APPROCHE DE LA DIGNITÉ




L'ego cherche les honneurs. Il est avide de considération. Il veut que l'on reconnaisse sa valeur et ses mérites. Il adore sentir son importance.
Le mépris, le rejet, l'impuissance, le sentiment d'inutilité ou d'incapacité, le traumatisme peuvent créer dans ses structures inconscientes un complexe d'infériorité.
Pour celui qui se désidentifie, les fiertés de l'ego prennent un caractère assez burlesque. En effet qu'est-ce qu'un ego ? : un faisceau de tendances psychologiques, plus ou moins bien assemblées, assez médiocre, impermanent et résultant d'une série de lois de cause à effet aveugle, façonnée par de multiples conditionnements. Qu'un tel conglomérat puisse tirer orgueil de tel ou tel de ses composants, ne manque pas d'humour et manifeste une évidente et grave perte de lucidité.
L'ego est le fruit d'une erreur. Cette erreur c'est le fait de s'identifier à l'homme physique et psychologique.
L'erreur égotique ne réside pas dans le sentiment du moi, mais dans la direction donnée à ce sentiment.
Ce qui distingue un Sage d'un non-Eveillé c'est le fait que le sentiment ou la sensation du moi est vécu chez le Sage de la manière suivante : « Moi je suis un avec Dieu » ; tandis que la sensation du moi est vécue par l'ignorant en tant que : « moi je suis cet homme ».
Changer la direction du sentiment du moi, tel est en définitive la démarche essentielle du processus de réalisation spirituelle.
On peut dire que l'ego qui s'identifie à l'homme est une malformation du Moi transcendant.
Le sentiment du moi, c'est-à-dire le sentiment de notre identité, lorsqu'il est sain, contient la Connaissance de notre nature Transcendante.
Dans cette Connaissance on ressent que notre « Je » est celui de la Conscience Divine.
Notre vrai « Moi » est celui de la Réalité unique et éternelle. L'ego est un faux « moi » qui résulte du fait que nous nous confondons avec notre véhicule, c'est-à-dire avec l'homme.
Le faux moi résulte d'une malformation du sentiment d'existence de notre vrai Moi qui est Transcendant.
Le faux moi contient les échos déformés du vrai Moi.
Ainsi la recherche des honneurs et la reconnaissance de notre valeur, constitue au niveau égotique un reflet déformé et fourvoyé, de la perception de notre grandeur Divine.
L'ego c'est le fils d'un Roi qui se prend pour un palefrenier. Il y a cependant dans ce fils de Roi, qui a oublié qui il était, l'obscur souvenir de sa grandeur.
Cet obscur souvenir pousse le pseudo palefrenier à être honoré et considéré en tant que palefrenier. Ainsi naît l'absurdité de l'orgueil humain.
L'homme n'est qu'un pauvre et bien imparfait véhicule. Un palefrenier n'est qu'un palefrenier. Il faut commencer par comprendre cela et réaliser que tout orgueil, toute vanité, toute fanfaronnade sur la valeur humaine, est le fruit d'un jugement aberrant. La médiocrité et la petitesse humaine doivent être ressenties dans notre vie quotidienne. L'homme est véritablement un instrument bien grossier, maladroit et imparfait.
Cependant, lorsque nous avons enfin compris que nous n'étions pas cet homme, la dignité de notre nature royale nous est restituée.
Un palefrenier se pavanant dans la cour des écuries porte à rire. Par contre la dignité sied au Roi qui siège dans la salle du trône.
Ayant compris que nous n'étions pas un homme, nous devons également comprendre que la recherche d'honneurs, de fierté et de dignité, qui appartient à tout homme qui se respecte, constitue au sein de cette maladie mentale qu'est l'identification au véhicule humain, le lointain souvenir de la grandeur et de la magnificence de notre vrai et Divin Moi.
En nous identifiant à l'homme, nous avions perdu le sens de notre royauté, cependant il demeure en nous comme un relent de la perception de notre gloire. À cause de ce reliquat, tout en continuant à nous prendre absurdement pour un homme, nous avons tendance à nous surestimer en tant qu'homme et nous cherchons également à rendre cet homme plus grand qu'il n'est, en le gonflant stupidement, à l'aide de sentiments de fierté et d'orgueil. Cette recherche de la grandeur, qui est si caractéristique chez l'homme, n'est au fond qu'une recherche sans espoir pour récupérer notre royauté Divine.
Une telle recherche est sans espoir, car l'homme a beau se gonfler d'orgueil, s'asseoir sur un trône, se faire acclamer par des foules, graver son nom dans le marbre, il reste à jamais un petit homme médiocre et dérisoire.
En s'enflant de vanité, il ne retrouve aucunement la gloire Divine qui lui est inhérente, mais ne fait que se rendre ridicule.
Comprenez que la recherche de la gloire et de la puissance résulte chez l'homme d'un obscur besoin de retrouver la gloire et la puissance de l'unique et éternel Moi Transcendant, qui est le fondement de tous les êtres.
Cependant, aussi longtemps que demeure le sentiment d'identification à l'homme, cette recherche se fourvoie d'une manière radicale.
En cherchant sa grandeur primordiale l'homme identifié, taraudé par un besoin qu'il ne s'explique pas, a beau entasser les richesses ou collectionner les honneurs, en quelque domaine que ce soit, il reste au fond de lui-même insatisfait et finit sa recherche de la grandeur avec un goût amer dans la bouche.
Le palefrenier peut se tisser une couronne de jonc, mettre du velours sur son tabouret de ferme et dominer avec orgueil les chevaux dont il a la garde, il demeure un pauvre palefrenier, perdu dans une obscure cour de l'immense château du Roi.
Mais si au petit matin, les connétables du royaume venaient le trouver pour lui révéler qu'il est le fils aîné du Roi, qu'il n'a jamais été de la caste des palefreniers et que le fait de se prendre pour un palefrenier et vivre comme un palefrenier est dû à une dramatique méprise qui eu lieu dans sa petite enfance. Que se passerait il ?
Soyez assuré que le fils du Roi apprendrait rapidement à vivre et à penser en Roi et qu'il jugerait avec commisération ses anciens efforts ou se prenant pour un palefrenier il cherchait à se donner de l'importance.
Ne sentez-vous pas la fraîcheur du matin ? Ne voyez-vous pas que nous nous approchons de vous ? Que nous vous secouons l'épaule et que nous vous expliquons le mystère de votre véritable origine ?
Vous êtes le fils du Roi. En vous-même, par la Connaissance de votre vraie nature, la Transcendance engendre son Fils. Vous êtes le Fils du Père éternel. Vous êtes un Christ. Vous êtes un Avatar. Telle est la vérité qu'il vous faut accepter.
En tant que Fils du Père éternel, vous êtes le Calife de Dieu. Vous êtes son représentant sur terre.
Si vous acceptez cette vérité, quelque chose en vous s'exalte et quelque chose devient grave.
Vous devenez conscient des devoirs afférents à votre charge. Vous devenez conscient de votre responsabilité. De votre Totale responsabilité.
Autour de vous, une multitude de Fils de Dieu vit dans l'ignorance de cette vérité. Vous êtes porteur de la bonne nouvelle.
Qui s’éveille reçoit une charge et un dépôt Divin. Il est délégué auprès des autres, pour dissiper la confusion en laquelle ils se prennent pour des hommes.
Quelque chose s'exalte, car vous devez vous glorifier vous-même, pour que Dieu se glorifie en vous.
Vous êtes son Fils bien-aimé, en qui il a mis toute sa grandeur.
Vous êtes un miroir grâce auquel Dieu se connaît et se contemple lui-même.
Vous êtes le Cœur lumineux de l'univers. Tout rayonne autour de vous. Vous êtes le Roi du monde. Le monarque universel.
Le temps de l'humilité est dépassé. Voici le temps de la reconnaissance et de la grandeur.
Aussi longtemps que vous vous prenez pour un homme, l'humilité est bonne et nécessaire. L'ego de l'homme humble se dissout aisément, celui de l'orgueilleux résiste.
C'est pour cela que l'humilité est prescrite dans toutes les traditions.
Au temps de l'identification à l'homme plus vous serez humble, plus surgira aisément le sentiment que vous ne pouvez pas être cette misérable carcasse d'os, ces sentiments inconstants et ces pensées puériles.
Quand vous regardez l'homme l'humilité est de rigueur et cette humilité a pour racine l'objectivité, regardez avec lucidité ce qu'est l'homme et vous verrez qu'il est tout petit.
Mais quand vous regardez votre Moi Divin, toute humilité est sacrilège, car Dieu est grand ! Il n'y a rien de plus grand que Lui ! C'est le Seul et l'Unique Existant !
Lui qui est notre Réalité tout honneur et toute gloire ! Exaltons-Le ! Sur exaltons-Le à jamais !
Comprenez ceci : vous étant désidentifier de l'homme, sachant que votre Moi est Divin, la recherche des honneurs, de la puissance et de la considération, qui du temps de votre fausse identification constituait un grave obstacle sur le chemin spirituel, peut maintenant être utilisé comme une force vous enracinant dans l’Éveil.
Votre orgueil humain n'était que le sentiment dévoyé de votre grandeur Divine. Cessant de vous prendre pour un homme, il faut maintenant cultiver la sensation de votre gloire.
N'ayez pas peur de retomber dans l'orgueil. L'orgueil humain n'est possible que si l'on se prend pour un homme et ce que nous écrivons s'adresse à ceux qui sont parvenus à la station du Sentier dans laquelle se croire être un homme leur apparaît comme une méprise risible.
Ne croyez pas que la station dont nous parlons est réservée aux grands Sages. Pour atteindre cette station, il suffit de faire preuve de bon sens et de percevoir l'évidence selon laquelle nous sommes dans l'homme, mais l'homme n'est pas nous.
Ainsi, à l'usage de ceux qui savent qu'ils ne sont pas des hommes, nous allons décrire comment on doit cultiver le sentiment de notre grandeur Divine, afin de s'enraciner plus solidement dans l’Éveil constant vis-à-vis de notre Vérité.
Sachant que vous êtes le Fils du Roi, vous devez vous comporter en Roi et cela vous sera une aide précieuse.
Il n'est plus maintenant question d'allégorie, mais de pratique. C'est d'une manière très concrète qu'étant conscient de votre Royauté Divine, vous devez apprendre à vous comporter d'une manière royale.
Ne marchez pas dans la rue avec les manières plébéiennes du petit homme, auquel vous aviez fait l'erreur de vous identifier autrefois. Quand vous marchez dans la rue, faites-le en étant conscient de votre grandeur et de votre dignité. Vous êtes le Fils de Dieu, vous êtes son représentant sur terre. Ne l'oubliez pas.
Quand vous parlez, parlez d'une manière royale. Parlez en sachant que Dieu s'exprime par votre bouche. Vous Le manifestez et II vous manifeste.
Bannissez de votre Verbe tout ce qui est indigne du Messager de Dieu que vous êtes.
Donnez votre parole comme une bénédiction et préférez garder le silence plutôt que dévoyer votre Verbe en bavardages vides, médisances, mensonges, malveillance ou autres abominations, qui sont le lot de la populace des endormis.
Dans l'antiquité lorsque le Roi parlait, sans cesse un scribe notait ses propos. Interrogez-vous lorsque vous parlez : vos propos peuvent-ils sans honte être inscrits par un scribe ? Si tel n'est pas le cas, taisez-vous !
Le roi humain n'est qu'un signe représentant le Roi Divin que vous êtes. Apprenez donc à vivre avec la dignité du Roi unique et universel que vous êtes.
Le scribe est un symbole de la mémoire de l'univers. Rien ne se perd. Toutes les paroles que vous prononcez résonnent éternellement. Tout ce que vous dites est gravé à jamais dans la substance même du cosmos. Prenez conscience de cela et réalisez que la moindre parole du Roi est un acte grave.
Quand vous regardez, il faut que votre regard soit un regard royal. Un regard royal est un regard qui a de la hauteur et de la distance. Hauteur et distance résultent de la prise de conscience de votre Divinité. Sachant et sentant intérieurement : « je suis les abîmes incommensurables de l'Esprit vide de toute qualification », le regard que vous posez sur les choses vient de loin.
Lorsque le regard d'un prince de la Connaissance se pose sur les êtres humains, soit il les reconnaît comme des frères du même Père céleste, car dans l’Éveil qu'il voit en eux, il contemple sa propre gloire et savoure sa propre béatitude, soit il constate qu'il a à faire à des ignorants qui méconnaissant leur royauté s'enlisent dans la fange du sommeil existentiel.
La distance qui sépare le prince de la Connaissance des ignorants est radicale. C'est une distance pleine de patience et de compassion. Car l'ignorant bien qu'il ne soit la proie que d'une illusion souffre d'une manière réelle. Le prince ne peut l'aider à mettre fin à ses maux que s'il y a chez le malheureux un désir ardent de libération et les choses sont ainsi faites que le gueux s'accroche à son ignorance et à sa souffrance, qu'il aime et chérit plus que toute autre chose.
C'est ainsi que le manant refuse de devenir roi. C'est ainsi que celui qui souffre refuse la béatitude. C'est ainsi que l'ignorant refuse la Connaissance.
La proximité qui relie deux princes de Connaissance est totale. Ce qui est en l'un est dans l'autre. Mais en ce monde rare sont les princes de Connaissance et la solitude des Rois est souvent grande.
Ce monde est un puits d'exil. C'est une lointaine marche du Royaume et les Fils qui y viennent témoigner du Père le font au milieu des barbares et de leurs mœurs abjectes.
Tous les princes n'ont pas le même degré de dignité.
Il en est dont la gloire étincelle de mille feux et pour un prince dont la lumière intérieure est plus modeste, c'est une grande joie et une haute bénédiction de rencontrer un Fils de Dieu en lequel la Divine gloire se manifeste plus intensément qu'en lui-même, car son degré d’Éveil est plus grand.
Il ne peut y avoir d'envie ou de jalousie entre les princes. Car un prince authentique ne peut que se réjouir de voir la gloire d'un autre homme de Connaissance. Si cette gloire surpasse la sienne, il s'en abreuve et cela l'aide à grandir dans la Lumière.
La lumière et la gloire de Dieu tendent perpétuellement à se répandre. On ne peut les conserver pour soi et c'est pourquoi la jalousie envers un Maître de Connaissance ne peut exister. On est jaloux quand celui qui possède garde pour lui. Mais plus un prince du monde spirituel possède, plus il donne avec intensité aux ignorants et aux autres princes. Ainsi plus la gloire des autres est grande plus je les aime, car ils manifestent avec plus d'éclat l'unique objet de mon amour.
Le regard royal que vous devez apprendre à poser sur les êtres et les choses doit avoir hauteur, distance ou proximité. La compassion est avec la distance, l'amour est avec la proximité.
Mais il est une autre qualité que doit posséder votre royal regard : c'est celle de l'indifférence.
Dans l'indifférence il y a deux choses : le détachement et l'intouchabilité.
Le Roi est intouchable et des gardes du corps le protègent contre tout contact impur. Or à cause de la distance qu'il y a entre lui et ce qu'il voit, ce qu'il voit ne le touche pas.
Vous êtes Roi, mais votre royaume n'est pas de ce monde, c'est pourquoi rien de ce que vous voyez en ce monde ne peut vous toucher profondément.
Ne pas être profondément touché par les misères de ce monde et ne pas se précipiter pour jeter quelques gouttes d'eau dans l'océan de leur fournaise apparaîtra inhumain à bien des ignorants, mais nous ne parlons pas pour eux.
Comment voulez-vous que soit humain, celui qui a cessé de se prendre pour un homme ?
Ne vous accrochez pas à votre humanité. Laissez choir sa dépouille. La morale des ignorants dit qu'il faut cultiver des qualités humaines. C'est une très bonne morale pour eux. Mais vous, vous devez dépasser l'homme.
Certains ont peur de laisser se développer en eux une indifférence royale. Ce serait manquer d'amour disent-ils. Mais ils ne savent pas ce qu'est l'amour et ils ne savent pas ce qu'est l'indifférence.
C'est pourquoi nous vous disons : laissez s'installer l'indifférence. Le roi sur sa litière, couvert d'or, lorsqu'il traverse la ville basse, regarde avec indifférence la foule des mendiants, des estropiés et des affamés. Il en a toujours été ainsi, du temps où la royauté était Divine et où le Roi représentait l'incarnation de Dieu sur terre. Réfléchissez à ce symbole.
Telle ou telle Incarnation Divine a pourtant nourri des affamés et soigné des malades direz-vous ? À cela, nous répondons : cette incarnation a-t-elle nourri tous les affamés et soigné tous les malades ? Est-ce que cela a été durant toute sa vie l'essentiel de son activité ? Réalisez que celui qui a la capacité de soigner les malades et de nourrir les affamés et qu'il en soigne ou n'en nourrit que quelques-uns, fait montre d'une terrible indifférence envers tous ceux qu'il n'a ni soignés ni nourris.
Nous vous disons tout cela afin que vous cessiez d'être troublé par le langage des ignorants. Car c'est une plaie ouverte dans la royauté que de voir des princes écouter les discours de l'homme de la rue et c'est une grande perte lorsqu'ils conforment leur conduite à ce qu'ils ont entendu.
Soyez indifférent à ce que les autres peuvent dire ou penser. Installez de l'indifférence et de la distance dans votre regard lorsque vous contemplez les misères du monde.
Qui n'est pas indifférent n'est pas détaché et qui n'est pas détaché n'est pas un Roi, mais un esclave enchaîné au monde.
Quant à l'amour qu'il convient d'avoir, c'est l'amour de la Lumière et non point l'amour du bien-être, c'est-à-dire de l'absence de souffrance.
L'humanité est un voile posé sur la Divinité. Celui qui aime la Lumière désire retirer le voile et non point le nettoyer des souffrances qu'il contient.
Même si ce langage est dur nous vous disons ceci « mieux vaut que le voile soit douloureux à porter, car ainsi un plus grand nombre auront envie de le retirer ».
Mais tout ceci est assez superficiel et fait une trop grande part aux croyances des ignorants. La véritable raison de l'indifférence du roi est celle-ci : lorsque le Roi regarde le monde, il sait qu'il regarde un rêve dépourvu de réalité.
Mettez cette connaissance dans votre regard et votre regard aura l'indifférence des Rois.
Il ne s'agit pas de lire ce que nous écrivons puis de penser à autre chose. Il faut travailler quotidiennement à colorer par cette connaissance le regard que vous portez sur votre femme ou votre mari, sur vos enfants, sur vos parents, sur l'histoire de l'humanité et l'actualité mondiale.
En son aberration, l'ignorant veut modifier la trame du rêve et parfois il parvient pour un temps à déplacer quelques fils. L'homme de Connaissance lui, a pour but d'aider les gens à sortir du rêve qui les illusionne.
Nous avons également dit que dans l'indifférence il y avait le détachement. Le Roi a tout ce qu'il désire et c'est pourquoi il ne convoite aucune espèce de richesse.
Le regard des ignorants déborde d'envie et de convoitise. Sans cesse, leur regard exprime le désir de possession. Possession sexuelle. Possession matérielle. Possession culturelle. Possession de préférence et de domination. Prenez conscience de cela et voyez combien une telle attitude est vile.
À vous, Fils de Dieu et prince de l'univers, tout vous appartient. La totalité des mondes est votre propriété. Puisque cette totalité n'est autre que l'expression de vos fantasmes créateurs de l'univers entier.
Dès lors que pouvez-vous désirer ?
La prise de conscience de votre véritable et Divine nature crée un sentiment de plénitude qui éteint tout désir.
Le désir procède d'un manque, d'un vide intérieur. La recherche de la satisfaction des désirs est une tentative désespérée pour combler ce vide, afin de parvenir à la plénitude. Cette recherche est parfaitement symbolisée par le tonneau des Danaïdes. Jamais la plénitude n'en résultera.
La plénitude se trouve à l'intérieur et l'erreur fondamentale de l'ignorant c'est son extraversion. En cherchant la grandeur et la plénitude dans le monde extérieur, il court après son ombre.
Tournez-vous vers l'intérieur. Prenez conscience en vous-mêmes, de l'infinie grandeur et de la totale plénitude de votre nature Divine. Alors le monde extérieur deviendra pour vous fantomatique. Alors toute recherche des honneurs dans le monde extérieur vous paraîtra vaine stupidité au regard de la gloire qui résonne en vous. Alors toute avidité vis-à-vis de la saisie des choses extérieures vous quittera, au sein de votre plénitude parfaite, à laquelle rien ne peut être ajouté. Alors votre regard se posant sur les choses de ce bas monde, sera empreint d'une indifférence royale.
Car, sachez-le, vous êtes de la race des Rois et vous devez apprendre à faire rugir votre royauté.
Répétons-le : prenant conscience de votre royauté vous devez installer les manifestations de cette royauté dans votre comportement quotidien. En cela réside un puissant secret initiatique, car celui qui prendra l'habitude de se comporter ici-bas comme un Roi exilé en une terre étrangère constatera qu'en agissant de la sorte, il s'affermit victorieusement dans l’Éveil.
Prenez donc garde en toute circonstance à conserver la solennité et la dignité qui sont un apanage de votre rang.
Prenez de la hauteur vis-à-vis des faiblesses humaines. Celui qui est conscient de sa dignité intrinsèque verra s'écarter de lui toute une cohorte de tentations, d'impuissance et d'impureté. La prise de conscience de votre grandeur créera autour de vous une aura protectrice.
En vérité, beaucoup d'hommes de Connaissance sont sujets à de multiples faiblesses et impuretés, simplement parce qu'ils n'ont pas laissé se développer en eux le sentiment de leur dignité.
Une timidité les retient et ils ont peur de l'orgueil. Cette crainte de l'orgueil est un piège subtil et extrêmement pernicieux, qui maintient nombre de princes dans les rets de l'illusoire esclavage en la condition humaine.
Sachez-le une fois pour toutes : vous êtes grand et glorieux. Votre gloire et votre grandeur éblouissante dépassent tout ce qui est exprimable. Vous êtes la Divinité adorée depuis l'aube des temps en de multiples religions.
Comprenez donc que tout relent d'humilité est une inhibition, qui vous empêche de vivre pleinement au niveau de votre véritable nature et qui maintient en vous l'illusion d'être un homme.
Dire : « je ne suis qu'un pauvre pêcheur », c'est une prise de conscience lucide et purificatrice pour celui qui est identifié à l'homme ; mais pour celui qui par la désidentification foule le sentier de l’Ésotérisme, c'est une erreur mortelle.
L'affirmation de la grandeur de Dieu par Dieu lui-même n'est pas une manifestation d'orgueil, c'est une description objective de la Réalité.
Si nous insistons aussi lourdement sur la nécessité de croire en votre grandeur, de vous fonder sur elle et de la manifester en votre vie, c'est pour la raison suivante la dignité est une force et si vous imprégnez votre comportement de dignité, vous allez faire jaillir de vous-même une force qui détruira et écartera tout un ensemble d'obstacle sur le chemin spirituel.
Être Roi et exercer le pouvoir sont deux choses indissociables. Votre pouvoir de Roi est celui de votre volonté. C'est un pouvoir naturel et spontané qui s'exerce sans violence et sans crispation.
Le faste des Rois a toujours subjugué les éléments inférieurs de l'humanité. Il en est de même à l'intérieur de cet homme qui lit ces lignes. Pour lui vous êtes son Roi. Si le Roi exprime clairement et quotidiennement sa magnificence, tout un ensemble de caractéristiques psychiques qui composent cet homme va être subjugué par l'éclat de votre dignité royale. Ces éléments psychiques, de sujets indociles et rebelles qu'ils étaient, vont alors devenir de dévoués serviteurs.
Dès lors, les édits de votre volonté seront respectés et le Roi que vous êtes se fera parfaitement obéir à l'intérieur de son royaume.
Croyez-nous. C'est un fait d'expérience que vous pouvez vérifier. Installez-vous dans le sentiment de votre Divine grandeur et vous verrez croître votre capacité de maîtriser l'homme, ainsi que votre aptitude à demeurer en état d’Éveil.
Se réaliser spirituellement, c'est après avoir dissipé le cauchemar de notre identification à l'homme et reconnu la réalité de notre origine à monter sur le trône, déposer la couronne sur notre tête et exercer le pouvoir.
Si vous préférez un langage plus psychologique, nous dirons que la reconnaissance de notre dignité dans la vie quotidienne crée un mécanisme de transformation des forces psychiques, en vertu duquel toutes les anciennes énergies égotiques qui auparavant étaient au sein d'une identification à l'homme investie de la recherche des honneurs, de la considération, de la puissance et de la convoitise d'un monde extérieur, se trouvent drainées vers le monde intérieur et captivées par l'affirmation de notre grandeur de notre puissance et de notre plénitude Divine. Dès lors ces énergies qui autrefois faisaient obstacle à la démarche spirituelle, fournissent à celle-ci leur élan vital et contribuent grandement à son aboutissement.
Il faut le rappeler : la réalisation spirituelle ne s'obtient pas grâce à une cassure vis-à-vis des énergies inférieures, mais grâce à leur sublimation.
Considérez-vous comme un acteur assumant un rôle devant des caméras invisibles. Dites-vous : « dorénavant en ma vie quotidienne je vais assumer le rôle d'un Roi. Je vais me comporter d'une manière royale ». Faites cela et vous serez rapidement étonné des résultats.
Que votre démarche, que vos gestes, que vos regards, que l'expression de votre visage soit empreinte d'une beauté royale.
Mais attention, le sentiment de votre royauté doit s'enraciner dans la prise de conscience de votre nature Divine. Ce n'est pas en tant qu'homme que vous vous sentez être Roi. C'est parce que vous vous sentez un avec Dieu, que sur cette terre vous êtes parmi les hommes un Roi caché.
Restez constamment conscient de votre dignité royale. Bien que votre tenue soit celle du commun des mortels, car vous êtes un Roi caché, n'ayez pas de négligence ni de laisser-aller en elle. L'apparence extérieure compte. Elle résonne dans l'intériorité.
Comme vos vêtements votre logis doit être propre. Un Roi en exil, dépouillé de ses serviteurs ne doit pas se laisser aller. Propreté et dignité vont ensemble.
Dans vos relations avec la société, la plus stricte honnêteté et véracité est de rigueur. Jamais, en quelque circonstance que ce soit, un Roi ne s'abaisse à voler ou mentir. Il préfère mourir de faim ou garder le silence.
Le courage est également une vertu qui vous est inhérente. Ce qui doit être fait est fait, quelles que soient les circonstances possibles. La peur de la mort ne saurait exister chez celui qui se sait immortel. Quant aux souffrances possibles, elles sont autant d'épreuves héroïques, au travers desquelles vous montrez votre valeur.
Faites-vous respecter. Tant par vos commensaux que par vos relations diverses. Rompez toute relation avec qui ne vous respecte pas. C'est indispensable. Respectez les autres, mais exigez qu'on vous respecte et surtout qu'on respecte votre droit à la contemplation dans un monde qui ignore celle-ci.
Comportez-vous en Roi, quand vous êtes en société et quand vous êtes seul. Dans l'étiquette de certaines cours royales, les moments d'intimité du monarque étaient extrêmement réduits. Ceci contient un puissant symbole : il n'est pas de moment où un Roi cesse d'être Roi.
Les barrières de la limitation égotique étant tombées, vous savez qu'à chaque instant l'univers vous regarde et que tout ce que vous faite, dite et pensez est à jamais consigné dans la mémoire cosmique.
Il n'existe plus pour vous de moment de solitude au sein duquel vous pouvez vous « laisser aller », cesser d'être Roi, pour paraître un simple mortel. Cette solitude-là n'existe plus. Constamment le Roi a des milliers d'yeux braqués sur lui, il le sait et agit en conséquence.
Développez en vous la sensation très nette de vivre chaque instant sous le regard de l'univers. Et étant conscient de cela comportez-vous avec la dignité d'un Roi Divin.
La présente vie humaine est un fragment de la geste héroïque que vous écrivez dans le livre de l’Éternité. Veillez soigneusement à ce qu'aucun épisode, même le plus infime ou solitaire ne soit pas indigne de vous Le Roi est sans cesse observé par les sujets de son royaume et de ce point de vue il n'existe aucune solitude dans laquelle il puisse cacher ses faiblesses. C'est d'ailleurs pour­quoi un grand Roi ne connaît pas la faiblesse.
Bien que ne connaissant pas la solitude, le Roi vit dans un grand isolement. Cet isolement provient du fait que le Roi se tient à distance de tout ce qui est sale ou impur. Il doit en être de même pour vous. Cultivez un isolement systématique vis-à-vis de tous les aspects impurs et dégradants de la société.
Si les circonstances vous obligent à être momentanément en contact avec l'impureté du siècle, acceptez-le avec impassibilité. Il s'agit d'une épreuve qui va renforcer votre force intérieure. Mais n'acceptez de votre propre chef aucun contact régulier avec l'impureté.
Introduisez dans votre façon de vivre une distance royale vis-à-vis de la société. N'oubliez pas que vous êtes un monarque en exil et que votre royaume n'est pas de ce monde.
Évitez donc tout contact prolongé, non dicté par la nécessité des contingences matérielles, avec des gens et des lieux dégageant ou cultivant, des influences anti-spirituelles. Prenez de la distance. Prenez de la hauteur.
Votre condition royale ne doit pas seulement se manifester dans vos actes et vos paroles. Elle doit également se révéler dans le monde de vos pensées. Vous devez apprendre à penser d'une manière royale.
Penser d'une manière royale, c'est penser, non plus à partir du petit point de vue d'un ego accapareur, mais celui d'un monarque soucieux du bien-être de ses sujets.
Ainsi, votre grande préoccupation doit être de savoir comment répandre la Lumière de l’Éveil dans ce monde de sommeil et de ténèbres et non pas de s'assurer de votre confort ou réussite sociale.
Penser d'une manière royale, c'est penser d'une manière chaude, rayonnante et généreuse. Il s'agit d'un mode de penser qui peut contenir de la sévérité, mais jamais de la haine ou de la rancœur.
Comme vos paroles, vos pensées sont une manne royale, répandant sa bénédiction sur tous les êtres vivants.
Qu'importe ce que certains d'entre eux peuvent faire à ce véhicule humain que vous utilisez. Même s'il cherche à lui nuire avec méchanceté, la chose est d'une importance tellement secondaire qu'elle ne mérite pas que vous lui accordiez une grande attention. Le faire ferait faire montre d'un reliquat d'identification à l'homme.
Le fait que personne ne puisse atteindre votre Être réel, mais seulement votre véhicule physique, ce sentiment vécu d'invulnérabilité, doit engendrer en vous une grande indulgence vis-à-vis de ceux qui veulent nuire à l'homme que vous habitez. Ce sont des enfants qui errent dans les ténèbres et qui terrorisés par leur propre cauchemar deviennent agressifs ou malveillants.
Aimez ces pauvres déshérités et faites pleuvoir sur eux votre amour ou votre compassion. Or le plus grand don que vous puissiez leur faire est que vous les aidiez à s'éveiller pour qu'ainsi ils sortent des ténèbres et mettent fin à leur cauchemar.
Vous devez surveiller vos pensées avec une grande vigilance et repousser toute pensée indigne de vous.
Toute pensée négative doit être observée, discréditée et ridiculisée. Ceci étant accompli au sein d'un dialogue intérieur, cultivez aussitôt une pensée positive qui lui soit en tout point opposée.
Devenez maître de vos pensées et régnez sur elles.
Tout au long de vos journées, chaque fois que vous entrez en contact avec des gens ou bien lorsque vous pensez à eux, prenez l'habitude de leur envoyer aussitôt des effluves d'amour, de lumière et de puissance. De tels effluves, prenant la pensée pour support sont plus que de la pensée.
Sachez-le, en tant que Fils de Dieu, vous êtes un canal par lequel la Grâce Divine se déverse sur l'humanité.
Bannissez également de votre esprit toute préoccupation bassement matérielle. Prenez les décisions qui s'imposent et gardez l'esprit libre.
Jamais, au grand jamais ne tolérez que demeure en vous l'impureté sous forme de rancœur, d'envie, de jalousie, de malveillance, de découragement ou de pessimisme et autres stupidités. Gardez votre esprit propre ! Gardez votre esprit propre !
Développez en vous une grande répugnance vis-à-vis des pensées négatives. C'est une forme de sensibilité que doit développer l'observation du mental. Écartez avec horreur ces immondices psychiques. Sinon vous serez un Roi assis sur un tas de fumier.
Chaque initié est un Pharaon. Devenir un Roi, par votre Connaissance, par votre comportement, par vos gestes, par vos paroles et par vos pensées que cela soit votre but.
Lorsque ce but est pleinement atteint le Christ, l'unique Fils de Dieu, qui se manifeste en tous les Prophètes, Sat Guru et Avatars révèle sa gloire en vous-même.
Que cela soit votre but, même si au début vous n'êtes qu'un petit roi, un quart ou un dixième de roi, dès à présent, vivez de façon royale.
Si nous avons abondamment utilisé le symbolisme de la royauté, c'est parce qu'il s'agit d'un symbole opératif. Il n'est pas question de simplement comprendre que vous êtes par la Gnose symboliquement comparable à un Roi. Répétons-le, le symbolisme royal est un symbolisme opératif, cela veut dire que vous devez l'utiliser d'une manière pratique, afin d'en faire un instrument de votre réalisation spirituelle.
Le procédé est simple : à la manière d'un acteur dans une pièce de théâtre, le théâtre de la vie, vous devez imiter, puis adopter les manières d'un Roi.
Au début l'imitation peut être artificielle, puis peu à peu elle deviendra partie intégrante de la personnalité humaine, que vous devez à la fois façonner et utiliser.
Ainsi donc, entraînez-vous quotidiennement à penser et agir en Roi.
Les premiers Rois étaient de grands Maîtres spirituels et c'est pourquoi le mode de vie des Rois contient tellement d'éléments spirituellement signifiants.
Pour finir, il nous faut préciser que l'usage opératif du symbole de la royauté est une aide qui permet d'atteindre une des stations qui se trouve le long du chemin de la Sagesse et que par la suite, cette station étant dépassée et l'instauration en notre Divine nature, étant devenue notre état naturel et spontané, toute notion de royauté disparaît, ainsi que tout effort pour obtenir et maintenir une dignité royale.
Le Sage est au-delà du Roi. Bien qu'étant au-delà du Roi et ne faisant aucun effort pour se comporter comme un Roi, il y a en lui une dignité et une majesté qui lui sont naturelles et qui sont véritablement royales.


Texte issu de : Eric Tolone, Approches de la mystique (en téléchargement ici).

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