APPROCHE DU DIEU RÉDEMPTEUR




Par son influence salvatrice, Dieu se manifeste à l'intérieur de sa propre création et devient le sauveur des hommes.
Cela signifie qu'après avoir façonné en la substance de sa pensée des formes de vie dotées de sa conscience, laquelle s'est de ce fait subdivisée en des myriades de fractions individualisées il ne s'est pas limité à cela et il se manifeste à l'intérieur de sa propre extériorisation psychiquement substantielle, pour enseigner ces individualités intelligentes que sont les hommes.
Par son enseignement, le seigneur révèle le processus de spiritualisation, grâce auquel lesdites individualités humaines peuvent s'engager dans une voie qui, en cette vie et au-delà, leur permettra de participer à l'incommensurable béatitude, résultant de la connaissance intégrale de sa transcendante Nature. Car si Dieu en sa création donne naissance à des individualités conscientes, c'est pour leur permettre au terme d'un processus évolutif, de participer à son éternelle Félicité.
C'est grâce à l'influence rédemptrice que Dieu déverse en sa création que l'individualité consciente de l'homme a la possibilité d'accéder et de participer à la transcendance Divine.
En d'autres termes, la manifestation Rédemptrice de Dieu, constitue le chemin qui mène à l'immuabilité transcendante de Dieu.
Cette manifestation Rédemptrice c'est la grâce Divine, qui opère dans le cœur des hommes et les attire vers Lui.
Certains hommes sont si complètement habités par l'inspiration Divine, l'influence Rédemptrice a si intégralement imprégné leur personnalité humaine qu'ils constituent urne véritable incarnation du Dieu rédempteur.
Ils sont à la fois homme et Dieu, car en eux l'homme et la manifestation rédemptrice de Dieu, se sont unis en une symbiose sublime.
Ces hommes parmi lesquels et sans aucunement prétendre donner une liste exhaustive nous pouvons citer : Zarathoustra, Confucius, Lao-Tseu, Bouddha, Cankara, Râmânuja, guru Nanak, Pythagore, Moïse, Jésus-Christ, Mahomet, Baha'u'llah, Parasurâma, Rama, Krishna, Mahavira, Tsong-Kapa, Manès, Hermès, Orphée, David, Salomond, Hâkim... sont les phares rédempteurs de l'humanité. Ils sont des incarnations, du même et unique Dieu Rédempteur car en tout homme spirituellement réalisé, Dieu parle et enseigne.
Dieu est-il présent identiquement en tout homme inspiré ? Non, évidemment, plus la personnalité est soumise et réceptrice vis-à-vis du Divin, plus le Divin est présent. Certains sont intégralement soumis, intégralement ouverts à la grâce et de ce fait la Manifestation du sauveur les imprègne totalement, comme l'eau imbibe une éponge. Chez d'autres il subsiste des aspects de la personnalité qui demeurent non imprégnés par le Divin. Il y a donc toute une échelle allant de l'incarnation totale du Divin en un homme, à l'incarnation partielle, passagère et éphémère. N'essayons pas de déterminer la proportion de la plénitude d'incarnation Divine, ayant résidé chez les grands Maîtres fondateurs de religions. Une telle démarche ne reposerait que sur une série de jugements arbitraires et il y aurait là un terrain propice à de stériles polémiques. Qui donc, sinon Dieu, pourrait savoir ce qui se déroule dans le mystère des consciences ?
Depuis le début de l'histoire humaine, Dieu, en son aspect salvateur s’est donc épisodiquement incarné en l'humanité et jusqu'à l'achèvement de cette histoire, il continuera à s'incarner en elle. Chaque fois que la Révélation Divine s'obscurcit, il s'incorpore dans une personnalité humaine réceptrice, pour rallumer la flamme de la connaissance. Toutes les traditions gardent pieusement le souvenir de Grands inspirés, par lesquels Dieu a révélé la voie qui mène à Lui. Il advient qu'une tradition ne connaisse que le ou les grands inspirés fondateurs de sa propre école spirituelle. La partialité sectaire intervenant, il en résulte que de nombreuses traditions refusent d'admettre l'existence des manifestations de L'unique Rédempteur en d'autres traditions. C'est ainsi par exemple que pour l'hébraïsme Moise est le plus grand, pour les chrétiens le christ est le seul, pour l'Islam Mahomet le dernier. Ce qui est vrai pour de grandes religions l'est également pour de petites sectes, s'accrochant agressivement à une manifestation partielle du Divin. Il est à la fois triste et amusant, de constater que l'homme par son sectarisme, tente d'imposer fictivement une limite à la Manifestation Rédemptrice de Dieu. Il croit en la manifestation ou la descente incarnatrice du sauveur en un homme, en celui qui a fondé la tradition à laquelle il appartient ; mais il se refuse de concevoir que ce même Sauveur en son éternité ait pu se manifester en l'humanité, avant la date historique marquant la naissance de l'incarnation Divine à laquelle il voue un culte. De même il refuse d'envisager qu'il se manifeste en d'autres hommes, après la mort de cette même incarnation. Ou encore, qu'il puisse simultanément se manifester et s'incarner en plusieurs hommes, le Divin n'étant évidemment pas soumis à des contingences spatiales. En bref, pour lui Dieu est tout puissant, sauf en ce point précis, où il doit obéir aux desiderata et aux illusions des théologiens. Comme on pouvait s'y attendre les sectaires, qui rejettent la pluralité des manifestations Divines en l'humanité, utilisent pour appuyer leur opinion divers arguments, souvent fondés sur l'exégèse et la manipulation abusive des Écritures. Il n'y a pire aveugle que celui qui ne veut pas voir.
Est-il si difficile de comprendre que cette pluralité, d'ailleurs affirmée en diverses Écritures sacrées, ajoute à la gloire de Dieu, au lieu de limiter arbitrairement et injustement, l'incarnation de la compassion Divine à tel ou tel moment historique ?
Il n'y a pas lieu de classer les Manifestations Historiques du sauveur dans un ordre de chronologie ascendante ce qui voudrait dire que c'est la dernière Manifestation qui donne l'enseignement le plus élevé ou le plus complet ; théorie intéressante pour les sectaires se rattachant à une tradition récente. L'enseignement du sauveur est toujours le même au niveau ésotérique. Ce ne sont que les formes de présentation religieuse qui varient en fonction des contingences temporelles. Depuis le début des temps, le seigneur enseigne la même vérité et toute nouvelle Révélation est une répétition, dissipant les obscurités accumulées au sein de l'humanité, par la sclérose de ce qui avait été précédemment lumineusement enseigné.
L'enseignement de chaque illuminateur de l'humanité comprend donc deux aspects : un aspect fondamental, ésotérique, qui est réactualisation, répétition et révélation, de l'Éternelle unique et transcendante Vérité. Un aspect contingent, exotérique, qui est l'expression d'une pratique menant à cette vérité. Pratique conditionnée ou si vous préférez bien que cela veuille dire la même chose : adaptée au contexte culturel, social et historique, de l'époque en laquelle elle est instituée. Par cet aspect contingent s'explique la nécessaire multiplicité des formes de religions, menant à l'Unique Réalité Divine.
Trois erreurs sont à éviter : l'attachement sectaire à une forme religieuse. Le refus de constater l'archaïsme et l'inadaptation de certains aspects des anciennes formes religieuses. Le désir de réunir toutes les formes religieuses en un vaste syncrétisme.
Ces trois erreurs ont pour même origine la fixation sur les formes religieuses qui sont utiles en leur contexte, mais accessoire en elles-mêmes et la méconnaissance de l’Éternelle unicité Ésotérique de toute religion.
Celui qui comprend cela comprend que le but ne consiste pas à s'enfermer dans telle ou telle forme religieuse  ou bien à créer une nouvelle forme religieuse syncrétique, mais d'atteindre l'éternel et unique but de toute Religion.
Quant aux moyens à utiliser pour atteindre ce but, nous n'avons bien entendu pas à les inventer. La multiplicité des Révélations est là pour nous indiquer ces moyens.
Mais devant la diversité des moyens de réalisation spirituelle, qu'allons-nous choisir et selon quels critères ?
Faire des moyens une fin en soi, telle est l'erreur de la sclérose des orthodoxies religieuses. Si nous n'avons aucun attachement fétichiste vis-à-vis de telle ou telle espèce de procédés de spiritualisation, ce qui compte pour nous c'est d'atteindre le but. Notre critère est donc celui de l'efficacité. De ce fait, nous adopterons vis-à-vis des moyens de spiritualisation proposés par les différentes traditions une attitude analytique et critique. Il nous faudra en eux distinguer le supérieur de l'inférieur, l'essentiel de l'accessoire, l'universel de ce qui est le produit d'une culture et d'une époque particulière.
Et enfin, nous devrons sélectionner en eux ce qui est directement utilisable dans le contexte de notre époque, de ce qui ne l'est pas.
Les Maîtres inspirés sont des doigts qui désignent le soleil spirituel. C'est pourquoi, voyant en eux des indicateurs, il ne faut pas s'arrêter aux spécificités contextuelles de leurs enseignements, mais aller dans la direction indiquée par le message qu'ils véhiculent.
Dieu n'inspire pas les Maîtres pour se faire adorer en eux. Il inspire les Maîtres pour enseigner le chemin de la réalisation spirituelle. Le respect de l'enseignement du Rédempteur ne consiste donc pas à déifier telle ou telle individualité au travers de laquelle il s'est historiquement manifesté, en laquelle il s'est incarné. Le respect de son enseignement consiste à s'élever vers ce qu'il désigne sans relâche, par de multiples doigts.
Répétons-le : en incarnant d'une manière plénière son influence rédemptrice et inspiratrice, dans la personnalité des grands maîtres, fondateurs de mouvements spirituels et guides de l'humanité, Dieu se révèle à nous et nous attire vers lui. Il cherche à nous attirer vers lui-même, tel qu'il est en sa gloire transcendante et ineffable et non point vers ce qu'il apparaît en la manifestation limitée de ses incarnations.
C'est pourquoi la déification et l'adoration des Maîtres, telles qu'elles sont constamment pratiquées par un ensemble de religions, constituent une impasse. Il s'agit d'une substitution, au lieu de suivre ce qu'a d'essentiel l'enseignement des Maîtres ; au-delà de certaines particularités ethniques à valeurs passagères, on adore le souvenir du Maître, en instituant un culte fétichiste. Ce culte est une manière de s'en tirer à bon compte, c'est un des procédés détournés par lesquels l'homme résiste à la Grâce. En effet, accomplir certaines cérémonies, rendre hommage à des représentations religieuses diverses, réciter ou chanter des textes, ne constitue pas une spiritualité bien astreignante. C'est plutôt un moyen de se donner bonne conscience. Par contre, étudier et appliquer les fondements essentiels de l'enseignement de n'importe quel grand maître spirituel, voici une aride exigence. Exigence confortablement évitée dans ce qu'il nous faut appeler le pharisaïsme spirituel.
Ceci est un des aspects de la lutte entre les forces de Libération spirituelle et les forces de l'ignorance. La sclérose des religions étant un des aspects de ces dernières.
Au cours des temps et à chaque instant, en d'innombrables individus, Dieu ne se lasse pas d'enseigner les hommes et de leur indiquer le chemin qui mène à Lui.
À des titres divers, des milliards d'hommes sont habités, plus ou moins partiellement, par l'aspect rédempteur de Dieu. Toute inspiration, toute illumination spirituelle, est manifestation et incarnation de sa Présence dans une individualité.
Ainsi l'homme incarné et les esprits désincarnés, sont constamment sollicités par le Seigneur, qui les appellent et les incitent à venir à Lui. Qui pourrait correctement exprimer les trésors d'amour et de sollicitude qu'il déploie !
Celui qui prend conscience de cela sent son cœur s'éveiller. Touché par l'immense sollicitude et l'ineffable amour du seigneur qui frappe à la porte de son cœur il commence à aimer la lumineuse Manifestation Rédemptrice qui imprègne toute la création.
Alors une relation d'amour s'établit entre l'homme et son Seigneur. Les sentiments de l'homme s'élèvent vers Dieu et en l'oraison ardente qui en résulte l'homme connaît la plus intense des béatitudes.
Les joies humaines sont bien peu de choses auprès des trésors du transport amoureux que contient l'union mystique de l'homme et du seigneur.
En cette union la création est glorifiée.
Par l'amour qu'éprouve l'homme pour le seigneur, l'homme cesse d'être une densité opaque maintenant la conscience individuelle dans l'ignorance spirituelle. Illuminé par l'amour mystique, l'homme devient un écrin en lequel les splendeurs Divines peuvent se déverser.
Il y a transfiguration intérieure de l'homme.
Rappelons quelques données essentielles :
L'homme est issu de Dieu, son corps et son mental sont une parcelle de la Divine substance universelle. Sa conscience est une parcelle de la Divine conscience universelle. Par le corps et le mental, il participe à la manifestation cosmique de Dieu. Par la conscience, il participe à l'Essence transcendante du Divin Non-Manifesté.
En la connaissance de mon Essence transcendante, qui est la pure conscience de l'Être, il y a réalisation spirituelle de l'Essence.
Mais cette réalisation spirituelle de l'Essence laisse la substance non réalisée spirituellement.
L'homme, en tant que substance, c'est-à-dire parcelle psychique de la Manifestation cosmique, se réalise spirituellement par l'établissement d'une relation mystique avec la manifestation Rédemptrice de Dieu.
En me désidentifiant de l'homme, j'abandonne ce dernier. Cet abandon est nécessaire pour connaître mon Essence. Mais suis-je Essence uniquement ? Non, je suis Essence non manifestée et substance manifestée.
Au niveau de ma conscience, la réalisation spirituelle me fait entrer dans la connaissance et la béatitude transcendante du Divin non manifesté ; tandis qu'au niveau de ma personnalité, c'est la relation amoureuse que j'établis avec la Manifestation Rédemptrice de Dieu, qui accomplit ma transfiguration spirituelle.
Ne confondez pas l'épanouissement de l'homme avec la transfiguration de l'homme.
L'épanouissement de l'homme survient par l'accomplissement des virtualités que la substance universelle a déposé en lui. Par la concrétisation des prédispositions et des aspirations qui lui sont psychologiquement propres.
La transfiguration mystique de l'homme qui doit, autant que faire se peut, s'accomplir dans le contexte d'activités contribuant à l'épanouissement de la personnalité est la résultante de l'ouverture du cœur au Divin.
Plus le cœur est ouvert vis-à-vis du Divin, plus l'amour et l'aspiration qui nous portent intérieurement vers Lui sont grands. Le Divin déverse en nous la plénitude de sa Grâce et c'est son influence qui transfigure l'homme.
La transfiguration est une transformation par l'intérieur, en laquelle l'homme devient un miroir des qualités du Rédempteur.



Texte issu de : Eric Tolone, Approches de la mystique (en téléchargement ici).

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