne.
Multiples sont ceux qui façonnent un nouveau spiritualisme, sur des bases entièrement neuves. Ce nouveau spiritualisme qui est en train de naître est la résultante d'une mutation au niveau de la conscience collective. C'est pourquoi ceux au travers desquels il s'élabore, ne sont souvent reliés entre eux par aucune espèce de liens. Seule une certaine forme de convergence permet de constater qu'ils appartiennent à la même famille spirituelle. En conséquence, notre but n'est autre, que de nous immerger dans le grand courant qui déferle silencieusement sur le monde, pour y préparer les aubes spirituelles de demain.
Les anciennes outres ne conviennent pas pour un vin nouveau.
Nous n'avons pas à choisir entre les différents dogmes, pas plus que nous n'avons à élaborer un nouveau sectarisme.
Notre spiritualité sera antidogmatique et anti sectaire. Elle sera le résultat d'une libre recherche et de la libre confrontation des divers types d'expériences intérieures connues au cours des temps, par les spiritualistes des différentes obédiences culturelles.
Bien qu'il soit naturel et nécessaire que ceux qui savent enseignent à ceux qui cherchent, nous voulons une spiritualité sans dirigisme. Une spiritualité ne donnant pas naissance à des institutions socialement parasitaires. Une spiritualité dont aucun clergé, aucune caste, aucune catégorie d'individus, ne prétendra détenir arbitrairement les clefs.
Nous en avons fini avec les vaines spéculations des érudits, qui se perdent dans les nuages d'un ésotérisme purement livresque, avec les invérifiables promesses des visionnaires, enfermés dans les représentations mentales d'une religion particulière, ce n'est pas un opium que nous cherchons. Notre spiritualité se veut être quelque chose de vécu ici-bas et dès à présent.
Nous en avons fini avec les fuites hors du monde. Notre but n'est pas de nous isoler des souillures du siècle et de construire une quelconque arche de Noé, dans lequel nous pourrons, nous réfugier. Notre but n'est pas, sous prétexte de recherche intérieure, d'inciter à la démission vis-à-vis des réalités scientifiques, sociales et politiques. Nous sommes des citoyens du monde et nous avons l'intention de rester les pieds fermement enracinés dans la glaise des choses tangibles. Notre spiritualité sera une ouverture sur les réalités spirituelles ; mais cette ouverture s'accompagnera d'une pleine et parfaite réalisation de la condition humaine.
Nous en avons terminé avec les contempteurs du corps pour qui la jouissance est mauvaise. Avec ceux qui ont élaboré des édifices spirituels sur un ensemble de refoulements et qui ont institué la trop fameuse opposition entre sexualité et spiritualité. Notre spiritualité sera celle d'un épanouissement intégral. Ne rejetant rien, nous spiritualiserons tout.
Nous en avons fini avec le légalisme moral et les codes de conduite de la bienséance bourgeoise. Notre spiritualité sera basée sur la spontanéité du langage du cœur.
Nous en avons fini avec les superstitions du fétichisme scripturaire, car la vérité n'est pas enfermée dans des livres fussent-ils vénérables. La vérité est vivante, elle parle dans la conscience de chacun.
Nous en avons fini avec les cultes, les rites et les cérémonies ; car notre spiritualité n'est pas basée sur une participation extérieure, mais sur la vie intérieure.
Que reste-t-il demandez-vous ? Il reste l'essentiel. Cet essentiel, que les inutiles méandres de la superficialité ont submergé en bien des consciences.
S'il est pour nous urgent de déblayer les ruines du passé, qui nous empêche de construire de nouveaux édifices ; cela ne veut pas dire que notre spiritualité soit une négation systématique des anciennes spiritualités. Nous devons rejeter les anciennes formes de spiritualité, mais c'est pour mieux laisser apparaître ce qui en elle avait valeur éternelle et universelle.
Il nous faut tout à la fois, écarter les anciennes structures d'expressions spirituelles, de manière à formuler une spiritualité adaptée à notre temps et par ailleurs, assimiler et transmettre, ce qui constitue la quintessence du message des sages et des mystiques, d'orient et d'occident.
La transmission véritable n'est pas une répétition, c'est une recréation. Pour être des héritiers efficaces, soyons des héritiers révolutionnaires. Ne nous laissons pas embourber dans des institutions orientales ou occidentales, qui sont le fruit de structures sociales et psychologiques appartenant à des époques révolues. Allons à l'essentiel, cet essentiel que sages et saints de toutes les religions n'ont cessé de révéler.
Secouons les scories accumulées par les dépôts du temps, pour retrouver ce qui est sans âge.



Texte issu de : Eric Tolone, Approches de la mystique (en téléchargement ici).

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